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De la difficulté d’établir des listes fiables de terroristes potentiels

vendredi 2 janvier 2004.

Les six erreurs d’homonymie, commises par le FBI américain dans sa liste de terroristes communiquée à la France, soulignent les difficultés d’établissements de bases de données fiables en matière de lutte antiterroriste, relèvent des experts interrogés par l’AFP.

Selon le ministère français de l’Intérieur, les six passagers d’Air France interrogés avant Noël par les services français sur la base de renseignements du FBI étaient des « homonymes » de personnes figurant sur les listes américaines de terroristes potentiels.

« Il est très difficile de faire du renseignement sur les ressortissants des pays arabes ou proches de ces pays où les gens changent souvent de nom, où il y a beaucoup d’homonymes et où l’on peut donc retrouver les mêmes noms dans dix pays différents de la même région », estime Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement.

Ce spécialiste ajoute que les « problèmes de translittération (transcription lettre par lettre d’un alphabet à une autre alphabet, ndlr) rendent souvent cette tâche très complexe ».

« Il est en fait très difficile de faire du renseignement de masse sur les pays du Proche-Orient ou d’Asie du sud-est en raison de ces problèmes de translittération », ajoute ce spécialiste qui travaille actuellement sur une nouvelle édition de la « Guerre secrète contre Al-Qaïda ».

Pour Eric Denécé, les interceptions de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA), qui recueille chaque jour des millions de messages (conversations téléphoniques, échanges informatiques) avec ses satellites-espions « ne sont pas suffisamment discriminées ». De même, poursuit-il, les noms qui apparaissent lors des interrogatoires menés sur la base américaine de Guantanamo (Cuba) où sont détenues 660 personnes de plusieurs nationalités, pour la plupart capturées en Afghanistan, peuvent correspondre à plusieurs personnes différentes", dont certaines n’ont rien à voir avec le terrorisme.

Jean-François Daguzan, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), ajoute que le renseignement américain, « avant tout du renseignement électronique » avec la NSA, soufre du manque de spécialistes pour traiter cette masse d’information : « une mauvaise interprétation d’un nom et c’est l’alerte rouge ».

Les Français et les Britanniques, selon ce chercheur de la FRS, « savent depuis longtemps faire ce travail d’affinage » des données fournies par des interceptions techniques qu’ils peuvent recouper avec des « sources humaines ». Eric Denécé rappelle que les noms des terroristes kamikazes, qui ont détourné les quatre avions américains le 11 septembre 2001 (2.981 morts), figuraient sous leur véritable nom dans les listes de passagers.

« Il ne suffit pas d’un nom dans une base de données, ajoute Eric Denécé, il faut aussi connaître la date et le lieu de naissance, la nationalité exacte et le lieu de résidence de la personne suspectée de terrorisme ».

« Les Américains, conclut-il, sont en train d’apprendre ce que les services de renseignement français ont appris il y a plusieurs dizaines d’années ».

Voir en ligne : AFP

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