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Si le logiciel libre était plus bénéfique au développement équilibré d’une planète globalisée

lundi 23 février 2004.

Richard Stallman, inventeur des logiciels libres qui fêtent leurs 20 ans, un informaticien pas manchot

On l’a vu à Matignon, un peu avant la campagne présidentielle de 2002, où quelques jeunes loups du PS cherchaient des pistes politiques originales. A Bombay, en janvier, avec les altermondialistes. A Bruxelles, pour tenter de convaincre le commissaire à la Société de l’information, Erki Liikanen, que le durcissement de la législation sur les droits d’auteur allait assécher les connaissances. Là, on est à l’Unesco. Il joue avec sa chaussette, en équilibre précaire au bout de son pied, quasi posé sur le bureau devant lui. C’est troublant : qui a égaré un hippie sur la banquette ? Ainsi est Richard Stallman. « Autiste », dit un proche. « Monomaniaque », selon un autre. « Visionnaire », s’accordent la plupart de ceux qui l’ont croisé. Lui se dit en « mission » pour les logiciels libres, dont il a lancé l’idée voici vingt ans.

Bénévoles. Logiciels libres ? Des programmes copiables sans limite, dont le « code source » (les secrets de fabrication) est accessible, mais aussi modifiable. Et conçu par des programmeurs partout sur la planète, dont beaucoup sont bénévoles. L’inverse des logiciels dits « propriétaires », bardés de restrictions juridiques à l’usage, comme ceux de Microsoft. Le plus connu des logiciels libres est Linux, alternative de plus en plus courue au Windows de la firme de Bill Gates.

Cela fait donc vingt ans que Richard Matthew Stallman (RMS) est en mission. Depuis 1984, date à laquelle ce brillant programmeur démissionne du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), jugeant insupportable les restrictions croissantes à l’échange libre de logiciels et de connaissances dans son laboratoire. Fini de rire, on ne copie plus et l’époque est à la saga Microsoft. En réaction, RMS lance le projet GNU, visant à bâtir un système d’exploitation ­ le cœur et le chef d’orchestre de tout ordinateur ­ totalement libre. Il crée la Free Software Foundation pour soutenir ce projet et invente un outil pour faire exister juridiquement son intuition : la general public licence (GPL), qui définit avec précision que l’on peut copier librement et modifier à loisir le programme. En 1991, un étudiant finlandais, Linus Torvalds, s’appuie sur les principes défendus par Stallman et apporte la brique qui manquait au projet GNU. Ce sera Linux (GNU/Linux, insiste Stallman), aujourd’hui concurrent numéro un du Windows de Microsoft. Pire qu’un concurrent : un « cancer », a lâché l’actuel patron de Microsoft, Steve Ballmer, un jour d’inspiration. On comprend son agacement, car le succès des logiciels libres pose une question qui fâche, bien au-delà de l’informatique : et si la concurrence et la propriété à tous crins finissaient par freiner l’innovation et mener à des impasses ? Et si la coopération et la liberté d’accès et d’usage n’étaient pas, in fine, bien plus bénéfiques au développement équilibré d’une planète globalisée ? C’est ce que dit Stallman depuis le début. Les logiciels libres, selon lui, ne sont pas un modèle de développement ni un sujet technique pour mordus du clavier, mais une « question éthique et sociale ».

Obstination. Autant d’idées que Stallman exprime dans un français très correct, hérité de son père. Ce dernier avait commencé à apprendre la langue avant d’être expédié en France, à la fin de la Seconde Guerre mondiale et de participer à la bataille des Ardennes. Né en 1953 à New York, Richard programme déjà à 9 ans, sur des feuilles de papier. Son premier ordinateur, ce sera à 16 ans. Il enchaîne avec des études en maths et physiques à l’université Harvard. Bosse au MIT voisin. Puis s’obstine dans son projet jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui, le « pèlerin permanent mondial des logiciels libres », selon l’expression de Philippe Aigrain, ancien fonctionnaire de la Commission européenne. « Il y a peu de gens capables de travailler dix ans en étant pris pour un fou, sans jamais s’arrêter. » Un peu fou, Stallman l’est toujours. Mais, désormais, il est écouté. Ces derniers temps, il n’est pas souvent chez lui, à Boston. Il débat, plaide, explique. De l’Inde au Brésil, de Paris au Costa Rica. Il n’a pas d’enfant : « Je ne veux pas que ma vie soit dirigée par le besoin de gagner de l’argent pour subvenir à leurs besoins, dit-il. Ma mission est la chose la plus importante que je puisse apporter au monde, beaucoup plus qu’un enfant. »

Ces derniers temps, pas mal de gens commencent à le penser. Et pas que des types à cheveux longs ou adeptes du grattage de pieds en public. Début juillet, Stallman a ainsi signé, avec, entre autres, le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz ou le juriste Lawrence Lessig, une lettre ouverte à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle pour demander la tenue d’une réunion sur les projets ouverts et collaboratifs comme le séquençage du génome humain, le Web. Et les logiciels libres.

Voir en ligne : Libération

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