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New Delhi redoute une panne informatique

samedi 21 juin 2003.

Les Etats-Unis tentés de limiter la sous-traitance en Inde.

L’industrie informatique indienne craint un nouveau bug venu des Etats-Unis. Malgré une croissance vertigineuse des exportations de logiciels et de services informatiques sur l’exercice 2002-2003 (+26,3 %), elle s’inquiète de l’avenir de ses services à distance. Motif : une résistance de plus en plus forte aux Etats-Unis face au phénomène de la sous-traitance vers les pays en voie de développement.

Cherchant à protéger les emplois de leurs ressortissants, une demi-douzaine d’Etats américains tentent de faire passer des lois interdisant la sous-traitance à l’étranger, s’agissant du moins des contrats commandés par le service public. Si elle était adoptée, cette législation menacerait directement un secteur crucial pour l’Inde dans les années à venir.

Attirées par une main d’œuvre qualifiée, anglophone et jusqu’à 80 % moins cher qu’en Occident, les multinationales américaines sont en effet de plus en plus nombreuses à délocaliser ou sous-traiter leurs services clientèle (centres d’appels, services en ligne...) vers l’Inde. De même pour les opérations de back office, ces activités qui peuvent être effectuées à distance (comptabilité, maintenance informatique, etc.). Résultat : des économies de l’ordre de 30 % à 70 % pour les entreprises concernées.

En Inde, le secteur des téléservices a ainsi enregistré l’an dernier une croissance de 59 %. L’activité emploie plus de 110 000 personnes. Et, selon les projections effectuées jusqu’ici, ces chiffres pourraient être multipliés par dix d’ici cinq ans.

Visas. La croisade anti-sous-traitance amorcée aux Etats-Unis inquiète d’autant plus que le marché américain compte pour plus des deux tiers des exportations informatiques indiennes. La crainte est accentuée par la décision américaine de réduire le nombre de visas octroyés chaque année aux professionnels du secteur.

Pour l’année prochaine, Washington prévoit ainsi de ramener le nombre de visas de travail pour les étrangers de 195 000 actuellement à 65 000. Les autorités envisagent également de limiter le nombre de visas octroyés pour effectuer une mission temporaire sur le territoire américain.

Cumulées, ces différentes réformes pourraient mettre un brusque coup d’arrêt à la croissance phénoménale de l’informatique indienne ces dernières années. Pour autant, la National Association of Software and Services Companies (Nasscom), qui regroupe les entreprises du secteur, se veut rassurante. « D’une part, ces législations prendront plusieurs années à être adoptées, explique son président, Kiran Karnik. D’autre part, la réduction du nombre de visas est déjà une réalité en raison du ralentissement de l’économie américaine. » Selon la Nasscom, les sous-traitants indiens ont de moins en moins besoin de se rendre sur le territoire américain.

Lobbying. Pour autant, New Delhi mène actuellement un intense lobbying auprès de Washington. Lors d’une récente visite aux Etats-Unis, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Arun Jaitley, a ainsi affirmé que les lois envisagées par les Etats fédérés « empoisonnaient l’atmosphère » et étaient « totalement contraires à l’esprit du libre accès au marché ».

Selon les estimations du cabinet de conseil Deloitte & Touche, quelque 4 millions d’emplois pourraient être délocalisés d’Occident vers des pays en voie de développement d’ici à cinq ans. D’où la crainte des pouvoirs publics américains.

Mais, comme le souligne un responsable du ministère indien des Technologies de l’information, « les entreprises qui délocalisent ou sous-traitent ne perdront qu’une partie de leurs effectifs en Occident. Celles qui ne le font pas prennent le risque de perdre leur business tout entier. ».

Par Pierre PRAKASH

Voir en ligne : libération.fr

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