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L’ex-patron de Clearstream mis en examen

vendredi 6 février 2004.

La société aurait détourné des fonds lors de transactions financières dont elle était garante.

L’ancien président de Clearstream, André Lussi, vient d’être mis en examen au Luxembourg pour blanchiment, faux bilans, infraction à la loi sur le secteur financier et escroquerie en matière d’impôts... L’information, révélée hier par la radio RTL-Luxembourg, a été confirmée par son avocat. L’affaire n’est pas que grand-ducale, elle secoue l’ensemble du monde de la finance. Clearstream est une société de clearing (chambre de compensation), là ou s’échangent les titres financiers (actions, obligations, devises, etc.). Quand ces titres étaient de papier, le clearing était le lieu physique où ils étaient entreposés et aiguillés en temps réel, afin d’éviter de lourds transports entre clients. Depuis la dématérialisation des titres, les sociétés de clearing font office de notaire électronique, chargées de maintenir un peu de traçabilité dans le monde virtuel de la finance.

Mécanique infernale. Clearstream est l’une des deux principales sociétés de clearing international. Son capital est détenu par les principales banques de la planète. Dans deux livres successifs, Révélation$ et la Boîte noire (éditions les Arènes), Denis Robert (ancien journaliste à Libération) a décrit la dérive du système : ce qui devait n’être qu’un outil pour fluidifier les transactions financières se serait transformé en mécanique infernale, toujours plus opaque (comptes secrets, double chemin informatique). Après la parution du premier bouquin, en février 2001, André Lussi a été viré de Clearstream, moyennant toutefois de colossales indemnités.

La justice luxembourgeoise, territorialement compétente, s’est mise en branle. Pourtant, très vite, le procureur soulignait qu’aucun blanchiment organisé ne pouvait être mis en lumière. Puis le juge d’instruction chargé d’examiner les faits résiduels refusait d’enquêter davantage tant que l’« origine non délictueuse » des documents qui lui étaient soumis ne serait pas établie. Un avocat de Clearstream pouvait plastronner : « Les autorités ont enquêté, perquisitionné, auditionné, et sont arrivées à la conclusion qu’il n’y a rien. On balaie tout cela en disant : c’est typique du Luxembourg ! » La récente mise en examen de Lussi n’y change rien. Son avocat indiquait hier à l’AFP qu’il n’y a « rien dans le dossier », si ce n’est quelques « élucubrations ».

Sauf que la justice française s’est entretemps prononcée, soulignant que rien ne prouve que la thèse de l’usine à gaz maléfique serait « fantaisiste ». C’était dans un jugement du 1er octobre 2003, déboutant Clearstream de ses demandes (200 000 euros de dommages et intérêts) contre Denis Robert, lequel a obtenu 5 000 euros de frais de justice. A l’audience, Régis Hempel, ancien vice-président en charge de l’informatique, a confirmé son sentiment : « Clearstream est la plus grande lessiveuse du monde. » A l’entendre, elle ne rend pas publics les comptes de certains établissements financiers, alors qu’elle est théoriquement chargée de tout recenser au grand jour. Une habitude prise avec le Banco Ambrosiano, la banque du Vatican, avant de se généraliser. Dominique Hoenn, administrateur de Clearstream, directeur général de BNP-Paribas et membre de l’Autorité des marchés financiers, n’y voit pas malice : « Dans l’annuaire du téléphone, il y a des gens parfaitement honorables qui demandent à être sur liste rouge. » Mais chez Clearstream, ces honorables financiers ont la fâcheuse manie d’être immatriculés sous les cocotiers.

Bugs. Sur les bidouillages informatiques qui auraient permis de faire disparaître certaines transactions suspectes, Hempel se dit perplexe : « A l’origine, il y avait des bugs et on les corrigeait. Puis sont venues les instructions : corriger pour faire disparaître les traces. » Interrogé par Libération, un informaticien qui a eu l’occasion d’auditer le ventre de la bête a également de grosses interrogations : « Il y a des choses qu’on a du mal à comprendre. » Rien ne démontre une manipulation informatique organisée. Reste un épais brouillard dans un domaine ­ la finance sans frontières ­ qui n’en avait pas vraiment besoin.

Voir en ligne : Libération

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