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La lutte contre la pauvreté piétine

jeudi 19 février 2004.

« Parfois, il est encore beaucoup plus pessimiste », avertit à l’avance une des collaboratrices de James Wolfensohn. Sur le développement, le président de la Banque mondiale broie des idées plutôt noires. Il était à Paris le week-end dernier pour la cinquième Conférence annuelle du réseau parlementaire sur la Banque mondiale, afin de tenter à nouveau de convaincre les députés de l’aider à combattre la pauvreté : « Vous êtes des élus locaux, choisis sur la base de problèmes nationaux, mais nous avons tous le devoir de penser global. »

L’idée d’utiliser l’effet de levier des Parlements pour tenter d’infléchir la politique des États semble de bon sens et pourtant aucun membre du congrès américain ne s’était déplacé. Pour James Wolfensohn, cela augure mal de la place dévolue aux ravages de la pauvreté pendant la campagne électorale qui commence aux États-Unis. Et pourtant, le monde devrait entendre la bombe à retardement, le tic-tac des statistiques : « Aujourd’hui, 5 milliards d’humains sur six habitent dans les pays en développement. Dans trente ans, ce seront sept milliards dans les PED sur un total de huit. Alors qu’un milliard d’habitants contrôlent 80% des ressources du monde. »

L’avenir s’assombrit avec la croissance démographique : « En 2004, les moins de 24 ans sont au nombre de 2,8 milliards, les moins de 15 ans sont 1,5 milliard. Si les jeunes n’ont pas d’espoir, il n’y aura pas de paix. Et les efforts que nous consacrons à cet espoir sont ridicules. Nous engloutissons chaque année 1 000 milliards de dollars en dépenses militaires et seulement 50 milliards en aide au développement. » A ce rythme, il n’y a aucune chance d’atteindre les objectifs dits du millénaire, c’est-à-dire de réduire de moitié, avant 2015, la proportion de la population mondiale qui vit avec moins d’un dollar par jour. Bref, « Je ne suis pas optimiste. Il n’y a pas de volonté politique. Beaucoup de mots mais peu d’action ».

L’immobilisme est aussi celui des pays en développement, concède le président : « Ils doivent améliorer leur gouvernance, combattre la corruption, mettre au point des systèmes judiciaires acceptables. » Il n’en reste pas moins que sans aide des pays du Nord, aucune évolution n’est possible, affirme James Wolfensohn : « Pourquoi un pays s’engagerait-il par exemple dans une refonte radicale de son système éducatif s’il sait qu’il n’aura pas les fonds nécessaires pour la mener à bien ? »

Le banquier estime urgent de « changer d’échelle ». Il place beaucoup d’espoir dans la conférence qu’il organise en mai à Shanghaï : « Nous faisons trop de projets qui ont surtout pour but de nous donner bonne conscience : 20 écoles, 2 centrales électriques, 100 kilomètres de route, alors qu’il faudrait à chaque fois dix, cent fois plus. Les Chinois comprennent bien ça. Car quand ils ont une idée, ils savent la répliquer pour leur 1,3 milliard de compatriotes. »

Voir en ligne : Le Figaro

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