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Aéris : trois semaines pour éviter la liquidation

mardi 30 septembre 2003.

Trois mois et demi d’activité auront suffi à AERIS pour connaître ses limites sur l’activité low cost. Mardi dernier, elle annonçait en effet son placement en redressement judiciaire, dans le but de favoriser l’arrivée d’un repreneur. A peine installée dans son nouveau métier, la compagnie toulousaine jette l’éponge, et préfère laisser les commandes à un nouveau pilote plutôt que de continuer à faire voler ses avions en perdant de l’argent. « On a vraiment besoin de capitaux. On ne peut pas poursuivre comme ça. L’annoncer de façon claire est une façon de mettre la pression sur les actionnaires actuels et les repreneurs potentiels » explique Alexandre Scherer, directeur marketing. Fidèle à son habitude, le management d’Aéris, qui joue gros dans l’affaire - il détient 37 % du capital - privilégie une méthode de gestion musclée. Le passage direct au dépôt de bilan permet, certes, de « nettoyer le passif de 7 M€ », mais il a aussi pour inconvénient de faire chuter les réservations : moins 15 % dès l’annonce du redressement judiciaire, et jusqu’à moins 50 % peu après.

Aéris assure aujourd’hui que deux repreneurs se sont d’ores et déjà manifestés, ce qui peut accréditer l’hypothèse d’une vente par appartements. L’activité charter, le métier initial du transporteur, pourrait être acquise par un tour operator, tandis que l’activité des vols réguliers à bas coût serait cédée par ailleurs (voir en encadré). La compagnie dispose de trois semaines pour trouver le ou les investisseurs adéquats. Sa concurrente low cost, EasyJet, ne manifeste pas un réel intérêt pour la reprise d’Aéris, sans toutefois fermer complètement la porte. « C’est une éventualité très improbable. Nous ne voulons pas dévier de notre base de coûts. Nous préférons continuer à faire notre métier de low cost » explique Elodie Gythiel, responsable de la communication d’EasyJet. Quid de Wexford ? Ce fonds d’investissement américain, spécialiste de l’aérien et propriétaire de trois compagnies (Solitair, Chautauqua Airlines et Frontier Airlines), s’est mystérieusement retiré la semaine dernière du tour de table pour la reprise d’Air Littoral, alimentant les rumeurs sur l’éventualité de son arrivée prochaine dans le capital d’Aéris. Un autre point commun entre Aéris et Air Littoral tient au fait que toutes les deux ont été conseillées par Marc Rochet. Officiellement, l’ex-PDG d’Air Liberté, présent plusieurs semaines durant au siège de la compagnie toulousaine, n’était là qu’à titre de consultant sur le projet Aéris Express. Officieusement, quelques observateurs font remarquer qu’il pourrait amener dans ses bagages un actionnaire, voire un dépôt d’offre... ou tout simplement utiliser les Boeing de la compagnie sur le projet qui l’occupe actuellement, à savoir Air Caraïbes. Sans oublier la candidature « indirecte » du consortium financier cannois NGFI-Sudac, représenté par Jean Galli-Douani, qui se dit prêt à déposer 20 M€ au tribunal de commerce de Montpellier pour la reprise d’Air Littoral, et assure par ailleurs « maintenir une épée de Damoclès au dessus de tous les détenteurs éventuels des créneaux horaires d’Aéris... afin de rapprocher les activités et le potentiel des deux compagnies. »

Christian CHAUMERLIAC

Les raisons d’un échec

Les mélanges de genres sont difficiles dans le transport aérien. Aéris réussissait plutôt bien dans les vols charters, affichant une croissance ininterrompue depuis 1999. En 2001, la compagnie estimait ainsi être l’une des plus rentables d’Europe, juste après Ryanair et EasyJet, grâce à une politique commerciale dynamique et à des coûts faibles. Certes, l’exercice 2002 fait apparaître, pour un CA de 108 M€, un résultat net négatif de 5 à 6 M€. Mais Charles-Henri Rossignol a d’autres ambitions que les vols charters. Le jeune PDG, polytechnicien et diplômé de Harvard, ancien spécialiste des fusions-acquisitions pour Morgan Stanley, rêve de faire d’Aéris la deuxième compagnie derrière Air France.

Ce nouveau venu dans le secteur n’est pas n’importe qui. Certes, il affectionne volontiers un discours libéral et iconoclaste, mais démontre sa maîtrise des dossiers lorsqu’il décroche, face à EasyJet notamment, la plus grosse part des créneaux horaires de décollage et d’atterrissage laissés vacants par la liquidation d’Air Lib. De nombreux observateurs verront néammoins dans cette demi-victoire le résultat d’un lobbying efficace d’Air France : de fait, le marché est éclaté de telle sorte que la domination de la compagnie nationale est à peine entamée. Qui plus est, Aéris n’obtiendra pas l’augmentation de capital nécessaire à son développement (lire ci-contre). Charles-Henri Rossignol situait à 2004 le seuil de rentabilité opérationnelle de son activité. Il n’aura pas eu le temps d’atteindre cette échéance.

DSP Partners « Nous n’avons plus de capitaux disponibles »

DSP Partners, fonds d’investissement privé américain, est actionnaire à 38 % d’Aeris. Il est spécialisé dans les recapitalisations d’entreprises sous chapitre 11 (redressement judiciaire) par prise de participation. Le montant total de ses acquisitions depuis la création du fonds en 1982 se monte à 1 milliard de $. Richard Schreiber, cofondateur de DSP avec William Dimeling, commente sa position vis à vis d’Aeris.

Une recapitalisation de 10 M€ est aujourd’hui nécessaire à Aeris. Pourquoi ne participez-vous pas à ce renforcement de fonds propres ?

Si nous avions l’argent, nous le ferions ! Mais aujourd’hui, nous n’avons plus de capitaux disponibles. J’étais encore il y a une semaine à Toulouse pour tenter de trouver avec AERIS de nouveaux investisseurs. C’est dommage car nous croyons toujours à l’opportunité d’une low-cost française, sur le modèle de Ryanair. Traditionnellement, les mois d’octobre et novembre sont des mois creux pour l’activité charter d’Aeris mais décembre amorce toujours une reprise. Depuis notre prise de participation dans AERIS en 1999, j’ai toujours personnellement avec mon associé William Dimeling soutenu leurs opérations par des prêts pendant ces périodes automnales. Malheureusement, mon associé est décédé en 2001 et il ne m’est plus possible de continuer cette fois-ci. Mais en décembre, je suis sûr qu’ils remonteraient la pente si l’opportunité leur en était donné.

Comme actionnaire prépondérant, avez-vous approuvé le récent positionnement d’Aeris sur le marché low-cost, en complément de leur activité charter ?

Tout à fait. Mais une partie du problème provient de l’affectation par la Cohor des créneaux aéroportuaires d’Orly. D’abord, le temps pris... et les besoins en trésorerie qui continuent de courir. Ensuite, au lieu des dix demandés par AERIS pour les routes Orly-Toulouse, la Cohor leur en a alloué seulement la moitié d’où un équilibre financier repoussé.

En cas de liquidation, est-ce une grosse perte pour vous ?

Une perte financière certainement mais aussi émotionnelle. J’ai appris à connaître les gens de la compagnie que je respecte, en particulier Charles-Henri Rossignol. AERIS est notre seul investissement en Europe. Nous avons alors aidé à la reprise de l’ancien Air Toulouse pour devenir Aeris. Nous avons aussi procédé à d’autres acquisitions dans le milieu aéronautique aux Etats-Unis avec succès comme notre participation à la réorganisation de Business Express Airlines, revendu par la suite à American Airlines. Mais le marché post-11sept est difficile avec une baisse du trafic charter et une augmentation des coûts d’assurance et de fuel.

Reccueilli par Isabelle MEIJER

Voir en ligne : La Dépêche du Midi

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