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Air Lib : l’espoir s’envole ?

mercredi 18 décembre 2002.

La situation de la deuxième compagnie aérienne française se dégrade. Le gouvernement ne croit guère en son mystérieux sauveteur néerlandais, et les méthodes de son patron Jean-Charles Corbet sont de plus en plus contestées. Le chant du cygne ?

Erik de Vlieger, ce mystérieux Néerlandais providentiellement tombé du ciel il y a un mois pour voler au secours d’Air Lib, parviendra-t-il à sauver la compagnie du crash programmé ? Jeudi dernier, ce patron de 42 ans, dirigeant du groupe familial Imca, rencontrait le ministre des Transports Gilles de Robien et son secrétaire d’Etat Dominique Bussereau, pour faire un premier point sur l’avancée des négociations. Officiellement, le dossier suit son cours, en attendant que l’investisseur se prononce aux alentours de la mi-décembre. En vérité, l’affaire est pliée. « A moins d’un miracle », dit un proche du dossier, le compte à rebours qui conduit à la fermeture est engagé. Jusqu’au bout le gouvernement fera semblant d’y croire. Mais ce sauvetage se présente mal. Très mal même. Après sa première rencontre au ministère, Erik de Vlieger, qui s’affirmait dans « le Figaro » « candidat à la reprise de la totalité d’Air Lib », n’a, dit-on dans l’entourage des ministres, « ni convaincu ni démontré » la viabilité de son plan de vol. Pas de business-plan sérieux, pas de financement à la hauteur des besoins, pas de projet en mesure de redresser la barre… [...]

Seulement voilà : pour sauver Air Lib, il faut, au bas mot… 15 fois plus d’argent ! Comptez déjà 90 millions d’euros pour les dettes, auxquels il faut ajouter des investissements, le renouvellement d’une partie de la flotte, la restructuration de la société, un plan social estimé à quelque 10 millions d’euros… Le patron d’Imca a-t-il les moyens de ses ambitions ? Pas sûr. Pour le gouvernement français, ce Néerlandais qui a toutes les apparences de la respectabilité était pourtant providentiel. Du moins ne pourra-t-on pas dire que tout, absolument tout, n’a pas été tenté pour sauver la compagnie et ses 4500 emplois… Certes, pas à la façon de l’ancien ministre des Transports, le communiste Jean-Claude Gayssot, qui a créé et porté à bout de bras cet Air Lib rebaptisé « Air Gayssot » durant toute la durée de son ministère. Depuis son départ, les coups de pouce et les petits arrangements sont terminés. Ses successeurs ne veulent pas effacer la dette d’Air Lib ni subventionner plus que de raison la desserte des Dom-Tom… Il lui faudra aussi payer les taxes d’aéroport, les charges sociales… Bref, revenir sur terre ! En revanche, le gouvernement veut aussi montrer qu’il laissera à Jean-Charles Corbet ses chances…[...]

Charmeur, enthousiaste, le dirigeant d’Air Lib ne manque pas de force de persuasion. Il met en avant ses milliers de « slots », des créneaux d’atterrissage à Orly, un véritable trésor de guerre, objet de convoitises de toutes les compagnies à bas coût type Easy Jet, qui attendent leur heure. C’est ce qui a séduit Erik de Vlieger. Banco ! Mais trois jours plus tard, quand il entre dans la « data room » installée dans le cabinet d’avocats d’affaires Leonzi, avenue Kléber, le sauveteur tombe de haut. Il réalise que la situation est catastrophique. Les long-courriers sont moribonds. Les moyen-courriers ont besoin de lourds investissements. Reste Air Lib Express, la nouvelle branche « bas coût » de la compagnie : certes, en vendant des billets 29 euros, elle remplit ses avions. Mais il s’agit plus d’une « compagnie à bas tarifs » que de « bas coûts »… Intenable.[...]

Le pilote Christian Paris, administrateur salarié d’Air France, et dirigeant du SNPL  , n’occupe officiellement aucun poste dans la maison. Mais il est toujours près de Corbet. Est-il une « taupe d’Air France », comme l’a écrit le magazine « Capital » ? Difficile d’être à la fois syndicaliste dans une entreprise et conseiller du président dans une autre… Et pendant ce temps Air Lib pique du nez. Les plans stratégiques successifs, les dessertes lancées puis abandonnées ont accru le désarroi. La Libye, qui s’annonçait comme un nouvel eldorado, pourrait être abandonnée cet hiver. Les Dom-Tom sont structurellement déficitaires. Y aura-t-il un miracle hollandais ? Le 9 janvier il faudra rembourser la dette. Mais d’ici là…NATACHA TATU

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