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Aéroports : L’appétit des petits

jeudi 3 avril 2003.

Les villes de province ont des ambitions aéroportuaires. Un pari coûteux

On les disait moribonds, prêts au crash, et voici que nombre d’aéroports régionaux mettent les gaz. Les uns dopés par l’espoir de bénéficier pour leur desserte des créneaux horaires libérés par la disparition d’Air Lib. Les autres sous la pression des low-cost, les compagnies à bas coûts, qui ont pris leurs aises dans l’Hexagone depuis leur première installation à Beauvais (Oise).

Touchés par le sabordage de Buzz, repris par l’irlandais Ryanair, c’est Toulon-Hyères annonçant l’arrivée imminente d’un Airbus de GB Airways ou Toulouse qui attend easyJet ou Aeris. C’est Chambéry ouvrant des liaisons charter et louchant vers l’Europe de l’Est et la saison d’été. Mais aussi Dinard-Saint-Malo qui, fort des 80% de remplissage de Ryanair, renforce sa piste pour accueillir un trafic encore plus soutenu. Même scénario à Tours, à Rodez ou à Bergerac, hier menacés d’abandon (toujours par Ryanair) et remis en piste grâce aux efforts - sonnants et trébuchants - de leurs collectivités gestionnaires.

Pour les compagnies, petit aéroport égale moindres coûts

« On découvre que la France profonde sait développer un trafic qui redonne souffle à des moyens logistiques jadis prévus pour l’aviation d’affaires », se réjouit Jacques Sabourin, délégué général de l’Union des chambres de commerce et établissements gestionnaires d’aéroport (Uccega). De fait, un peu partout, une nouvelle clientèle est au rendez-vous.

« J’ai besoin de plus de sièges et de rotations avec Air France, fait valoir Jean-Paul Alduy, maire UDF de Perpignan. Mais il y a de la place ici pour d’autres compagnies pratiquant des tarifs tourisme et congrès. » Alléchées par un filon qui conforte leur développement économique - un apport de 100 000 passagers se traduit localement par quelques dizaines de millions d’euros de gains - collectivités et chambres consulaires prennent leurs marques. Avec l’espoir de procurer une bouffée d’oxygène à des infrastructures lourdes - seuls une vingtaine d’aéroports sont aujourd’hui à l’équilibre. « Mais les low-cost ne sont pas une assurance tous risques ; elles ne garantissent en rien un développement pérenne », reconnaît-on à la CCI de Carcassonne, gestionnaire de l’aéroport de l’Aude - une plate-forme prête à mettre la clef sous la porte en 1996, mais qui, depuis l’arrivée de Ryanair, a investi plus de 5 millions d’euros pour moderniser ses équipements.

Pour les compagnies, petit aéroport égale moindres coûts, moindres immobilisations au sol des avions. Voire traitement de faveur. Comme ces larges contributions aux charges aéroportuaires et au budget publicité-promotion que Ryanair « négocie » avec les exploitants souhaitant l’accueillir : jusqu’à plus de 500 000 euros par an en engageant les collectivités sur le long terme, parfois sur quinze ans. Un comportement dénoncé - Tarbes poursuit Ryanair - pour la distorsion de concurrence qu’il engendre et parce qu’il fait financer sur fonds publics une entreprise privée. Alertée, l’Union européenne enquête - pour l’instant en Belgique, du côté de Charleroi. Elle pourrait s’intéresser aux pratiques françaises. D’autant que la Répression des fraudes, comme la Direction générale de l’aviation civile, va aussi y regarder de plus près. Attachez vos ceintures ?

par Richard de Vendeuil

Voir en ligne : L’express

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