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Les compagnies aériennes traversent une crise sans précédent

mercredi 16 avril 2003.

Retournement de cycle, attentats du 11 septembre 2001, guerre en Irak, pneumonie : les grandes firmes du secteur viennent de vivre quatre chocs consécutifs, les contraignant, en Europe aussi bien qu’aux Etats-Unis, à prendre de draconiennes mesures d’ajustement.
Initialement moins touchées que leurs homologues américaines par le ralentissement économique et la crise qui a suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les compagnies aériennes européennes devraient à leur tour connaître des jours plus sombres. Bien sûr, la crise la plus grave qu’ait jamais connu le transport aérien ne les avait pas complètement épargnées et les plus faibles n’y ont pas survécu. Swissair ou Sabena ont alimenté la liste des compagnies dont la faillite a été retentissante, alors que d’autres connaissent de grandes difficultés comme l’italienne Alitalia ou la grecque Olympic Airways.

Aujourd’hui, le conflit irakien a conduit la majorité des transporteurs du Vieux Continent à prendre de nouvelles mesures d’adaptation, au risque de venir grossir les rangs des entreprises défaillantes : réduction de capacités, de routes, et bien souvent d’effectifs. Les événements et les mesures prises vont peser sur les résultats et il y a fort à parier que la reprise amorcée par les plus importantes compagnies européennes en 2002 (environ 900 millions d’euros, selon le calcul effectué par l’hebdomadaire spécialisé Air et Cosmos, après une perte de plus de 2 milliards d’euros en 2001) tournera court.

Déjà, les premières statistiques communiquées par l’Association européenne des compagnies aériennes (AEA) sur le trafic international réalisé par l’ensemble de ses trente membres (hors vols intérieurs) montrent que celui-ci a baissé de 7,4 % au cours de la dernière semaine de mars - la première semaine complète après le début de l’offensive anglo-américaine en Irak - et qu’au cours de la semaine précédente, c’est-à-dire du 17 au 23 mars, qui ne comptait que quatre jours de conflit, le trafic avait déjà chuté de 12,4 % par rapport à la même semaine de 2002. Du 31 mars au 6 avril, troisième semaine du conflit irakien, la baisse est de nouveau passée au-delà des 10 % à 10,4 %. Cet effondrement fait suite à dix semaines de croissance modeste.

En annonçant ces nouvelles statistiques, mardi 15 avril, l’AEA a précisé que le conflit irakien pourrait désormais coûter 2,5 milliards de dollars (2,31 milliards d’euros) aux membres de l’organisation européenne. A titre de comparaison, l’Air Transport Association (ATA), qui regroupe les compagnies américaines, estime pour sa part que la guerre en Irak pourrait entraîner des pertes supplémentaires pour les transporteurs américains de 10,7 milliards de dollars et la suppression de 70 000 emplois.

Les compagnies européennes ne sont pas au bout de leur peine. L’AEA a par ailleurs confirmé mardi qu’elles n’ont toujours pas retrouvé le niveau de trafic d’avant les attentats du 11 septembre 2001. Pour preuve, au mois de février, avant le déclenchement des hostilités, en dépit d’une tendance à la hausse, ce trafic restait toujours de 1,7 % inférieur à celui de février 2001.

En outre, un autre facteur vient un peu plus ternir le tableau : même si dans l’immédiat l’association est encore dans l’incapacité de déterminer l’impact de la pneumonie atypique sur certaines destinations comme l’Extrême-Orient, elle reconnaît que certains de ses adhérents sont déjà affectés.

Pour toutes ces raisons, l’ensemble des compagnies aériennes, déjà échaudées par plusieurs crises majeures, ont commencé à émettre des avertissements sur leurs futurs résultats. Tous les spécialistes le reconnaissent : le transport aérien est une activité économique plus fragile que d’autres, qui a connu beaucoup de difficultés ces dernières années. Et comme le confirment les analystes, ce secteur est par définition une activité dans laquelle on ne peut pas stocker la production ni arrêter l’exploitation. En outre, ce qui complique singulièrement le métier, cette industrie a beaucoup de coûts fixes et peu de variables sur lesquelles jouer. Par surcroît, les marges sont très faibles.

En fait, les compagnies considèrent le plus souvent qu’elles ne disposent guère que d’une « variable » pour s’ajuster à cette mauvaise conjoncture, celle des effectifs. De British Airways en passant par Air France jusqu’à KLM, presque toutes, au cours des dix derniers jours, ont donc annoncé des mesures d’ajustement.

Permettront-elles au transport aérien européen de résister à la crise ? Certains experts en doutent, faisant valoir que la concurrence risque d’être faussée car les compagnies américaines qui viennent d’obtenir une aide fédérale de 3 milliards de dollars. Après les attentats du 11 septembre 2001, les compagnies américaines avaient déjà obtenu une assistance fédérale de 15 milliards de dollars. Cette aide, certes, s’imposait puisque depuis les attentats, les transporteurs aériens ont supprimé plus de 100 000 postes de travail et accusé des pertes cumulées d’un montant record de 18 milliards de dollars.

Cela étant, la santé précaire du transport aérien américain n’est pas une surprise. David Swierenga, chef économiste de l’ATA, avait déjà assuré en février que même sans une guerre en Irak, les compagnies américaines allaient perdre entre 3 et 6 milliards de dollars en 2003.

Pour les compagnies européennes, la conjoncture est donc morose. Et beaucoup considèrent que la concurrence n’est pas très loyale.

François Bostnavaron

Voir en ligne : Le Monde

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