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Le rapport parlementaire qui met en cause la nouvelle présidente d’Air France-KLM

vendredi 18 mai 2018.

Un rapport de l’Assemblée nationale, paru le 11 avril, étrille la gestion d’Anne-Marie Couderc, nommée présidente par intérim d’Air France-KLM, à l’époque où elle dirigeait le distributeur de presse Presstalis. Parmi les critiques, le montant des notes de frais et le nombre de voitures de fonction.

C’est un rapport parlementaire passé inaperçu, qui se révèle pourtant explosif. Une sorte de cadeau de bienvenue empoisonné pour Anne-Marie Couderc, nommée le 15 mai PDG par intérim d’Air France-KLM. A peine propulsée à la tête de la compagnie aérienne, l’ancienne ministre de l’emploi d’Alain Juppé se retrouve mise en cause par un rapport de l’Assemblée nationale, remis le 11 avril dernier par les députés Laurent Garcia (LREM) et George Pau-Langevin (PS). Dans ce document consacré à la modernisation du secteur de la presse, les deux rapporteurs dressent un réquisitoire impitoyable sur la gestion d’Anne-Marie Couderc à la tête du distributeur de presse Presstalis, qu’elle a dirigé de 2010 à 2017.

Que reprochent les deux députés à l’ancienne ministre ? Sans jamais citer son nom, ils dénoncent « une gestion discutable de l’ancienne direction, de son conseil d’administration et des commissaires aux comptes » de Presstalis, qui a vu sa situation financière continuer de se dégrader malgré 200 millions d’euros d’aides publiques versées en dix ans, et la suppression d’un millier d’emplois. Les deux députés dénoncent pêle-mêle des projets de regroupements d’activité « sans logique économique », des rachats de dépôts en région qualifiés d’« échec très coûteux », et un « usage démesuré » de l’affacturage, qui a abouti à une multiplication par cinq des créances entre 2015 et 2016, à 250 millions d’euros.

 200 voitures de fonction au siège de Presstalis

C’est ce dérapage incontrôlé sur les comptes 2016 qui avait motivé le remerciement d’Anne-Marie Couderc en juillet dernier. « Alors qu’au début de l’année 2017, le groupe Presstalis était présenté comme sorti d’affaire, un dérapage significatif vis-à-vis de la trajectoire budgétaire a été découvert au moment de la certification des comptes 2016 par les commissaires aux comptes, notent les deux députés. Le résultat d’exploitation 2016 s’élève finalement à - 1,9 million d’euros, et le résultat net s’établit à - 48 millions d’euros. » Contactée par Challenges, Anne Marie Couderc n’a pas répondu.

Auditionnée dans le cadre du rapport, la nouvelle PDG de Presstalis, Michèle Benbunan, s’est également employée à dézinguer la gestion Couderc. Elle regrette ainsi « que les sommes investies dans le sauvetage du groupe en 2012 aient été dépensées à tort et à travers, sans contrôles suffisants de la part des organes internes à Presstalis, des organes de régulation et de l’État ». Elle dénonce également une gestion pour le moins dispendieuse pour un groupe frôlant la liquidation. Le montant des notes de frais des équipes dirigeantes de Presstalis atteignait ainsi deux millions d’euros par an, et le siège du groupe comptait près de 200 véhicules de fonction, a-t-elle indiqué aux rapporteurs. Des accusations qui ne sont pas sans rappeler l’affaire des notes de taxis de l’ancienne PDG de l’INA Agnès Saal. Les représentants CFE-CGC de Presstalis, auditionnés par les deux députés, comparaient d’ailleurs l’attitude de la direction « à celle d’un joueur qui aurait gagné au loto en 2012 et qui, depuis, n’aurait bénéficié d’aucun accompagnement pour la gestion de ses gains ».

 « Gabegie spectaculaire »

La conclusion des deux députés ? Elle fait froid dans le dos : la question, assurent-ils, semble « relever de l’autorité judiciaire ». « Il y a eu une gabegie spectaculaire, de l’argent dépensé à tort et à travers, assure ainsi le député Laurent Garcia, interrogé par Challenges. C’est une faillite collective : le conseil d’administration de Presstalis ne semble pas avoir vu le trou béant sur les comptes 2016, qui n’a été identifié qu’en novembre 2017. Le régulateur n’a pas joué son rôle. Il faut remettre au carré tout le système. »

Un front judiciaire est d’ailleurs en train de s’ouvrir, pour l’instant de façon indirecte. Une plainte pour présentation de faux bilans a ainsi été déposée le 8 mars dernier par cinq éditeurs de presse contre la Coopérative de Distribution des Magazines (CDM), qui détient 75% de Presstalis. La plainte, dévoilée par le journaliste Emmanuel Schwartzenberg et la Lettre A, accuse la CDM de ne pas avoir intégré les difficultés de Presstalis dans ses propres comptes.

Certes, Anne-Marie Couderc n’a pas vocation à rester à la tête d’Air France-KLM après la période de transition. Elle n’est que présidente non exécutive par intérim, le pouvoir opérationnel étant confié à un comité de direction collégiale constitué du directeur financier d’Air France-KLM de Frédéric Gagey, du DG d’Air France Franck Terner, et du président du directoire de KLM Pieter Elbers. Mais la polémique sur son bilan chez Presstalis tombe bien mal, au moment où la situation sociale chez Air France semble bel et bien encalminée.

Voir en ligne : Article sur Challenges.fr

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