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EasyCar, la dernière roue du carrosse

samedi 13 mars 2004.

« C’était une très bonne idée. C’est devenu un cauchemar. » C’est un cadre d’EasyCar qui l’assure : moribonde, la société de location de voitures low-cost, filiale française de l’anglais EasyCar UK Limited, devrait bientôt être cliniquement morte. Et ses dernières convulsions se révèlent plutôt douloureuses pour ses salariés. De 80 environ en 2003, ceux-ci n’étaient plus que 40 en octobre. On en compte 24 aujourd’hui. « Et on devrait très rapidement arriver à zéro s’il n’y a pas de repreneur », explique un cadre. L’Anglais James Rothnie, porte-parole d’EasyGroup, en convient : « Nous cherchons actuellement des franchisés pour gérer notre affaire. Si l’on n’en trouve pas, il va falloir faire le nécessaire. Ce serait vraiment dommage... »

Comptoirs amovibles. Flashback. En juillet 2000, la première agence d’EasyCar s’ouvre à Nice. Le concept : louer des voitures à prix cassés et compenser en faisant du volume. Stelios Haji-Ioannou, dit « Stelios », qui aime à se présenter comme un « serial entrepreneur », reproduit là une stratégie qui lui a plutôt bien réussi avec la compagnie aérienne à bas prix EasyJet. Et qu’il tentera d’appliquer, avec moins de bonheur, à d’autres secteurs dont les cafés Internet, le cinéma, les cartes de crédit (Libération du 20 février)... Au début, l’affaire ne marche pas mal, les agences parisiennes essaiment. A partir de 2002, « Stelios » décide d’ouvrir deux agences par mois dans la capitale. Et lance le concept des « pit stops », un terme issu de la Formule 1, signifiant littéralement « arrêt au stand ». Huit « pit stops » seront ouverts. Dans six d’entre eux, ce sont des camionnettes, équipées d’ordinateurs, qui tiennent lieu d’agences. Certains fonctionnant même « avec des comptoirs amovibles sur le parking », raconte un salarié. Un autre se souvient : « A l’époque, EasyCar était en phase de développement. On parlait même d’une introduction en Bourse. »

Mais en 2003 l’affaire se gâte. « Répondant aux critiques de plusieurs clients, « Stelios » a annoncé en direct à la BBC ne plus facturer les clients qui revenaient avec des voitures abîmées ou volées et ne plus prendre de franchises, explique Michael Chaillan, responsable de l’agence de Nice. C’était la mort de la société : tout loueur a des franchises sur ses locations. Et là, on a commencé à perdre beaucoup d’argent. De plus en plus d’argent. » Car ce cadeau, ajouté à des tarifs de location plus qu’avantageux ­ 10 euros, voire, par moments, 3 euros et même 1 euro par jour ­ se révèle désastreux. Un autre salarié confirme : « Cela a été comme à l’école, quand il n’y a plus de maître. Tout est parti en vrille. » Voitures délestées de leurs phares ou de leurs pare-chocs, ramenées trois mois après la date prévue, véhicules abandonnés, tôles froissées... Un salarié raconte : « J’ai vu un gars louer une voiture avec 64 km au compteur. Deux jours plus tard, il est revenu, a posé la clé sur le comptoir et il a dit : « Elle est morte. » Un autre a mis le feu à sa voiture parce qu’il n’avait pas envie de la ramener. »

Le chiffre d’affaires mensuel plonge, passant en un an d’environ 1,5 million d’euros à 500 000 euros fin 2003. Et d’autres bévues s’ajoutent à la facture. Ainsi ces quelque 410 000 euros de contraventions impayées, réclamés en mai 2003 par le Trésor public. Nombre de ces amendes avaient été exigées avec une majoration car le siège d’EasyCar avait déménagé des Champs-Elysées vers le Ve arrondissement, sans changer l’adresse des cartes grises. « Rocambolesque », glisse un salarié. « Surréaliste », confirme un autre. En août 2003, le siège repart sur les Champs-Elysées... sans rechanger l’adresse des cartes grises. Rebelote : le Trésor exigerait actuellement d’EasyCar le paiement de 3 000 à 4 000 contraventions...

Liquidateur. En octobre, nouvelle surprise : « Stelios » embauche un mandataire spécialisé dans le « management de transition ». « Il nous a été présenté comme quelqu’un qui vient calculer comment gagner de l’argent, déclare Michael Chaillan. En réalité, il a été embauché pour faire un plan social et liquider des gens au moindre coût. » Plusieurs cadres sont alors mis au parfum qu’une fermeture est envisagée. Mais ce n’est que le 4 mars, lors d’une réunion du comité d’entreprise (CE), que les salariés en sont informés : EasyCar fermera le 31 mars, si aucun repreneur ne se manifeste.

Pour l’instant, aucun licenciement n’a été officiellement notifié. Ce qui a poussé le CE à mandater un avocat, Me Lavail, qui devrait prochainement porter plainte avec constitution de partie civile pour « entrave ». « L’information préalable n’a pas été respectée, explique Me Lavail. Les salariés estiment qu’ils n’ont pas été informés ni consultés comme ils auraient dû l’être. »

Les salariés sont d’autant plus énervés qu’EasyCar entend poursuivre son développement sur le sol britannique, malgré des pertes bien plus importantes (19 millions de livres, soit 28 millions d’euros, selon un cadre de la filiale française). Doté de 32 agences britanniques, le groupe devrait en ouvrir une nouvelle, la semaine prochaine...

Voir en ligne : Libération

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