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CAC40 : énormes bénéfices en 2003... dont seuls les actionnaires profitent.

mercredi 24 mars 2004.

Ma grande entreprise française connaît pas la crise... En 2003, les patrons des principaux groupes du CAC 40 auraient pu entonner ce refrain. Malgré un euro fort qui a freiné les exportations, et alors que la croissance du PIB en France n’a été que de 0,2 % en 2003, selon les dernières estimations, les stars de la Bourse ont réalisé d’énormes bénéfices : environ 35 milliards d’euros si on additionne leurs résultats. Un retournement de situation par rapport à l’année précédente, lorsque le total des pertes (dues surtout à France Télécom et à Vivendi Universal) atteignait 20 milliards. Plus étonnant encore, cette très bonne santé contraste avec les difficultés dans lesquelles se débattent les entreprises non cotées. A tel point que la rentabilité totale des entreprises hexagonales a chuté de 7 % en 2003.

Rebond.
Les raisons d’un tel décalage ? Les entreprises cotées ont une capacité de rebond plus rapide que les autres. Pressées par les marchés financiers, elles se sont restructurées en cédant sans complexe des pans entiers de leur activité, en mettant en place des programmes de réductions de coût, le tout sur fond de diminution des effectifs. Exemple avec France Télécom, qui, en vendant Wind, Eutelstat et Casema, a mis en place le programme de réorganisation Top, prévoyant de dégager 15 milliards d’euros, et s’est débarrassé, au total, de 25 000 salariés ! De 23,3 milliards de pertes en 2002, l’opérateur est passé à un bénéfice de 3,2 milliards l’an dernier.
Autre caractéristique de ces groupes : leur présence à l’international. Pour certains, cela a permis de compenser la faiblesse de la croissance française. Renault a profité de son investissement dans le japonais Nissan pour faire progresser son chiffre d’affaires et son résultat. Vinci (construction, travaux publics) s’est fortement développé grâce à l’Europe de l’Est. L’activité du groupe pharmaceutique Sanofi-Synthélabo a explosé en raison de sa présence aux Etats-Unis (le chiffre d’affaires y a progressé de 30 % contre 10 % en Europe).

Cash flow.
Mais, plus généralement, c’est l’organisation même des groupes qui explique la progression des bénéfices. « Les entreprises sont dirigées pour dégager d’énormes cash flows (trésorerie, ndlr) », explique Philippe Waechter, économiste à Natexis Asset Management. Une tendance de long terme qui remonte au milieu des années 90, quand les fonds de pension ont fait leur entrée à la Bourse de Paris. Depuis, et sous la contrainte de réaliser le chiffre magique des 15 % de rentabilité, les groupes délaissent les activités jugées peu rentables, sous-traitent, externalisent, licencient... En 1997, le plus gros bénéfice des entreprises du CAC 40, réalisé par France Télécom, était de 2,3 milliards d’euros. Aujourd’hui, six entreprises sont au-dessus de ce chiffre. Et, pour 2003, c’est le groupe Total qui se voit attribuer le titre de recordman de France des bénéfices. Un titre qu’il occupe sans contestation depuis sa fusion avec Elf, en 1999. Mais qui ne va pas l’empêcher de se séparer d’Atofina, sa branche chimie, jugée pas assez rentable.
Exemple de cette capacité à produire du cash : les banques. A priori, ce secteur devrait être touché par la quasi-récession de 2003, via les faillites des petites entreprises et le surendettement de certains ménages. Mais qui trouve-t-on dans le peloton de tête des entreprises bénéficiaires ? BNP Paribas, avec 3,7 milliards d’euros de profits, et la Société générale (2,5 milliards). Grâce à leur très rentable et fidèle clientèle particulière, à leur politique de mutualisation des grands risques et à la hausse des marchés financiers, les banques ont réussi à gagner énormément d’argent. Mêmes les entreprises qui ont fait des pertes nettes cette année ne font pas exception à la règle. Pour Veolia Environnement ou Vivendi Universal, les résultats nets sont dans le rouge à cause d’une dépréciation de la valeur de certains actifs. Il ne s’agit pas de pertes opérationnelles.

Dividendes.
Mais, au bout du compte, à quoi sert cette culture généralisée de la rentabilité ? Pas à relever les salaires, ni à investir, mais à enrichir les actionnaires. Un constat issu d’une étude réalisée par la Société générale sur les distributions de dividendes. En 2003, les sociétés du Cac 40 ont distribué 17 milliards d’euros à leurs actionnaires, contre 14,5 milliards l’année précédente. Aucune entreprise n’a diminué son dividende. Même des groupes qui ont fait des pertes, comme Suez, n’ont pas voulu se mettre à dos leurs actionnaires. Mais le plus significatif est que, pour 29 entreprises du Cac 40, la part des bénéfices alloués aux dividendes a augmenté. Le ratio, dit de pay out, est passé de 42 à 52,7 %.


Conclusion.

Les entreprises ont du cash, mais n’ont pas de projet de croissance. Et, plutôt que de le dépenser dans des projets peu rentables, elles préfèrent le rendre à leurs actionnaires. Un phénomène que l’on avait déjà constaté avec la pratique des rachats d’actions, qui permet d’augmenter le bénéfice par titre détenu. Un constat plutôt inquiétant poursuit Philippe Waechter : « Ces pratiques ne font pas progresser la croissance. Alors qu’on connaît un vrai problème de demande, une augmentation des salaires serait bienvenue. Mais les entreprises ne veulent pas mettre à mal leur rentabilité. » Comme quoi, la bonne santé du Cac 40 n’est pas forcément synonyme de bonne nouvelle pour l’économie en général.

Voir en ligne : Libération

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