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Air France : le fiasco de la sécurité

mardi 30 décembre 2003.

« Aucun commentaire. » A Air France, on n’était guère disert, hier, sur l’annonce de la mise en place de policiers embarqués sur les vols à risques, pourtant confirmée par les autorités françaises et américaines. Il faut dire que l’expérience de la compagnie française en matière de sécurité embarquée a viré au fiasco... Depuis deux ans, la compagnie nationale avait recours aux services d’une société de sécurité privée, Pretory, qui lui fournissait des gros bras sur les vols à risques, en particulier vers les Etats-Unis. Coïncidence malheureuse, c’est aujourd’hui que le tribunal de commerce de Paris doit annoncer la liquidation de Pretory, plombée depuis deux ans par son incompétence et les acrobaties financières de ses dirigeants.

Privée. L’idée de mettre des agents embarqués remonte au lendemain du 11 septembre. Parmi une série de mesures, les Etats-Unis exigent alors des compagnies étrangères une présence d’agents sur les vols se posant sur leur territoire. Dès le 15 septembre 2001, Air France annonce fièrement qu’elle est la première compagnie à voler avec des agents « spécialement entraînés ». Mais alors que les Etats-Unis confient pour les compagnies locales cette mission de sécurisation à des agents publics, les sky marshals, Air France s’appuie sur une société privée : Pretory. En France, l’Etat s’est désengagé de la sûreté aérienne ­ essentiellement le contrôle des bagages et des passagers ­ en 1994. Incapables de fournir suffisamment d’hommes du fait de la croissance du trafic aérien, les pouvoirs publics ont confié aux entreprises (Air France et Aéroports de Paris) la charge de se protéger. Quitte à payer parfois de la sécurité au rabais.

« Le premier problème de Pretory, affirme un professionnel, est d’avoir recruté n’importe qui. » Contrainte de trouver plus d’une centaine de professionnels à la hâte, la société embauche le tout-venant : portiers de boîte de nuit, ex-militaires, etc. Un personnel pas toujours trié sur le volet. Certains agents ont même des casiers judiciaires fournis. « L’un d’eux avait été condamné pour assassinat », témoigne une source interne à Pretory. En avril dernier, plus d’un an et demi après le début de la mission, Air France fait contrôler le listing des agents : sur 140, la direction de la sûreté d’Air France ­ dirigée par un haut fonctionnaire de police détaché ­ disait n’en connaître que la moitié... Plus grave, après contrôles effectués par la compagnie, plus d’une trentaine de ces agents ont été interdits de vols.

Ce flou artistique dans le recrutement a nourri les plus folles rumeurs, dont celles de connexions islamistes, basées notamment sur la présence de deux convertis à l’islam à la tête de sous-traitants de Pretory : on a évoqué aussi la participation d’agents de Pretory à un stage de tir organisé à Dubaï en janvier dernier. Pretory a également été pointé du doigt pour sa gestion frauduleuse, le sous-traitant d’Air France ayant pris le parti de ne pas payer ses charges. S’appuyant sur d’autres sous-traitants fictifs et des montages complexes dans des paradis fiscaux, Pretory a grugé le fisc pendant deux ans, ce qui a causé sa perte : la société s’est retrouvée avec un redressement fiscal de plus de 4,5 millions d’euros cette année. Bref, une douteuse collaboration, sur laquelle la compagnie a refusé de s’exprimer.

Blindé. Depuis plusieurs mois, Air France ne cachait plus son intention de ne pas renouveler le contrat des agents embarqués (lequel devait expirer ce 31 décembre), affirmant que la présence de portes de cockpit blindées (rendues obligatoires depuis novembre par les textes internationaux) ne rend plus « nécessaire » la présence d’agents à bord. Sérénité que les autorités américaines ne partagent manifestement pas. Avec une différence : Washington a précisé qu’il s’agissait pour les compagnies aériennes étrangères de mettre à bord des policiers armés, sur le modèle américain. Il ne fait aucun doute que le GIGN sera plus sérieux que les drôles d’agents de Pretory. Mais le problème des effectifs va vite se poser. Au plus fort de sa mission, en 2002, Pretory fournissait à Air France près de 200 agents (pour plus de 20 000 heures de vols mensuels). Soit deux fois plus que l’effectif du célèbre groupement d’intervention de la gendarmerie, qui ne compte que 95 membres.

Voir en ligne : Libération

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