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Roissy, zone de non-droit pour sans-papiers

lundi 13 octobre 2003.

Aéroport international Roissy-Charles-de-Gaulle, terminal 2 B, jeudi 2 octobre à 9 h 45. Des chiens aboient, des cris, des bousculades devant des files d’attente de passagers médusés. Six ou sept policiers et deux maîtres-chiens tentent d’embarquer de force un jeune couple et leur enfant sur le vol Air France 1590 à destination d’Istanbul (Turquie).

Le mari est traîné par les pieds jusqu’à l’avion, au milieu des passagers. Sa femme hurlant d’angoisse est saisie par deux policiers, suivie d’un agent tenant leur enfant d’environ 3 ans, témoin de ces scènes traumatisantes, victime sur le vif de la destruction de l’image parentale.

Trente minutes plus tard, après d’ultimes négociations avec l’équipage de l’avion, ce couple et son enfant, terrorisés, sont ramenés dans le hall de l’aéroport pour être évacués vers une destination inconnue. Echec des méthodes policières expéditives ­ qui, selon une employée de l’aéroport, seraient devenues quotidiennes à Roissy ­ pour un ministère de l’Intérieur soucieux de remplir ses quotas d’expulsion ?

Le 26 septembre, Nicolas Sarkozy, lors d’une réunion de préfets, place Beauvau, n’avait-il pas annoncé : « Vous devez, sans attendre la nouvelle loi, augmenter les reconduites. Des objectifs chiffrés vous seront fixés sachant que l’objectif national est de multiplier par deux à court terme le nombre des reconduites » ?

Doit-on criminaliser les demandeurs d’asile ou les sans-papiers ? On ne peut accepter dans un pays démocratique que quiconque puisse être traité de manière aussi déshumanisante, sans assistance (ni avocat, ni représentant consulaire...). L’annonce de la venue de la Croix-Rouge à Roissy permettra-t-elle de remédier aux dérives de l’application d’une loi sur l’immigration, contribuant à transformer l’aéroport en zone de non-droit ?

Les passagers involontairement pris à partie deviennent les otages, sinon les complices, d’une telle mise en scène. Il faut ici saluer la juste attitude du commandant de bord qui, malgré d’évidentes « pressions » policières, a refusé au nom de la sécurité d’embarquer cette famille contre son gré. Quel aurait été son destin, expulsée en Turquie dans le plus grand dénuement ? Actuellement en France, cette famille est passible de six mois de prison ferme pour « refus d’embarquement ».

Peut-on aussi imaginer leurs conditions de détention, maintes fois dénoncées par différentes organisations non gouvernementales, dans des situations de précarité extrême ?

Récemment, la presse relatait des conditions de départ de Pierre Falcone, marchand d’armes mis en examen et aujourd’hui en cavale, qui, muni d’un passeport diplomatique délivré par le ministère des Affaires étrangères français, s’envola pour l’Angola.

Il semblerait qu’à Roissy-Charles-de-Gaulle, tous les départs ne se valent pas.

Voir en ligne : Libération

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