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Mondialisation : rapport accablant du Bureau international du travail.

mercredi 25 février 2004.

Deux ans de travail et un rapport accablant du Bureau international du travail.

La mondialisation est au choix « déséquilibrée », « injuste », « inéquitable ». La mondialisation, ou les espoirs déçus d’une nouvelle ère au « potentiel » pourtant « immense ». Mais une mondialisation dont « le processus », mal (non) géré, secrète « des déséquilibres entre pays et à l’intérieur des pays ». Et qui pour « la vaste majorité des hommes et des femmes » n’a pas répondu « à des aspirations, simples et légitimes, à un travail décent ». Voilà le bilan rendu hier par le Bureau international du travail (BIT), à l’issue d’un travail de deux ans d’une commission [1] chargée de plancher sur la « dimension sociale » du nouvel ordre économique planétaire. Fruit de la seule institution internationale tripartite (gouvernements, syndicats, entreprises), cette somme de 200 pages, qui s’intitule Une mondialisation juste : créer des opportunités pour tous, ne se contente pas de délivrer un diagnostic sur « la nature et l’impact » du phénomène. Mais formule aussi « des propositions et des recommandations » originales.

Non, la mondialisation n’est pas un complot ourdi par les seuls intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Elle est « ce que nous en faisons », résume le rapport. Ce que les « politiques », les « règles », les « institutions », en font (ou n’en font pas) ou ce que les citoyens tentent d’en faire. C’est un outil surtout au service de ceux qui ont déjà, dans leur panoplie, pas mal d’outils. En Asie du Sud-Est, par exemple, « 200 millions de personnes » sont sorties « de la pauvreté en une seule décennie ». Car ces pays, s’ils n’ont pas toujours appliqué les mêmes stratégies de développement, bénéficiaient de conditions initiales favorables (« niveau d’industrialisation, développement des ressources humaines, infrastructures de transport, ou qualité des institutions économiques et sociales »). Du coup, « la libéralisation du commerce, note par exemple le rapport, a profité aux pays industrialisés et à un groupe de 12 pays en dévelLoppement ». A commencer par la Chine, qui a trusté « 23 % des investissements directs étrangers (IDE) » en une décennie, autant ou presque que « 176 autres pays en développement » (25,3 % d’IDE) !

Paupérisation.
Mais mondialisation, pas plus que libéralisation, ne rime forcément avec bénéfice(s) et avec croissance. « Il est frappant de constater que la croissance du PIB mondial a ralenti depuis 1990, date à laquelle la mondialisation s’est accélérée. Entre 1985 et 2000, la croissance du revenu par habitant n’a été supérieur à 3 % par an que dans 16 pays en développement ; elle a été inférieure à 2 % dans 55 pays du Sud, et même négative dans 23 d’entre eux... » Frappant aussi de voir que le chômage déclaré frappe de plus en plus de personnes : 188 millions. Sans parler du « travail informel, intermittent, précarisé ». Si la mondialisation n’est pas forcément un vecteur de paupérisation massive, l’exacerbation de la concurrence qu’elle induit est sûrement une arme de paupérisation des plus démunis. Façonnant une asymétrie du développement. Des disparités grandissantes entre pays. Et des inégalités galopantes à l’intérieur des pays, à l’image des Etats-Unis, qui, en 2000, ont vu « 17 % du revenu brut accaparé par 1 % de la population, du jamais vu depuis les années 20 ».

La mondialisation dérégulée a aussi sonné la charge contre l’Etat-providence. Pas étonnant que les déficits budgétaires se multiplient quand, note le rapport, « les 30 pays les plus riches » ont vu le taux moyen de l’impôt sur les sociétés tomber à « 30,8 % en 2003 contre 37,6 % en 1996 » ! Le rapport écorne la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), « arrogants et ignorants de la situation locale ». Coupables d’avoir « imposé des conditions abusives aux pays en développement », des « camisoles de force tissées de politiques inadaptées ». C’est que les arbitres du nouveau jeu planétaire ont une fâcheuse tendance à regarder du banc de touche le monde se faire devant eux. « Faible » désir de « consensus », « blocage » de « négociations internationales capitales », « non respect » d’engagements « internationaux » en faveur du développement et « débat public » sur la mondialisation « dans l’impasse ». Bref, « le monde » se retrouve « à un carrefour critique ». Et «  il est donc urgent de repenser nos politiques et nos institutions actuelles  » pour tenter de pallier le «  grave déficit démocratique  ».

Services de base
La maîtrise de la mondialisation, passe donc, selon le rapport, par une amélioration de la gouvernance à « tous les niveaux : local, national, régional, mondial ». A commencer par la « fourniture de biens essentiels et d’une protection sociale adéquate » au lieu d’une privatisation quasi systématique des services de bases. Mais, pour cela, il faut que les organisations internationales « collaborent », « élaborent des propositions intégrées », via « un contrôle parlementaire accru ». Plaident pour une aide à 0,7 % du PIB, y ajoutent de « nouvelles sources », accélèrent et approfondissent l’allégement de la dette. Ou encore acceptent « un conseil mondial de la gouvernance mondiale ». Du boulot en perspective.

Voir en ligne : Libération

Notes

[1Composée de 26 membres ­ gouvernements, parlementaires, entreprises, syndicats, universités (dont Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie), société civile ­, elle est coprésidée par la présidente finlandaise Tarja Halonen et le président tanzanien William Mkapa.

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