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Le raisonnement du gouvernement sur les 35H mis en doute par des économistes

samedi 4 octobre 2003.

Le gouvernement estime que les 35 heures coûtent à l’Etat entre 10 et 15 milliards d’euros chaque année, ce que mettent en doute certains économistes qui estiment cette présentation trop simple, voire erronée, pour résumer l’effet des 35 heures sur l’économie.

Vendredi, le ministre de l’Economie et des Finances, Francis Mer a indiqué que les 35 heures, « une mauvaise mesure pour notre pays » avaient un « coût budgétaire au moins de l’ordre de grandeur de 10 milliards d’euros » par an.

La veille, son ministre du budget, Alain Lambert, avait de son côté chiffré à environ « 15 milliards d’euros par an » le coût des 35 heures, sans lesquelles la France « serait probablement en dessous des 3% du PIB » de déficit public.

Pour le gouvernement, le coût des 35 heures regroupe les allègements de charges Aubry, conditionnés à la mise en place des 35 heures, mais aussi les allègements de charges Fillon sur les bas salaires, ces derniers étant destinés selon lui à compenser les différentiels de salaires induits par les 35 heures.

L’opposition, par la voix du député PS Didier Migaud, a aussitôt estimé que « le gouvernement ment aux Français en affirmant que les 35 heures ont dégradé de 15 milliards d’euros les soldes publics », estimant que les lois Aubry ont créé de l’emploi et alimenté la croissance entre 1997 et 2001.

Le septicisme est également de rigueur chez plusieurs économistes interrogés par l’AFP, qui estiment que l’impact des 35 heures ne peut être abordé du seul point de vue budgétaire.

« Il y a deux interprétations possible : celle du gouvernement Jospin, qui estime que les 35 heures ont créé de l’emploi et participé à la forte croissance française entre 1997 et 2001, et celle du gouvernement Raffarin, qui pense qu’elles ont compliqué la gestion des entreprises, démotivé les salariés et fait baisser la productivité », explique Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE.

« C’est un sujet éminemment politique. On ne peut pas raisonner toutes choses égales par ailleurs, et on ne peut qu’accorder un crédit limité à ce chiffrage », estime Carole Deneuve, économiste au Centre d’observation économique (COE), rattaché à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

« Aucun travail statistique ou économétrique n’a abouti à ce constat, et les travaux sur le sujet ont plutôt montré des effets contraires, en disant que les 35 heures, si elles avaient un impact modéré sur la croissance, permettaient d’augmenter l’emploi et la productivité », ajoute Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université de Paris-X.

Selon l’INSEE, les 35 heures ont permis la création de 300.000 emplois entre 1997 et 2001, et permis aux entreprises qui ont bénéficié des aides pour la mise en place des 35 heures d’augmenter leur productivité de 4 à 5%".

Au sein de la majorité, on souligne en revanche l’« impact négatif » des 35 heures sur la productivité des entreprises.

Or « il est très difficile de voir si les difficultés des entreprises viennent des 35 heures, de l’abandon d’autres mesures dont elles bénéficiaient avant ou de la difficile transition vers une économie de services », explique Anne Beaudu, économiste au Crédit Agricole.

« Il est en revanche probable que cela ait surtout desservi les petites entreprises », souligne cependant Xavier Timbeau.

« Au final, on pense généralement que l’impact global des 35 heures sur la croissance a été faible. Il s’agit donc plus d’un débat d’idéologie que de quelque chose de vraiment mesurable », conclut-il.

Voir en ligne : AFP

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