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Le risque dollar

mercredi 19 novembre 2003.

L’éditorail du Monde daté du 20 novembre 2003 synthétise bien la situation économique mondiale : une économie américaine montrée en exemple à suivre par les gouvernements européens alors que les USA vivent au dessus de leurs moyens en s’endettant auprès du reste du monde et notamment grâce à l’épargne des ménages français les plus riches qui ont bénéficiés des largesses fiscales de Chirac/Raffarin.

« UN SEUL ÉVÉNEMENT pourrait rompre la reprise mondiale actuellement en cours : une glissade du dollar. Or le niveau de la monnaie américaine repose, pour une très grande part, dans les mains d’une administration Bush que l’on peut qualifier de peu expérimentée et dont les regards sont tournés exclusivement vers la scène intérieure et l’élection présidentielle à l’automne prochain. Le bas niveau record atteint par le dollar, mardi 18 novembre, face à l’euro (la monnaie européenne a coté 1,1978 dollar) est, dès lors, très inquiétant.

La reprise mondiale s’appuie sur certains facteurs assez durables : aux Etats-Unis, sur des gains de productivité ; en Europe, sur une bonne consommation et des entreprises profitables ; au Japon, sur les premiers fruits après dix ans de purge. Mais elle avance au bord d’un immense gouffre : un déficit de la balance des paiements des Etats-Unis de 500 milliards de dollars qui traduit un déséquilibre considérable dans l’évolution de l’économie-monde. De 1995 à 2002, l’Amérique, première puissance en volume et première en taux d’expansion, a « trusté » 96 % de la croissance mondiale, a calculé l’économiste Steven Roach, de Morgan Stanley. Les Etats-Unis fonctionnent comme une immense pompe à capitaux. Les investisseurs, notamment les banques centrales du Japon et de la Chine, placent leurs avoirs en bonds du Trésor américains et en titres divers permettant ainsi aux Américains de vivre à crédit au-dessus de leurs moyens dans des proportions considérables.

Pour lutter contre les déficits, l’administration Bush a une première solution : relever les impôts en 2004, maintenant que la reprise est là, pour calmer l’appétit de consommation des 285 millions d’Américains. Elle a décidé d’en utiliser une seconde : faire baisser graduellement le dollar pour grossir les exportations et réduire les importations. Une voie électoralement plus payante pour George W. Bush, mais qui présente de gros risques.

D’abord parce que réussir à contrôler la baisse d’une monnaie est un pari audacieux : les marchés, en anticipant, accélèrent les glissades. Ensuite, parce qu’un recul trop important du billet vert va rendre les produits européens et japonais peu compétitifs, menaçant de casser l’expansion qui éclôt doucement sur le Vieux Continent et l’archipel nippon. Enfin, parce que les investisseurs asiatiques – qui aujourd’hui financent les déficits américains – peuvent s’effrayer, ce qui remettrait en cause la croissance américaine elle-même. Cette hypothèse semble se concrétiser : en septembre, les achats par les étrangers de titres américains ont chuté à 4 milliards de dollars, contre 50 milliards en août.

Ce n’est pas encore la panique sur les marchés des changes, le dollar pourrait ne pas « dévisser ». Mais il va sûrement baisser encore, et nettement. Les Européens doivent d’urgence trouver des ressorts internes de croissance et ne plus compter seulement, comme le fait le gouvernement français, sur les seuls bienfaits importés de la reprise américaine. »

Voir en ligne : Le Monde

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