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Baroud d’honneur pour l’insertion de minima sociaux dans la Constitution européenne

mercredi 24 mars 2004.

Eclaircie à Bruxelles, menace d’orage dans les capitales, notamment à Paris. La chute du gouvernement Aznar réjouit les europhiles, qui estiment qu’elle devrait permettre aux Vingt-Cinq de débloquer le projet de Constitution européenne, après le fiasco de la fin 2003. Jacques Chirac et le premier ministre irlandais, Bertie Ahern, qui se sont rencontrés lundi 22 mars à Paris, ont confirmé cet optimisme, en évoquant un possible accord d’ici à la fin de la présidence irlandaise, en juin.

Mais la ratification de ce texte, accusé de graver dans le marbre les principes d’une Europe libérale, ne sera pas partout une mince affaire : en France, trois cents personnalités de gauche, emmenées par le socialiste français Pierre Larrouturou, viennent de le rappeler, en demandant d’insérer dans la Constitution un « traité de l’Europe sociale ». Les pétitionnaires proposent de se fixer dans la Constitution des objectifs à atteindre d’ici à dix ans, qui seraient le pendant social des critères de Maastricht : taux de pauvreté inférieur à 5 %, taux de mal logés de moins de 3 %, taux d’illettrisme limité à 3 %. Surtout, il faudrait avoir un taux de chômage inférieur à 5 %.

« LANCER UN DÉBAT »

« Des sanctions comparables à celles infligées aux pays qui ne respectent pas les critères de Maastricht seront appliquées aux Etats qui ne satisferaient pas ces critères sociaux en 2015 », inscrirait-on dans la Constitution.

L’idée de décréter la fin du chômage fait bondir, y compris à gauche. « Je ne signe pas n’importe quoi », affirme l’eurodéputée fabiusienne Pervenche Berès, alors que ni Laurent Fabius ni Dominique Strauss-Kahn n’ont paraphé la pétition. « L’idée, c’est de lancer un débat. Il y a trente ans, Raymond Barre passait pour insensé quand il disait qu’il fallait avoir vaincu l’inflation pour avoir une monnaie unique », rétorque M. Larrouturou, qui se réjouit d’être parvenu à faire signer son texte par 112 députés socialistes français sur 145. S’il a obtenu sans surprise la signature d’Henri Emmanuelli, d’Arnaud Montebourg, de José Bové ou de l’abbé Pierre, il a aussi recueilli le soutien d’hommes plus centristes, comme Jacques Delors et Michel Rocard, ainsi que d’autres personnalités européennes comme le Polonais Bronislaw Geremek et l’ancien premier ministre portugais Antonio Guterres.

Les pétitionnaires reprennent un combat qu’avaient perdu il y a un an une minorité de conventionnels français de tous bords alliés à la frange traditionnelle de la gauche européenne. Nul ne croit à la possibilité de revenir sur les équilibres de la Convention : aucun espoir, en pleine crise du pacte de stabilité, d’assigner à la Banque centrale pour double mission de lutter contre l’inflation et de soutenir la croissance. Comment espérer mettre fin à l’unanimité en matière fiscale, comme le souhaitent les pétitionnaires, alors que Tony Blair se bat depuis deux ans pour conserver son droit de veto ?

« Le non au référendum l’emportera s’il n’y a rien en matière sociale », prévient M. Larrouturou. Jacques Chirac est prévenu : pour lui, lorsque les Vingt-Cinq se seront mis d’accord à Bruxelles, les ennuis ne feront que commencer.

Voir en ligne : Le Monde

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