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Il y a eu des occasions ratées

jeudi 19 juin 2003.

Annick Coupé, du G10 Solidaires  , analyse la portée du mouvement social :
Annick Coupé est porte-parole du G10 Solidaires   qui regroupe, outre les SUD (PTT, etc.), de nombreux syndicats du secteur public (Snui aux impôts, SNMSAC dans l’aérien, etc.) ou du privé (SNJ, etc.).

Aujourd’hui a lieu la neuvième journée d’action nationale contre la réforme des retraites. Est-ce que cela a encore un sens ?
La question se pose en effet : l’Assemblée nationale poursuit l’examen du projet Fillon et a bien l’intention de le voter. La journée d’aujourd’hui n’est pas de nature à l’en empêcher. Il y aura néanmoins encore beaucoup de monde dans les rues pour dire que notre opposition à ce projet reste entière. C’est un constat lucide que nous faisons : nous avons connu pendant deux mois un mouvement très fort, tant par l’ampleur des grèves et des manifestations que par son contenu politique. Mais nous n’avons pas réussi à bâtir le rapport de force nécessaire, alors que le gouvernement a fait des retraites le projet central de sa politique. Ce qui est important, c’est que le mouvement d’opinion demeure : personne n’est convaincu que la réforme est acceptable. Et la lettre de Jean-Pierre Raffarin n’y changera rien.
Vous avez poussé à la grève générale, vous n’avez pas été entendus...
Notre analyse était que, au vu de l’importance du dossier des retraites pour le gouvernement, la grève générale était le niveau requis pour espérer l’emporter. Nous n’avons pas été suivis. On ne peut pas réécrire l’histoire, mais il y a eu des occasions ratées. Dès le 13 mai, le mot d’ordre de grève générale courait dans les cortèges. C’était encore vrai le 25 mai. Nous pensions qu’elle était possible en s’appuyant sur les secteurs les plus mobilisés, avec le soutien de l’opinion.
D’autres organisations, en particulier la CGT  , ont préféré retarder ce moment fort au prétexte de vouloir élargir la mobilisation en fixant des rendez-vous de journée en journée. Cela a été contre-productif car le calendrier a été parfaitement géré par le gouvernement. Plus le débat au Parlement s’approchait, plus l’ouverture de nouvelles négociations devenait difficile à obtenir.
Les grévistes ne risquent-ils pas d’éprouver de l’amertume ?
C’est un peu tôt pour en parler car nous sommes toujours dans le conflit. Pour le moment, personne ne nous dit : « Je regrette d’avoir fait grève ». Néanmoins, il y aura un contentieux lourd entre les grévistes et le gouvernement. Celui-ci veut d’autant plus leur faire payer le prix fort, notamment par les retenues maximales sur les salaires, qu’il sait qu’il aura d’autres dossiers délicats à gérer, comme la Sécurité sociale. Cela peut engendrer du découragement, mais aussi de la colère. Par ailleurs, le mouvement a posé des questions politiques fondamentales comme celle du partage des richesses à un niveau bien supérieur à ce que nous avions connu en 1995. Il en restera quelque chose.
A l’Assemblée, la gauche et le PS en particulier se posent-ils, selon vous, en relais du mouvement social ?
Ce mouvement n’a été marqué en aucune manière par les propositions des partis, quels qu’ils soient. Au contraire, c’est le mouvement syndical qui a été capable d’exposer les alternatives au plan du gouvernement. Il a porté le débat citoyen. Cela explique le soutien de l’opinion. Et si le projet avait été retiré avant son passage à l’Assemblée nationale, les syndicats auraient gardé la main sur le dossier. Le PS a fait un affichage à son congrès de Dijon, mais ses positions demeurent peu claires et les sondages démontrent que, pour les Français, il n’aurait pas fait mieux que la majorité actuelle.

Par Hervé NATHAN

Voir en ligne : libération.fr

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