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Air Littoral - Travailleurs à la rue, milliards à l’abri

jeudi 4 mars 2004.

Quand une entreprise disparaît, ses travailleurs se retrouvent sans emploi. Mais son patron, ses actionnaires présents et passés, eux, n’y ont pas forcément perdu, ni peu ni beaucoup. Ils peuvent même s’être enrichis considérablement, cela alors que l’entreprise prétendait « connaître des difficultés ». Air Littoral, qui vient de déposer son bilan un an jour pour jour après Air Lib, s’est « crashée », disent les journaux. Mais le moins qu’on puisse dire est que ses anciens dirigeants et propriétaires, eux, se portent bien.

C’est le cas du dirigeant historique de la compagnie, Marc Dufour, un affairiste de haut vol, par ailleurs candidat UDF à la présidence du conseil régional de Languedoc-Roussillon, là où Air Littoral avait son siège social. Les travailleurs de la compagnie n’ont aucun doute sur la chose, eux qui, après l’annonce de sa liquidation, sont allés en cortège scander « Dufour en prison ! » sous les fenêtres de leur ancien patron.

Pour ce qu’on peut en connaître, l’histoire d’Air Littoral, présenté aujourd’hui comme « non rentable », est celle d’une société qui a été très rentable... pour quelques-uns. Fondée en 1972, elle n’a cessé de susciter bien des appétits. En 1991, par exemple, la compagnie aérienne hollandaise KLM, qui comme bien d’autres cherchait à avoir des relais hors de ses frontières, a acheté un tiers de son capital pour 150 millions de francs. Ils n’ont pas été perdus pour tout le monde. Un an plus tard, et on commença alors à parler de « malversations », une autre compagnie, Euralair, présidée par un magnat de la finance, Michel Seydoux, rachetait les parts de KLM... pour un franc symbolique.

Le montage financier mis en œuvre à l’époque fit apparaître une société créée tout exprès, CFIA, présidée par Couvelaire, un « spécialiste » des coups financiers juteux dans le domaine aérien. En 1994, Aéro Finance Participations (détenue par... Dufour, devenu PDG d’Air Littoral, et par deux autres dirigeants de la compagnie) racheta la moitié de CFIA à Euralair pour 124 600 F, une décote énorme (1800 fois moins !) par rapport à la valeur estimée d’Air Littoral trois ans plus tôt. L’affaire était d’autant plus juteuse pour les compères que la compagnie vit sa « valorisation » (son estimation par les commissaires aux comptes et les milieux boursiers) s’envoler : elle passait à 20 millions en 1996, à plus de 110 millions un an après, et à 375 millions de francs en 1998, quand SAir Group (la holding qui chapeautait Swissair, la compagnie belge Sabena, AOM-Air Liberté et à laquelle était associé un certain Seillière) entra dans son capital pour moitié. Puis, en juin 2001, Swissair ayant fait faillite (en enrichissant ses plus gros actionnaires et son allié Seillière), Dufour, se présentant en « sauveur » avec un plan de reprise accepté par les autorités, récupéra à bon prix les parts de Swissair.

Selon un rapport commandé à l’époque par le comité d’entreprise de la compagnie, Dufour et ses deux associés auraient empoché 94 millions de francs au fil de ces opérations. Leur compère Seydoux et les actionnaires de son groupe auraient, eux, touché « à l’étranger et de manière occulte (...) de fortes plus-values ».

Cette valse des milliards autour d’une entreprise que des capitalistes se vendent et se rachètent, en touchant à chaque fois le jackpot, donne la nausée. Et pas seulement parce que, comme le prétend le secrétaire d’État aux Transports, il faudrait « être sûr que (...) les choses se soient faites dans la parfaite légalité », une façon de prendre ses distances avec des dirigeants que les autorités ont soutenus, notamment ces derniers mois quand ils lanternaient les salariés de la compagnie avec des promesses de « repreneur ».

Les patrons successifs d’Air Littoral ont probablement, comme bien d’autres de leur acabit, roulé le fisc et planqué de l’argent dans des paradis fiscaux. Mais c’est dans la légalité qui découle des lois du capitalisme gravées dans le marbre de la Constitution que ces individus ont pu user de la vie, du travail de centaines de salariés pour en tirer des profits avant de les « jeter », comme on jette l’écorce d’un citron qu’on a pressé jusqu’à la dernière goutte.

Voir en ligne : Lutte Ouvrière

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