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La gestion des âges est un sujet capital : interview de Robert Rochefort, directeur général du Credoc dans le Monde du 23 fev 04

mardi 24 février 2004.

Vous venez de publier La retraite à 70 ans ? (Ed. Belin, 15 €), où vous prédisez un allongement inéluctable de la durée du travail. C’est une mauvaise nouvelle pour les salariés...

Oui, cela en sera une si l’on ne s’interroge pas sérieusement sur la place du travail dans la vie. Qu’il s’agisse de la loi Fillon sur les retraites ou de celle sur les 35 heures - les deux réformes majeures de ces dernières années -, les gouvernements ont privilégié les approches quantitatives, pratiquant la politique de l’autruche sur les débats provoqués.

Il faut cesser de mentir aux salariés en leur faisant encore croire à une retraite à 60 ans. Il est temps, aussi, de casser le mythe de la non-discrimination par l’âge, entretenu par l’idée d’un salarié « moyen » dont la productivité reste identique qu’il soit en début ou en fin de carrière. La gestion des âges est un sujet capital, chacun doit vite en prendre conscience.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, cet aveuglement ?

Le processus de décision politique est souvent réducteur, mais il devient de plus en plus comptable. Nous sommes victimes de cette logique qui, évidemment, doit tenir sa place. Mais pas aussi fortement.

Vous pointez du doigt le monde politique, mais ne pensez-vous pas que les entreprises mettent elles aussi du temps à réagir ? Depuis les années 1980, le concept de gestion prévisionnelle des emplois a été avancé, par exemple. Et rares sont celles qui sont passées à l’action...

Les entreprises sont toujours, dramatiquement, sur une logique de court terme. Elles pensent depuis des années à la question du papy-boom et de la chute de la population active qu’il va entraîner, comme à une interrogation d’avenir, à régler... demain. Or c’est aujourd’hui - et c’est déjà tard - qu’il faut réagir.

Comment expliquer l’impuissance des directeurs des ressources humaines (DRH) à faire avancer le chantier ?
Tous ne sont pas impuissants. Beaucoup de DRH de grands groupes sont porteurs de réflexions pertinentes. C’est moins vrai pour ceux qui sont dans les entreprises moyennes.

En réalité, le problème ne vient pas vraiment des DRH, mais plutôt des directeurs généraux ou des PDG dont la culture en sciences sociales et humaines reste très incomplète. Certains sont même à la limite de la schizophrénie dans la mesure où ils sont seniors eux-mêmes et ne s’intéressent pas à la question du vieillissement dans leur entreprise.

Ces acteurs ont aussi été habitués à vivre avec un réservoir de chômeurs, une sorte de vivier disponible en cas de besoin. Ils préfèrent mettre l’accent sur le sang neuf de l’entreprise dont ils ont besoin, insistant par exemple sur l’absence ou la mauvaise qualification des jeunes. Continuant, ainsi, à ignorer la question majeure des années à venir : l’allongement de la durée du travail.

Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet

Credoc : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

Voir en ligne : Le Monde

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