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La bombe à retardement qui menace Air France-KLM

vendredi 12 août 2016.

Le syndicat des pilotes de KLM menace d’aller en justice contre la remise en cause par la direction de leur système de retraite. - Air France-KLM
La direction de KLM a dénoncé l’accord sur le système de retraite de ses pilotes, dont les modalités de financement risque de faire plonger les comptes dans le rouge. Le syndicat de pilotes VNV menace d’agir en justice.

Après les pilotes et l es personnels de cabines d’Air France , c’est au tour des pilotes de KLM de donner quelques soucis à la direction d’Air France-KLM. Mais cette fois, ce n’est pas de productivité, mais de retraite dont il est question. Le syndicat de pilotes VNV menace d’engager une action en justice contre la direction de la compagnie néerlandaise, si celle-ci persiste dans sa volonté de remettre en cause l’accord garantissant l’indexation des pensions des pilotes retraités sur la hausse des salaires. Un engagement pris en 2000, mais qui fait désormais figure de véritable bombe à retardement pour les finances de la compagnie néerlandaise et du groupe. Selon une estimation officieuse, le maintien de cette seule disposition obligerait en effet Air France-KLM à verser quelques 600 millions d’euros au fonds de pension des pilotes de KLM, d’ici la fin de l’année.

 Un système de retraite très différent de celui d’Air France

Pour bien comprendre le problème, il faut connaître les spécificités du régime de retraite KLM. Contrairement au système d’Air France, basée sur le régime français de répartition, complété par une caisse de retraite des navigants, le système de retraites néerlandais fonctionne par capitalisation, les salariés épargnant pour leur propre retraite, avec un financement complémentaire de l’entreprise et les revenus des capitaux placés. Au sein de KLM, personnels au sol, navigants commerciaux et pilotes ont, chacun, leur propre caisse de retraite. Jusqu’à présent, ce système, représentant au total quelques 7 milliards d’euros de capitalisation, a plutôt bien fonctionné, le transport aérien étant une industrie suffisamment jeune pour que le nombre des actifs soit encore bien supérieur à celui des retraités. Fin 2015, le fonds de pension des pilotes de KLM était ainsi valorisé à 125 % des besoins futurs, permettant même à Air France-France de consolider cet excédent dans comptes.
Recul de l’âge de la retraite à 58 ans

Mais avec la crise financière et la chute des taux d’intérêts, le rendement des capitaux placés pour financer les retraites a plongé, obligeant les dirigeants de KLM, comme ceux de British Airways, Lufthansa et d’autres compagnies, à revoir les choses. Les compagnies aériennes américaines l’on fait dès les années 2000, à la faveur de leurs restructurations. British Airways s’y est attelée dès 2013, à la création d’IAG. Quant à KLM, ses pilotes ont accepté, à l’été 2015, le recul de l’âge de la retraite, de 56 à 58 ans (contre 65 ans en France), dans le cadre d’un plan de productivité, mais sans dégrader les conditions de prestations, globalement plus généreuses qu’ailleurs.

 Un système plus généreux qu’ailleurs

« Le système de retraite des pilotes de KLM, de type « defined benefit », garantit aux salariés le maintien d’un pourcentage de leur rémunération, quelque soit le rendement du fonds de pension, alors que dans la plupart des systèmes par capitalisation de type « defined contribution », les salariés bénéficient seulement d’une garantie de répartition des sommes que le fonds peut produire. Le risque est donc supporté par l’entreprise et non pas par les salariés », explique un bon connaisseur du dossier. Au fil des renégociations, KLM s’est bien efforcée de réduire son exposition. Mais si elle y est parvenue pour le fond de pension des personnels au sol et dans une moindre mesure, celui des hôtesses et stewards, le fonds de pension des pilotes est resté, jusqu’à présent, totalement garanti. Avec comme cerise sur le gâteau, une indexation des pensions non pas sur l’inflation, mais sur les hausses de salaires.

 Durcissement de la législation néerlandaise

Malgré l’allongement des carrières, le taux de couverture du fonds de pension des pilotes de KLM est ainsi tombé à 112 % en 2016. Mais l’élément déterminant, qui conduit la direction de KLM à dénoncer l’accord sur les retraites des pilotes, fin juillet, au risque d’enflammer les pilotes, est une nouvelle législation néerlandaise, destinée à contenir le gonflement préoccupants des déficits des systèmes de retraite aux Pays-bas. Pour garantir l’indexation des pensions, un fonds doit désormais être surfinancé à hauteur de 122 %. Ce qui reviendrait, dans le cas de KLM, à devoir verser au fonds des pilotes plusieurs centaines de millions d’euros.
Un risque pour les finances du groupe

« C’est inenvisageable, explique-t-on au siège d’Air France-KLM , où l’on veut croire que le syndicat de pilotes VNV comprendra cette position et acceptera, malgré ses menaces de recours en justice, de négocier un nouvel accord avec la direction de KLM. « Ils sont conscients du problème, mais ils vont probablement essayer d’obtenir quelque chose, en contrepartie de l’abandon de l’indexation », estime un proche du dossier. Cependant, le temps presse. Si la justice obligeait KLM à respecter ses engagements, en attendant de boucler un nouvel accord avec les pilotes, la compagnie devrait tirer sur ses fonds propres pour doter le fonds des pilotes. En cas de désaccord persistant, Air France-KLM serait contraint de déconsolider de son bilan l’excédent du fonds de pensions de KLM. Ce qui suffirait probablement à faire plonger dans le rouge les comptes de KLM et de sa maison-mère. Sans parler du r isque d’un nouveau conflit social , côté néerlandais cette fois.
Bruno Trevidic

Voir en ligne : Les Echos

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