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Les plans sociaux de l’été annoncent une rentrée agitée

samedi 26 juillet 2003.

L’économie française est touchée par une vague d’annonces de plans sociaux, depuis le début de l’été. Après le groupe de tabac ALTADIS mercredi, le dernier en date est le fournisseur d’accès à Internet TISCALI, qui a dévoilé, vendredi 25 juillet.
« la France ne connaît pas de désindustrialisation, mais une modernisation de son industrie »,estime dans une plaquette destinée au grand public, publiée mi-juillet, le ministère délégué à l’industrie. L’avalanche d’annonces de plans sociaux cet été vient mettre un bémol à ce constat puisque tous les secteurs, même les plus innovants, sont touchés. En moins d’une semaine, le groupe de tabac Altadis a annoncé la suppression de 701 emplois en France d’ici deux ans, le constructeur automobile Peugeot a fait part de son intention de supprimer 500 postes d’intérimaires à Poissy à l’automne, et le fournisseur d’accès à Internet Tiscali a dévoilé, vendredi 25 juillet, un plan de suppression de 162 postes en France.

La dégradation continue de la conjoncture, sans perspective claire de reprise, explique en partie ces décisions, en particulier dans l’automobile ou chez Schneider. D’autres semblent avoir mis à profit la période de l’été, toujours propice à l’annonce des mauvaises nouvelles, pour réaliser des restructurations, qui, pour certaines, étaient dans les cartons depuis plusieurs mois déjà. Ces disparitions annoncées présagent une rentrée difficile, en septembre, pour le gouvernement qui cherche à déminer le terrain social.

Car ce sont des pans entiers de la vieille France industrielle qui semblent condamnés. Le Nord-Pas-de-Calais, après l’annonce de la fermeture des usines de production de Lille du groupe Altadis, est le bassin industriel le plus touché. Les salariés du cigarettier vont venir grossir, à partir de l’été 2004, les rangs des quelque 4 000 emplois supprimés dans la région depuis le début de l’année. Jean-Pierre Raffarin a rappelé que le gouvernement avait mis en place des contrats de site pour « venir en aide aux territoires blessés par la fermeture d’usines ». Quel crédit accorder à ces aides d’Etat ?

Les salariés qui, dans certaines régions, ont connu plusieurs plans de réindustrialisation, accueillent ces promesses avec circonspection. L’exemple de l’américain Solectron, deuxième sous-traitant mondial d’électronique, a de quoi échauder même les plus optimistes. Après avoir bénéficié d’aides pour venir s’installer dans le bassin sinistré du Pas-de-Calais, Solectron a finalement décidé de délocaliser en Chine. Il a fermé au début de l’année son usine de Longuenesse (Pas-de-Calais) qui comptait 438 salariés, et a annoncé le 30 juin la suppression de 749 postes à Cestas (Gironde).

Autre bassin industriel sévèrement touché : Belfort. L’annonce par Alstom, le 18 juin, de la suppression de 915 emplois, sur le site où est né le groupe, a été reçue comme un coup de massue par les salariés. Deux ans après un plan social qui a déjà supprimé 590 postes, les salariés ont l’impression que la mort du site est programmée. L’éventuelle reprise de la branche distribution et transmission d’Alstom par Areva suscite l’espoir, mais le groupe nucléaire français s’apprête, lui aussi, à licencier 140 personnes dans sa filiale connectique de Besançon, à 80 kilomètres de Belfort.

A Toulouse, c’est également un pan de la vieille industrie locale qui s’efface. Après avoir tenté de résister pendant des années aux sirènes de la délocalisation, le groupe textile Rouleau-Guichard ferme, les unes après les autres, ses usines en France pour s’installer en Tunisie ou en Roumanie. 130 emplois sur les 350 de ses trois sites toulousains vont d’être supprimés. En avril, Rouleau-Guichard fermait ses usines de Castelnaudary (Aude) et d’Ussel (Corrèze). En trois ans, le groupe a réduit d’un tiers ses effectifs français.

Le secteur de la chimie lourde, frappé à la fois par la dégradation de la conjoncture et des coûts environnementaux et de sécurité de plus en plus lourds, n’est pas épargné. Atofina, la filiale chimie de Total, n’en finit pas de se restructurer. Le groupe prépare la suppression de près de 300 emplois (150 au siège de la Défense, 108 dans son usine des Pyrénées-Atlantique et 31 dans l’Ain). En trois ans, le groupe a supprimé 1 700 postes.

L’AÉROSPATIAL AUSSI

La désindustrialisation ne concerne d’ailleurs pas que les vieux bassins industriels. Des secteurs plus technologiques, présentés comme porteurs d’avenir, débauchent à leur tour. L’aérospatial, secteur de haute technologie par excellence, où la France pensait maintenir sur ses concurrents une longueur d’avance, montre des signes de faiblesses. EADS va supprimer près de 350 emplois dans ses unités françaises de lanceurs, très touchés par la crise du marché des satellites.

Dans la pharmacie, autre secteur où la France possède de nombreux atouts, l’emploi est également menacé. Le groupe pharmaceutique allemand Merck, qui vient pourtant d’annoncer un bénéfice net de 1,6 milliard d’euros au deuxième trimestre, en hausse de 6,8 %, a profité de l’été pour annoncer la fermeture de son site de Lyon-Lacassagne (350 employés), dont les activités devraient être transférées en Espagne et en Allemagne. Les secteurs de l’informatique et des télécommunications, après avoir beaucoup embauché, n’en finissent pas de licencier. Marine Telecom, sous traitant d’Alcatel, mise en liquidation judiciaire le 4 juillet, va supprimer 510 emplois. Cap Gemini Ernst & Young, première société de services informatiques européenne, poursuit sa restructuration mondiale, et va se séparer de 3 % de ses effectifs français, soit 287 postes.

Si l’industrie s’affronte pied à pied avec la lourde concurrence chinoise, les services, même à très forte valeur ajoutée, sont en train de découvrir la concurrence indienne et commencent à leur tour à organiser leur délocalisation. Face à ce déchirement du tissu économique français, les pouvoirs publics apparaissent bien démunis.

Lucie Delaporte


Altadis : les syndicats mobilisent

La Fédération nationale des personnels des tabacs et allumettes CGT   a dénoncé, vendredi 25 juillet, le projet de restructuration annoncé par le cigarettier franco-espagnol Altadis, qui prévoit de supprimer près de 1 300 emplois en France et en Espagne. « De l’argent dans les caisses, il y en a ! », lance le syndicat dans un communiqué, rappelant que l’entreprise a dégagé 435 millions d’euros de bénéfice net en 2002. La CGT   souligne aussi que « l’enveloppe de rémunération des administrateurs d’Altadis a triplé le 10 juin, pour passer à 3 millions d’euros », et que « le salaire du PDG, pour 2002, hors stock-options et avantages en nature, se monte à 1,21 million d’euros ». En Espagne, le comité d’entreprise de l’usine de Séville a annoncé des mesures de protestation « très musclées » contre la fermeture de« la plus ancienne fabrique de cigarettes au monde ».

Voir en ligne : Le Monde

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