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Moins d’impôt = plus de conso, équation à plusieurs inconnues

mercredi 2 juillet 2003.

L’effet de la baisse de la fiscalité sur la relance est incertain.

Mais où passent donc les baisses d’impôts ? Dans l’épargne, dans la consommation ou... nulle part ? La question mérite d’être posée : en France comme en Allemagne, la fiscalité semble être devenue l’arme tout-terrain pour relancer une activité économique à la limite de la récession. Dimanche, Gerhard Schröder se disait sûr de son effet de soutien sur la croissance : « 10 milliards d’euros d’impôts en moins, c’est 10 milliards d’euros de consommation », assurait le chancelier allemand, pour soutenir son plan massif de baisses des prélèvements. En France, certains économistes partagent cette vision. Comme à l’OFCE, qui professe depuis longtemps une politique de relance par la consommation des ménages. Valérie Chauvin nuance le propos : « Un impact de 1 pour 1 (1 euro d’impôt en moins passe entièrement dans la consommation, ndlr), c’est surévalué. Les ménages ont tendance à lisser leur consommation sur un ou deux ans lorsqu’ils reçoivent un surcroît de pouvoir d’achat. »

Vers l’épargne. Dans sa note de conjoncture de juin 2003, l’Insee a étudié l’effet retard entre baisse des impôts et regain de la consommation. L’institut estime qu’« une baisse de prélèvement de 1 point du revenu stimule le taux de croissance de la consommation à hauteur de 0,1 point immédiatement », puis de 0,25 point, 0,2 et 0,1 point chaque trimestre suivant. 1 % de revenu supplémentaire se traduit donc par une consommation augmentée, en un an, de 0,65 %. Une part de la baisse d’impôt passerait donc dans l’épargne. C’est l’avis de l’économiste Thomas Piketty : « C’est d’autant plus vrai que la baisse de la fiscalité concerne d’abord les tranches supérieures de l’impôt, donc des catégories sociales qui ont une forte propension à épargner. » Et d’observer : « Dans le cas de l’Allemagne, ces baisses, programmées sur cinq ans, et qui ressemblent fort au programme de Jacques Chirac, sont pratiquées depuis 1999. Cela n’a pas empêché la consommation de s’effondrer, ce qui prouve que les vrais problèmes sont ailleurs. »

Car il est bien délicat de cerner le comportement des ménages. « C’est impossible de déterminer l’effet d’une baisse des impôts, affirme Philippe Waechter, de Banques populaires. Ce que l’on sait, en France, c’est que le taux de chômage est un facteur primordial, parce qu’il indique aux ménages s’ils sont en sécurité ou non. La baisse d’impôt, pour eux, n’est qu’un indicateur temporaire. Car ils se disent, au vu des déficits accumulés, que d’autres prélèvements augmenteront. Ce n’est donc qu’un arbitrage momentané, qui, au mieux, donne un regain de dépenses en septembre, parce que les citoyens ont reçu leurs feuilles d’imposition en août. » A en croire l’économiste, les ménages seraient donc capables d’anticiper les effets des politiques de leur gouvernement. Mais on a du mal à cerner la rationalité de cet Homo economicus : ainsi, fin 2002, le pouvoir d’achat des ménages a augmenté de 2 % selon l’Insee, et la consommation de 1,4 %. En 2003, le pouvoir d’achat devrait augmenter de seulement 1,2 %, sous l’influence du chômage, mais la consommation progresser de 1,5 % ! Va comprendre, Charles...

« Effets annulés ». On n’a donc pas fini de gloser sur l’effet des baisses d’impôt. D’autant que, rappelle Valérie Chauvin, « compenser entièrement la baisse d’impôts par des économies de dépenses publiques (comme comptent le faire la France et l’Allemagne, ndlr) annule tous les effets sur la croissance ». Sauf à penser que les dépenses privées sont intrinsèquement meilleures que les dépenses publiques. Mais c’est un autre débat.

Par Hervé NATHAN

Voir en ligne : libération.fr

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