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AF/KLM : « Il y a des menaces tous azimuts »

jeudi 12 février 2004.

3 questions du Nouvelobs.com à Yvon Touil administrateur CGT   d’Air France

Comment accueillez vous l’annonce de la fusion d’Air France et de KLM, ainsi que les conditions imposées par le Commission de Bruxelles ?

  • Cette annonce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, puisque cette décision, c’est avant tout la privatisation d’Air France. Francis Mer et le gouvernement ont transformé le projet de coopération avec KLM, sur lequel Air France travaille depuis deux ans, en projet de fusion. Cette alliance est en réalité le seul moyen pour le gouvernement de privatiser Air France.
    Quant aux conditions posées par la Commission européenne, je trouve que cette dernière ne manque pas d’air car à aucun moment, elle ne parle des problèmes sociaux évidents que pose cette fusion. Elle ne s’intéresse qu’à l’argent et jamais aux travailleurs. Deuxièmement, Bruxelles parle au nom des consommateurs et jamais au nom des citoyens, des usagers du service public. La Commission a donc des préoccupations exclusivement mercantiles. Et puis elle fait preuve d’hypocrisie, en disant que des créneaux doivent être gelés pour favoriser l’arrivée de nouveaux entrants. Alors qu’en même temps, elle favorise les hyper concentrations de capital et la création de mastodontes.

Au niveau des plans sociaux, que craignez vous en terme de suppressions d’emplois ?

  • Il y a des menaces tous azimuts. Mais particulièrement dans les domaines industriel, commercial, du fret, et de l’informatique.
    Car KLM est une entreprise libéralisée qui pratique la sous-traitance. La compagnie néerlandaise a tendance à imposer lourdement ses méthodes de gestion. Il est donc à craindre qu’elle devienne vite pour les salariés d’Air France un partenaire qui impose des méthodes de travail n’ayant rien à voir avec les aspirations des salariés d’Air France. Je pense en tout cas que les déclarations de Spinetta, comme quoi il garantit l’emploi dans l’opération, vont très vite s’avérer fausses. On n’a jamais vu une fusion qui favorise la création d’emplois. Cette fusion s’accompagne de reculs sociaux forts. Sans oublier une reprise en main très dure de l’encadrement, à travers une individualisation accentuée des rémunérations des cadres. Et puis Alitalia frappe à la porte, avec ses 36.000 salariés. Si l’on fait une jonction des trois, on va automatiquement arriver à une exigence des actionnaires de suppression d’emplois.

Comment la fusion a-t-elle été préparée en interne ? La direction parvient-elle à motiver les gens autour du projet ?

  • La direction n’arrive pas du tout à motiver les gens, et notamment l’encadrement, autour de ce projet de fusion, malgré les discours, les publications … Ils essaient de piéger les gens avec l’actionnariat, en les faisant renoncer à des salaires, pour prendre des actions. La direction arrose en permanence avec de l’illusion et des pseudo garanties d’emploi. Elle anesthésie les salariés, mais à aucun moment ne soulève l’enthousiasme.
    Leur baratin ne cache pas la vérité profonde, à savoir que l’on court vers une restructuration.
    L’autre problème avec la compagnie hollandaise, c’est qu’elle a une culture d’entreprise différente, une culture ultra commerciale, sans agence directe, sans aucune notion de service public. Les gens d’Air France sont donc très inquiets et ne savent pas comment se sortir de ce bourbier, de ce mastodonte difficilement gérable. D’autant que cette fusion avec une compagnie européenne n’est pas fondamentalement intéressante. Globalement, l’alliance avec KLM n’amène pas grand chose.

Voir en ligne : Nouvelobs.com

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