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Raffarin dépense, l’Etat emprunte

jeudi 25 mars 2004.

Buralistes, restaurateurs, chercheurs... Le gouvernement multiplie les promesses. Résultat : le déficit et la dette enflent

Imaginez qu’un beau matin vous vouliez changer de banque, ouvrir un nouveau compte. Une fois passé les questions habituelles sur vos revenus, vos dépenses incompressibles, un conseiller vous interrogera sur le montant de vos dettes, des remboursements de vos emprunts. Et là, vous lui expliquez que votre endettement s’élève à plus de 60% de vos ressources. Il vous regardera, ahuri. Avant de vous lancer sèchement : « Aucun établissement ne répondra à votre demande ! La limite maximale de l’endettement d’un client, c’est un tiers de ses revenus... »

Logique, direz-vous. Et pourtant. L’Etat français vient, lui, de battre un drôle de record. En 2003, sa dette a explosé : près de 1 000 milliards d’euros. 63% du produit intérieur brut, le PIB ! 15 000 euros par habitant, y compris les bébés ! La faute, surtout, à la croissance en berne. Moins d’activité, c’est beaucoup moins de recettes pour l’Etat, les caisses de la Sécurité sociale et de l’assurance-chômage. Du coup, les déficits publics se creusent aussi. L’an passé, ils ont atteint 4,1% du PIB. Deux chiffres qui font de la France un des plus mauvais élèves de l’Europe [1] Problème : plus les déficits augmentent, plus la dette s’accroît et plus le remboursement de la dette coûte cher. C’est l’effet boule de neige. En 2003, la charge de la dette, comme on dit, a atteint plus de 47 milliards d’euros. Soit l’un des tout premiers postes budgétaires...

« Pour amortir le ralentissement économique, le seul agent à qui les banques font confiance, c’est l’Etat, explique Xavier Timbeau, expert de l’OFCE [2]. Et, globalement, la France comme l’Europe ne se sont pas endettées vis-à-vis de l’extérieur, contrairement aux Etats-Unis et au Japon. » Avis partagé par Laure Maillard, de la Caisse des Dépôts : « La France n’est pas en faillite. Mais ce qui nous inquiète, c’est notre fragilisation vis-à-vis des institutions européennes. De la Banque centrale européenne, par exemple, qui risque de ne pas baisser ses taux d’intérêt, alors que l’euro est très fort. »

Sans doute. Mais généralement, quand un ménage est endetté, il se serre la ceinture. Là encore, le gouvernement échappe à la règle, élections régionales obligent. Depuis quelque temps, Jean-Pierre Raffarin dépense sans compter, au nez et à la barbe de Francis Mer, le ministre de l’Economie. 1,5 milliard d’euros pour les restaurateurs, dont le gouvernement affirme qu’ils vont créer 40 000 emplois. Alors que les chefs d’entreprise concernés peuvent très bien, certains le disent, faire le choix de baisser leurs additions ou d’augmenter les salaires. 2,5 milliards pour le dégrèvement pendant dix-huit mois de la taxe professionnelle, ce prélèvement qu’avait créé Jacques Chirac en 1975, quand il était le Premier ministre de Giscard. 130 millions pour les buralistes, furieux de la hausse des prix du tabac. Et enfin 3 milliards lâchés, ceux-là, du bout des lèvres pour les chercheurs. « L’addition, on peut la faire, plaide un conseiller de Bercy. A ceci près : ces dépenses sont étalées dans le temps. »

Il n’empêche. Comment, dans ces conditions, Francis Mer peut-il promettre à Bruxelles, qui n’y croit guère, de rétablir les déficits à moins de 3% du PIB en 2005 ? Ce ne sont pas ses prévisions de croissance (1,7% du PIB cette année) qui combleront les déficits. Pas question non plus de compter sur une réduction du trou de la Sécurité sociale, alors que la réforme de l’assurance-maladie est prévue pour la fin du printemps. Trop tôt, sauf à imaginer une augmentation forte et rapide de la CSG (un point de CSG rapporte 8,9 milliards d’euros par an)... Le ministre des Finances peut geler 4 milliards de crédits, comme il a l’intention de le faire après les élections. Ou encore privatiser, Air France par exemple. C’est également prévu. Ou enfin trouver des tours de passe-passe financiers. Piocher dans la cagnotte d’EDF : l’entreprise doit 16 milliards d’euros aux caisses de retraite des salariés, qui devront à l’avenir prendre en charge les pensions des électriciens. Ou (et) faire main basse sur les milliards de la téléphonie mobile en augmentant les redevances des opérateurs. Les Français, pense le gouvernement, n’y verront que du feu. Pas si sûr.

Voir en ligne : Le Nouvels Obs

Notes

[1Pour respecter les critères de Maastricht, la dette de la France ne doit pas dépasser 60% de sa richesse nationale, et ses déficits publics 3% du PIB.

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