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La dégradation des conditions de travail s’amplifie chez les sous-traitants des pays en développement

vendredi 27 février 2004.

Selon un rapport de l’ONG Oxfam, la majorité des femmes travaillant dans les secteurs à forte main-d’œuvre n’ont pas de contrat et se voient imposer des rendements de plus en plus élevés.

« J’aimerais que les personnes qui achètent ces vêtements connaissent leur coût réel et mesurent tous les sacrifices que nous faisons pour les fabriquer », dit Marta, 34 ans, qui travaille dans une zone franche en Honduras. Ces propos ont été confiés à l’ONG Oxfam International, qui vient, dans un rapport, de mesurer la détérioration des conditions de travail des femmes dans la chaîne d’approvisionnement mondialisée.

Quelque 1 310 ouvrières ont été interrogées dans douze pays, et 95 ateliers de confection et 33 fermes ont été visités.

Le résultat de l’enquête est sans appel : la très large majorité des ouvrières qui travaillent dans les ateliers situés dans les principaux pays sous-traitants de l’Europe et des Etats-Unis bénéficient de conditions de travail de plus en plus précaires en raison des nouveaux schémas industriels planétaires. La plupart des ouvrières n’ont pas de contrat de travail, fournissent un nombre considérable d’heures supplémentaires (de 80 à 180 heures mensuelles à Guangdong, en Chine) le plus souvent non payées, tout en n’ayant droit à aucune couverture sociale.

«  L’exploitation, qu’elle soit volontaire ou non, de la situation des travailleurs vulnérables fait partie intégrante des stratégies d’emploi qui régissent les chaînes d’approvisionnement », affirme-t-on à Oxfam. Selon l’ONG, les avantages de la flexibilité dont profitent les entreprises occidentales sont obtenus « grâce à une précarisation de l’emploi pour ceux situés au bas de l’échelle ». Elles transfèrent les coûts et la gestion des risques aux sous-traitants.

Résultat : au Chili, 75 % des femmes qui travaillent dans la cueillette des fruits, ensuite expédiés dans les hypermarchés et dans les supermarchés occidentaux, effectuent plus de 60 heures par semaine sans contrat de travail. Au Bangladesh, moins de la moitié des ouvrières du secteur du textile et de l’habillement ont un contrat de travail. Dans la province de Guangdong, une région industrielle chinoise qui connaît l’un des taux de croissance les plus importants au monde, 60 % n’ont pas de contrat écrit et 90 % n’ont pas accès à une couverture sociale.

Depuis vingt ans, la libéralisation mondiale du commerce a créé des millions d’emplois, principalement occupés par des femmes, qui constituent, selon les pays, de 60 % à 90 % de la main-d’œuvre des secteurs du textile et des fruits et légumes. Moins qualifiées, donc moins payées, elles sont plus exposées et dépendantes de la pression économique des grands donneurs d’ordres occidentaux.

Parallèlement, les systèmes de gestion des achats, qui utilisent désormais Internet, organisent à l’échelle de la planète les commandes et les livraisons en temps réel. L’approvisionnement se fait en flux tendu, pour que les détaillants puissent proposer en permanence aux consommateurs le plus grand nombre possible de modèles d’articles au plus bas prix. Cette logique du « juste à temps » a provoqué la diminution des temps de production (- 1/3 en moyenne en cinq ans), quand les prix d’achat à l’étranger des produits ont baissé de 30 % en trois ans.

« Avant, nous étions bien payés lorsque nous atteignions nos objectifs. Désormais, les objectifs sont tellement hauts que nous ne pouvons plus les atteindre, alors nous n’avons plus de prime », explique un ouvrier sri-lankais. Au Kenya, certains travailleurs doivent même payer des amendes lorsqu’ils prennent du retard dans la production ou lorsqu’ils font des erreurs.

Face à cette situation, Oxfam tente de provoquer une prise de conscience internationale. Les marques, estime l’ONG, pourraient exiger que « le respect des droits du travail fasse partie intégrante de leur stratégie commerciale », en évaluant l’impact de leurs pratiques d’achat sur la manière dont les producteurs traitent leurs « salariés ». Les « codes de bonne conduite », qui rassurent le public mais qui évitent souvent de s’interroger sur la persistance des problèmes constatés, ne paraissent pas suffisants.

Voir en ligne : Le Monde

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