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Air Littoral largué

mardi 17 février 2004.

Après le retrait d’un énième candidat à la reprise, la liquidation semblait hier soir inévitable.

« C’est une douche froide. » Pourtant habitué à d’éternels rebondissements dans la longue saga de la reprise de leur entreprise, les salariés d’Air Littoral ont accueilli hier, dans un mélange de surprise et de dépit, la nouvelle du retrait de leur dernier repreneur, la Filature du Favreuil, présenté comme la filiale du groupe financier Alain Duménil. Un groupe à la réalité plus qu’incertaine. « On ne voit plus comment on va pouvoir éviter une liquidation, même si, tant qu’on n’est pas mort, on est encore vivant », a déclaré Stéphane Brelières, représentant du comité d’entreprise.

Privée d’autorisation de vol depuis trois jours par le gouvernement, la compagnie espérait bien que le mystérieux repreneur (Libération du 10 février) se décide à débourser les 7,5 millions d’euros exigés. Le tribunal de Montpellier avait accordé un ultime sursis (hier soir minuit) pour que la Filature du Favreuil (le groupe Duménil) fasse la preuve de sa capacité à débloquer les fonds requis par le Conseil supérieur de l’aviation marchande. Le groupe Duménil n’a pas fait durer le suspense jusqu’aux douze coups. A 19 h 35, l’annonce du retrait tombe.

Préjudice.
« Ce soir, les perspectives sont considérablement assombries », a déclaré le directeur général, Jean Durand, au siège de la compagnie. Avant d’ajouter : « On a encore une nuit, on fera tout même si les chances sont extrêmement ténues. » Selon Durand, le groupe Duménil a considéré que l’arrêt de la licence d’exploitation, annoncé vendredi par le ministère des Transports, impliquait un « coût de reprise trop important ». La direction d’Air Littoral avait estimé que l’immobilisation de ses appareils au sol depuis trois jours constituait un préjudice financier de 1,5 million d’euros et que le coût d’un éventuel redémarrage représentait environ le double de cette somme.

Cette démission en rase campagne vient conclure un week-end de rebondissements, où chacun a voulu croire que le sauvetage de la compagnie était encore possible. Samedi matin, Jean Durand, le directeur général, a d’abord expliqué que la Direction générale de l’aviation civile avait déclaré que « l’entreprise était dans une logique de reprise ». Dès lors, on n’a plus parlé au siège d’Air Littoral de la Filature du Favreuil, considéré comme trop obscur, mais d’Alain Duménil, présenté comme un homme d’affaires « avec une surface financière ». Lancé dans la course à sa succession à la tête de la région Languedoc-Roussillon, Jacques Blanc (UMP) s’est, de son côté, cru autorisé à clamer haut et fort qu’il avait eu « au téléphone Dominique Bussereau », le secrétaire d’Etat aux Transports et accessoirement son ex-directeur de cabinet, et Alain Duménil « en personne ». Selon le président de la région, le secrétaire d’Etat s’était seulement rangé à « un principe de précaution » avant l’obtention d’une nouvelle licence d’exploitation.

Parapluie.
Dans l’après-midi de samedi, interrompant ses vacances, Bernard Calcéi, président du tribunal de commerce qui avait donné son feu vert à la Filature du Favreuil pour reprendre la compagnie, a, à son tour, ouvert le parapluie. Confiant dans le sérieux du repreneur, il lui accordait jusqu’à ce lundi minuit pour apporter les fonds nécessaires à la relance de la compagnie, laissant croire à un sursis. Alain Dumenil, toujours réfugié derrière son groupe qui n’existe que pour la direction d’Air Littoral, s’est, lui, fendu dimanche soir d’un communiqué tout en nuances dans lequel il expliquait en substance qu’il tiendrait ses engagements si les autres protagonistes du dossier faisaient de même. Au moins, l’honneur était sauf.

Lundi matin, Jean Durand a de nouveau convié en assemblée générale des salariés prêts à y croire. Il a annoncé avoir déposé un recours devant le tribunal administratif de Marseille contre la décision cosignée du secrétaire d’Etat aux Transports et du ministre Gilles de Robien. « C’était jouer avec le moral des salariés que de leur faire croire à un dernier espoir lundi », assure Franck Souvigner, secrétaire adjoint du comité d’entreprise, représentant des pilotes.

Douteux.
A moins d’un nouveau retournement de dernière minute, Air Littoral prend maintenant la direction d’une liquidation. Le tribunal de commerce de Montpellier doit se réunir cet après-midi. Cette issue viendrait mettre un point final à six mois de crise où se sont succédé des repreneurs aussi improbables les uns que les autres. Il y a eu le fonds américain Wexford, puis l’italien Seven Group, et enfin Ionis, un groupe français spécialisé dans la formation au management. Bref, tout et n’importe quoi, dans des conditions parfois douteuses. Si l’entreprise est liquidée, ce sont 444 salariés qui resteront sur le carreau.

Voir en ligne : Libération

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