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Comment les Etats-Unis vont surveiller et ficher tous les passagers

jeudi 8 mai 2003.

Les médias américains ont encore peu parlé du nouveau système de surveillance appelé CAPPS II (the Computer Assisted Passenger Pre-Screening Program).Les informations liées ce programme sont difficiles à obtenir. CAPPS II vient pourtant d’être mis en place par l’agence américaine de la Sécurité des Transports (TSA) pour un test dans 3 aéroports américains avec l’aide de la compagnie Delta Air Lines. Le programme pousse très loin l’investigation des données privées et soulève quelques questions élémentaires vis à vis des droits des passagers et des dérives possibles du système. La mise en place de CAPPS II fait écho à l’annonce la semaine dernière de la suppression de 6000 emplois liés à la surveillance des aéroports américains. Le gouvernement américain semble faire confiance aux nouvelles technologies et à la collecte informatisée de données pour garantir la sécurité de son territoire. CAPPS II devrait très vite couvrir tous les aéroports américains.

La récolte de données très personnelles

Le but de CAPPS II est de contrôler avant l’embarquement des passagers sur un vol la possibilité que l’un d’entre eux soit un terroriste par un système de notation. Chaque passager aura une couleur associée à sa réservation avec une échelle de 3 gradations :

  • vert > le passager peut accéder à l’avion,
  • jaune > le passager est un risque potentiel et sera questionné,
  • rouge > le passager est considéré à haut risque et ne peut embarquer.

Comment seront déterminées ces 3 couleurs ? Le programme CAPPS II demande la coopération totale des compagnies aériennes pour donner à l’administration de la Sécurité des Transports une série d’informations personnelles sur leurs passagers. Outre le dossier classique de chaque passager ( destination du voyage, numéro de carte de crédit, adresse, date de naissance, informations liées aux cartes de fidélité type Fréquence Plus, choix ou non d’un repas spécial… ), l’agence de Sécurité collectera toutes les informations susceptibles d’aider à traquer d’éventuels terroristes : droit de regard sur les comptes bancaires, sur l’équivalent du casier judiciaire aux Etats-Unis, sur le niveau d’endettement. Cet ensemble d’informations collectées déterminera la couleur attribuée aux passagers.

Un discret test grandeur nature avec Delta Air Lines

Plusieurs milliers de passagers ont déjà été surveillés depuis 1 mois avec la mise en place du programme dans 3 aéroports avec l’aide de Delta. Aucune information n’est disponible sur les aéroports choisis. Selon des informations obtenues par AirInfos, Delta questionne dans les 3 aéroports test les passagers avant la remise de la carte d’embarquement : date de naissance et adresse sont consignées sur un dossier. Ce dossier aide CAPPS II à interroger une banque de données et détermine le niveau de dangerosité du passager. Le fichier est conservé pendant la totalité du voyage effectuée avec la compagnie. Dans certains cas, l’administration se réserve le droit de garder le dossier 25 ans. Delta rencontre de nombreuses protestations pour sa participation à ce programme pilote. La compagnie fait face à un appel au boycott organisé autour du site Boycottdelta.

Les failles et aberrations du système

Steve Luckey, un pilote qui a participé à l’élaboration du programme, déclare que CAPPS II aidera « à discerner les possibles intentions des passagers avant l’embarquement ». L’intention des passagers décryptée par un programme informatique semble digne d’un scénario de science fiction. Les opposants au programme soulèvent plusieurs questions sur les critères d’attribution du niveau de couleur à chaque passager :

  • Comment le niveau d’endettement d’une famille de passagers peut avoir une influence sur le niveau de dangerosité d’un individu pour le transport aérien ?
  • Quelles précautions ont été prises pour éviter les erreurs d’attribution des fameuses couleurs ? On sait par exemple que le fichier gouvernemental des interdits de crédit aux Etats-Unis comporte 30% de noms inscrits par erreur.
  • L’activisme politique ou associatif, la race et la religion seront t’ils des critères de notation ?

Orwell adapté à l’industrie aérienne n’est peut-être la meilleure solution pour éviter un nouveau 11 septembre selon de nombreux experts américains du transport aérien. Ces mêmes experts se montrent très ironiques face à la confiance unanime accordée aux nouvelles technologies par le gouvernement américain. Les mesures de sécurité les plus basiques comme la fouille intensifiée des passagers et des bagages semblent être plus efficaces ou dissuasives. La suppression de 6000 postes dans la sécurité des aéroports pour des raisons budgétaires devrait entraîner une accélération des rythmes de travail pour les employés en place et une baisse quasi-automatique de la vigilance. On peut s’interroger sur le travail de surveillance en amont à effectuer par la CIA ou le FBI pour empêcher que d’éventuels terroristes puissent se présenter à un aéroport. Plusieurs parlementaires américains s’interrogent aussi sur la viabilité du système et s’inquiètent de la violation des droits à la vie privée et la liberté de voyager librement.

Quelles conséquences pour les passagers français ?

Les passagers internationaux à destination des Etats-Unis font partie du programme. Les compagnies de type Air France ou Singapore Airlines qui ont des vols vers les Etats-Unis ont reçu une demande officielle de coopération. Les services des douanes américaines ont un accord depuis le 5 mars avec la Commission Européenne pour récupérer les données contenues dans les dossiers des passagers se rendant aux Etats-Unis. Le dossier de réservation contient toutes les informations relatives au voyage d’un passager. Le 13 mars dernier le Parlement européen a adopté une résolution un peu tardive visant à rejeter les demandes des services de l’Immigration américaine à pouvoir consulter les fichiers informatiques contenant les informations sur les passagers allant aux Etats-Unis. Le Parlement Européen a également exprimé ses préoccupations sur la légitimité de l’accord passé par la Commission Européenne avec les autorités américaines. D’autres mesures vont être adoptées à l’entrée des Etats-Unis : prises d’empreintes digitales, renforcements de la sécurisation des visas et interrogations plus poussées sur les motifs d’un voyage aux Etats-Unis.

par Jean-Michel de Alberti

Voir en ligne : Airinfos.com

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