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Le directeur de la sûreté d’Air France fait ses valises.

mercredi 25 février 2004.

Joël Cathala, très proche de la sulfureuse société de sécurité, part à la retraite.

Quelques mois après la liquidation de Pretory, la sulfureuse société de sécurité qui fournissait les agents embarqués sur les vols à risques d’Air France depuis le 11 septembre 2001, le directeur de la sûreté d’Air France devrait faire ses valises. Joël Cathala, fonctionnaire de police détaché, partira le 1er avril. En dépit de l’odeur nauséabonde autour de Pretory (évasion fiscale dans le cadre du contrat des agents embarqués, blanchiment présumé, laxisme dans le recrutement des agents, Libération des 28 novembre et 30 décembre), ce départ n’est pas provoqué par les remous de l’affaire.

« Il s’agit d’un départ à la retraite programmé de longue date », dit-on au siège d’Air France. De fait, Cathala, ex-patron de la police de l’air et des frontières et coordinateur de la lutte anti-ETA au Pays basque, partira quelques jours après ses 55 ans. Toutefois, le grand flic demeurera sans doute au centre de l’affaire Pretory, objet d’une information judiciaire dans laquelle le juge Armand Riberolles a fraîchement saisi la section de recherche de la gendarmerie de Paris.

Car les ex-actionnaires de Pretory, Bill Buck et sa femme Raquel Velasco, ont dégainé l’artillerie lourde... affirmant notamment que le grand flic a logé plus d’un an dans un appartement payé par leur bon soin. « En 2000, Cathala a demandé à Raquel de l’héberger. Il a fini par partir après qu’un dirigeant de Pretory nous a mis en garde que c’était dangereux si quelqu’un le découvrait », a affirmé Bill Buck à Libération. Jusqu’à présent, Joël Cathala n’avait jamais nié connaître Velasco et Buck, mais avait expliqué à Libération il y a un an qu’il était « normal de connaître les gens dans la sécurité ».

Heureux hasard. Or, Velasco, ex-hôtesse UTA, et Buck n’avaient rien à voir avec le monde de la sécurité. Le couple était connu dans le milieu de l’informatique, et Buck affirme que c’est Cathala qui leur a mis le pied à l’étrier : « Cathala était un ami de Raquel. En 1997, il nous a proposé d’investir dans une nouvelle technologie de détection de drogue développée par Pretory. J’ai donc investi dans Pretory. » Buck et Velasco proposent en 1997 un deal à Jacques Gaussens, patron de Pretory SA. La société de sécurité est avalée par une nouvelle entité logée aux Etats-Unis, Gaussens hérite en échange de 13 % des actions. Hasard heureux de la vie, Cathala, promu directeur de la sûreté d’Air France en janvier 1998, va être amené à travailler très directement avec ses amis de Pretory, alors petit client de la compagnie. La suite, c’est le joli décollage de la société sous l’aile d’Air France. Pretory obtient plusieurs contrats, jusqu’à celui, juteux, des agents embarqués en septembre 2001.

« L’objectif initial de Buck était d’atteindre 20 millions de dollars de chiffre d’affaires pour être coté au Nasdaq », explique Jacques Gaussens. Entre 1998 et 2002, le chiffre d’affaires de Pretory grimpera de 2 à 22 millions d’euros. Buck affirme même que Cathala a joué les VRP : « Il nous a présentés à une société basque, Olloquiegui, qui pouvait être intéressée par les produits Pretory. » Bien plus tard, quand les affaires de Pretory tourneront mal, que Gaussens, première victime du scandale, aura été viré, Cathala sera encore là pour suggérer à deux ex-collègues de la police en retraite de prendre les commandes du sous-traitant.

Vitriol. Autre preuve de la consanguinité entre Air France et Pretory, on retrouvera aussi, chez Pretory, le mari d’une ex-membre du cabinet de Jean-Cyril Spinetta, président d’Air France. Dès décembre 2000 pourtant, un rapport interne au vitriol avait mis en cause les relations entre la direction de la sûreté et Pretory. Jean-Cyril Spinetta n’a jamais retiré sa confiance à son directeur de la sûreté. A propos du rapport interne, le patron d’Air France déclarait l’an dernier que celui-ci était un « tissu de rancœur » motivé par des « règlements de comptes ». Hier, Air France n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Le départ de Joël Cathala, qui projetterait de se lancer dans la sûreté privée, devrait toutefois déboucher sur une réorganisation de la sûreté d’Air France. De source interne, la direction de la sûreté rentrera dans le rang : Joël Cathala sera remplacé par un cadre de l’entreprise, lequel sera secondé par un fonctionnaire de police.

Voir en ligne : Libération

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