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Les actionnaires de KLM se résignent à la fusion avec Air France

mardi 20 avril 2004.

Une association de petits porteurs estime que le prix de la compagnie néerlandaise a été sous-évalué par l’OPE du groupe français, qui sera close le 3 mai. Critiqués par les syndicats, inquiets des conséquences sociales du rapprochement, les dirigeants ont renoncé à leurs primes
Amstelveen (Pays-Bas) de notre envoyé spécial

Les applaudissements ont été timides lorsque Leo van Wijk, le président du comité de direction de KLM, a conclu son intervention devant l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires de la compagnie aérienne néerlandaise, lundi 19 avril, au Schouwburg d’Amstelveen. Le moment était pourtant « historique », avait prévenu le patron de la plus ancienne compagnie aérienne du monde - elle fête ses 85 ans et repart, selon M. van Wijk, pour « quatre-vingt-cinq années de plus », avec Air France.

Une bonne partie des détenteurs d’actions présents à cette réunion, qui signait, à leurs yeux, l’arrêt de mort de « leur » société, cultivaient plutôt la nostalgie. « On aurait dû leur dire : cela n’est pas à vendre ! », expliquait l’un d’eux. Un autre estimait que c’est le « royaume tout entier » qui se trouvait livré à un envahisseur jugé « autoritaire, arrogant, et qui ne nous aime pas ». Dans la salle, la traduction simultanée était assurée du néerlandais vers l’anglais, mais pas vers le français... Un signe ?

C’est sur le mode rationnel et sans élan véritable que M. van Wijk a expliqué toutes les raisons qui devaient, selon lui, pousser les actionnaires à accepter l’offre d’Air France : onze actions de la compagnie française pour dix actions KLM - évaluées à un peu moins de 18 euros chacune - en plus de bons de souscription à de futures actions. KLM est ainsi valorisée à quelque 800 millions d’euros. « Une offre honnête », estime le patron néerlandais, indiquant que, de toute façon, la compagnie française n’irait pas plus loin. « Seule KLM ne pouvait se sauver, nous avions besoin d’un partenaire fort pour survivre »,a expliqué M. van Wijk.

L’option d’une simple alliance n’a pas été retenue, « elle n’aurait pas été la plus efficace », elle aurait donné lieu à « des débats sans fin » sur le développement de l’une et l’autre des compagnies, a tenté de justifier le président de KLM. Une telle option n’était, d’ailleurs, « pas discutable » aux yeux du partenaire français.

Air France est une compagnie assez méconnue ici, contrairement à Alitalia, avec laquelle un rapprochement a échoué, et surtout British Airways (BA), dont bien des Néerlandais se sentaient plus proches. « Le prix à payer n’était pas acceptable pour BA, qui n’entendait pas développer les mêmes synergies et était plutôt favorable à une reprise », a souligné M. van Wijk. Air France, en revanche, fera une place à KLM dans son capital (19 % du nouvel ensemble), et préservera la position du hub de Schipol-Amsterdam. Bref, « la culture des deux partenaires sera préservée », a insisté le PDG néerlandais.

« C’est vrai que le déjeuner qui nous a été offert était arrosé de lait battu et non de vin rouge », a ironisé un actionnaire. Un autre continuait de se demander pourquoi il convenait absolument de conclure une fusion européenne et non de rechercher un allié outre-Atlantique, voire en Chine. Martelant son slogan (« Un groupe, deux compagnies ») M. van Wijk assure que le rapprochement avec Air France permettra « d’augmenter la rentabilité, d’offrir plus de choix aux clients et de réduire les coûts, ce qui restera une nécessité absolue ».

Peter Paul de Vries, qui est à la tête de l’Association des actionnaires (VEB), est loin de partager cet optimisme. Même si le projet de fusion ne semble pas pouvoir être facilement entravé d’ici au 3 mai, compte tenu du ralliement d’au moins 30 % des détenteurs d’actions (l’Etat néerlandais, 14,1 % ; la Fondation des intérêts aériens, 11,2 %, et la KLM elle-même avec 4,2 %) et de celui, probable, d’actionnaires américains détenant quelque 10 % des parts, M. de Vries semble estimer que les jeux sont loin d’être faits. Il affirme que l’action KLM a été sous-évaluée par un partenaire qui a attendu qu’elle soit au plus bas (elle valait 7 euros au printemps 2003) pour lancer son offre. Or, pour M. de Vries - qui oublie que l’actionnaire de la compagnie néerlandaise a déjà bénéficié d’une « prime » de 40 % en septembre, au moment de l’offre française -, cette action vaut, en réalité, 28, voire 33 euros.

INFORMATION INCOMPLÈTE

Balayant les questions de l’endettement record de KLM et le profit qu’elle peut retirer d’une alliance avec un partenaire en bonne santé et moins sensible que d’autres à la guerre des prix, M. de Vries soupçonne la direction de ne pas informer de manière complète ses actionnaires, en publiant le prochain rapport annuel trois jours après la fin de l’offre d’échanges et en entretenant le flou, tant sur l’avenir du fonds de pension de KLM que sur les chiffres de l’assainissement auquel seront soumis la société et son personnel. Officiellement, 4 500 emplois seront supprimés et 650 millions d’euros économisés. « Nous ne sommes pas là pour dire oui ou non à la fusion, vous le ferez à votre manière d’ici au 3 mai », avait prévenu le président du collège des commissaires.

Mardi, Air France devait réunir à Paris ses propres actionnaires pour leur soumettre le projet d’augmentation de capital nécessaire au financement de l’OPE lancée sur KLM. Une augmentation qui privatisera de fait le groupe, en diluant la part de l’Etat de 54,4 % à 43,7 %.

Voir en ligne : Le Monde

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