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Les Quinze ferment la porte aux travailleurs de l’Est

samedi 7 février 2004.

A l’approche de l’élargissement, les pays de l’UE restreignent l’accès à leur marché. Bruxelles a pourtant annoncé un impact limité de ce nouvel élargissement : 2,3 millions de ressortissants de l’Est migreraient sur dix ans vers les Quinze.

Drôle de cadeau de bienvenue : à moins de quatre-vingt-dix jours de l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays [1], les portes claquent au nez des travailleurs de l’Est qui seraient tentés de venir chez les Quinze dès le 1er mai. L’Irlande risque même d’être le seul pays à les accueillir, après la cascade de revirements observée ces derniers jours, que ce soit en Suède, au Danemark ou aux Pays-Bas. Mais la plus spectaculaire de ces volte-face est celle du Royaume-Uni, qui se faisait justement le champion de la politique de la porte ouverte.

Posture défensive. Interpellé mercredi au Parlement par l’opposition, Tony Blair a reconnu qu’« il existe un risque potentiel en provenance de ces pays adhérents ». « C’est précisément pour cette raison que nous examinons les concessions que nous avons accordées. S’il s’avère que renoncer à ces concessions permet de régler le problème, alors nous le ferons. » Les « concessions » qu’évoque le Premier ministre britannique sont en fait le choix initialement fait par Londres d’ouvrir son marché du travail, sans aucune période de transition après le 1er mai. Durant les négociations d’adhésion des Dix, l’Allemagne et l’Autriche avaient livré bataille pour obtenir de pouvoir limiter pendant une période maximale de sept ans l’arrivée de travailleurs polonais, slovaques, lettons ou tchèques.

L’adhésion de l’Espagne et du Portugal, en 1986, a eu beau ne pas se traduire par des flux migratoires massifs, et la Commission européenne a beau annoncer un impact limité de ce nouvel élargissement ­ au maximum 2,3 millions de ressortissants de l’Est migreraient sur dix ans vers les Quinze ­, il n’empêche : Berlin et Vienne voulaient rassurer leur opinion publique. Une posture défensive imitée par les deux tiers des pays de l’actuelle Union. A commencer par la France, qui, avec 9,7 % de chômage, compte elle aussi restreindre la libre circulation des travailleurs. Le mécanisme adopté par les Quinze est le suivant : chaque Etat membre peut sans justification limiter l’accès à son marché du travail pendant deux ans, avec une extension possible de trois ans. A partir du 1er mai 2009, il faudra avoir l’autorisation de la Commission et fournir la preuve d’un trouble grave de son marché domestique pour obtenir un dernier sursis de deux ans. Dans l’euphorie du sommet de Copenhague qui, fin 2002, avait décidé de la réunification de l’Europe, cinq pays (Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Suède et Pays-Bas) s’étaient distingués en se disant prêts à jouer tout de suite la carte du marché unique.

Aux crochets de l’Etat. Mais, à l’approche du jour J, toutes les peurs sont en train de grandir chez les Quinze, où seulement 47 % de la population soutient l’élargissement, selon le dernier Eurobaromètre. Au Royaume-Uni, les tabloïds eurosceptiques ont attisé une campagne xénophobe, agitant le spectre de milliers de Roms affluant pour vivre aux crochets de l’Etat. Les propos tenus mercredi par Tony Blair répondent à cette campagne. Aux Pays-Bas, le gouvernement a décidé en janvier de plafonner à 22 000 le nombre des travailleurs de l’Est admis la première année. Quant aux pays scandinaves, c’est pour leur Etat-Providence qu’ils craignent. « Nous serions naïfs si nous ne voyions pas les risques d’être le seul pays à accueillir des gens d’Europe de l’Est, venant travailler pour des cacahuètes afin d’avoir accès à nos avantages sociaux », a lancé, il y a une semaine, le Premier ministre social-démocrate suédois. Sur les murs de Stockholm, fleurissent des affiches du principal syndicat du BTP montrant un ouvrier vêtu d’un casque et d’un maillot de bain : un travailleur de l’Est « exploité pour 39,90 couronnes de l’heure, au lieu d’un salaire normal de 137 couronnes ».

Le dumping social et la peur d’une ruée sur les allocations sociales ont motivé, au Danemark, l’adoption d’un texte visant à « créer un rempart autour des régimes [sociaux] de notre société de bien-être ». Autant de signaux d’inquiétude qui, selon Philippe Pochet, directeur de l’Observatoire social européen, « illustrent la totale impréparation de cet élargissement ». Et « la contradiction des Quinze qui ne peuvent à la fois vouloir se protéger des migrations et tailler dans les dépenses européennes de solidarité » vis-à-vis de pays où le niveau de vie n’atteint pas la moitié de ce qu’il est à l’Ouest.

Voir en ligne : Libération

Notes

[1Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Chypre et Malte.

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