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Air France-KLM : le départ de Spinetta risque de sonner le glas d’une fusion avec Alitalia

jeudi 18 avril 2013.

Avec le départ du PDG d’Air France-KLM en juillet, avant que le groupe ne fasse connaître sa position sur Alitalia, il n’y a plus beaucoup de personnes à Air France-KLM pour défendre le projet d’une fusion avec la compagnie italienne. Outre des interrogations sur l’intérêt stratégique d’une telle fusion, Air France-KLM ne veut pas récupérer le milliard d’euros de dettes d’Alitalia, alors qu’une augmentation de capital risque d’être nécessaire en fin d’année. Air France-KLM pourrait convaincre un chevalier blanc d’investir dans Alitalia. Son nouveau partenaire du Golfe, Etihad, pourrait être une solution.

En quittant Air France-KLM le 1er juillet prochain, Jean-Cyril Spinetta va-t-il emporter avec lui le dossier d’une éventuelle fusion Alitalia ? Cest fort probable. Selon des sources concordantes, la fin de l’ère Spinetta à Air France-KLM risque bien de sonner le glas d’une prise de contrôle de la compagnie italienne par le groupe français. Un projet maintes fois évoqué depuis une dizaine d’années et même rendu possible par le pacte d’actionnaires signé en 2009 quand Air France-KLM a pris 25% d’Alitalia. Ce pacte prévoit qu’entre janvier et fin octobre 2013, les actionnaires de la compagnie italienne peuvent se céder mutuellement leur participation. Au-delà (sauf accord pour étendre la fenêtre de tir) ils sont libres de les vendre à qui bon leur semble. Cinq ans plus tard, la donne a changé. Air France-KLM n’est plus le groupe flamboyant qu’il était, et la situation d’Alitalia ne s’est toujours pas redressée. Le départ anticipé de Jean-Cyril Spinetta, avant la prise de décisions cruciales du groupe sur ce sujet en 2013, constitue un élément clé du dossier. Car, en dehors de lui, Alitalia ne compte plus beaucoup de supporters au sein du groupe tricolore. Il y a en effet une grande opposition à vouloir faire un jour destin commun avec le transporteur transalpin. « Au sein du conseil d’administration, une majorité se dégage pour ne pas fusionner avec Alitalia », explique un proche du dossier. « Même les plus optimistes jusqu’ici doutent de l’intérêt d’une fusion », ajoute une autre source. Ceci, alors qu’« une position aura été prise avant la fin de l’année », sur Alitalia avait indiqué Jean-Cyril Spinetta din mars, sans plus de précisions sur les intentions d’Air France-KLM.

 Douche froide

Devoir voter en février la participation d’Air France-KLM au prêt demandé par Alitalia à tous les actionnaires (jusqu’à 150 millions d’euros) a été une douche froide. Les administrateurs ne s’y attendaient pas. La direction d’Alitalia avait pourtant promis que la compagnie italienne pouvait passer l’hiver. En fait, non. La compagnie italienne, pourtant proche de l’équilibre opérationnel en 2011 (-6 millions d’euros), a plongé dans le rouge en 2012 (-119 de millions de pertes opérationnelles, 280 millions d’euros de pertes nettes). Ceci à cause de son incapacité à générer des recettes unitaires élevées alors que sa structure de coûts est très basse après une restructuration sévère en 2009. Les Hollandais de KLM, déjà réticents à l’idée d’un éventuel mariage à trois qui modifierait inévitablement leur position au sein du groupe, émettent des doutes sur la capacité d’Air France-KLM à obtenir pour Alitalia des résultats meilleurs que ceux arrachés par un actionnariat et un management italien, pourtant affranchis en partie de l’interventionnisme politique de Rome (Alitalia est une compagnie 100% privée depuis 2009) et des préavis de grève à répétition.

  Juniac pas enthousiaste

Quant au nouvel homme fort du groupe, Alexandre de Juniac, l’actuel PDG d’Air France qui va succéder à Jean-Cyril Spinetta, il n’est pas très enthousiaste non plus. Interrogé à plusieurs reprises par les journalistes italiens lors de différentes conférences de presse qui se sont déroulées depuis janvier, il est resté évasif en rappelant simplement les moyens limités d’Air France-KLM. Une éventuelle opération par échanges de titres dans lequel les actionnaires italiens seraient payés, non pas en cash, mais en actions Air France-KLM, n’est pas à l’ordre du jour non plus selon n os informartions. Encore faudrait-il que le cours d’Air France-KLM soit plus élevé et que les actionnaires italiens le demandent. Ce qui n’est pas le cas pour le moment.

 Des enjeux d’ordre stratégique et financier avec le millard d’euros de dette d’Alitalia

Mais « l’enjeu n’est pas là », explique-t-on au sein du groupe français. « Les enjeux sont d’ordre stratégique et financier avec le problème de la dette d’Alitalia ». « Quand bien même Air France-KLM pouvait se permettre une opération capitalistique, Alitalia serait-il aujourd’hui le premier choix ? Ne vaut-il pas mieux investir ailleurs, dans les pays émergents ? », s’interroge un cadre d’Air France. Plus qu’Alitalia, c’est le marché italien, le quatrième d’Europe, qui intéresse Air France-KLM. Alitalia lui permet d’y avoir un pied en bloquant ses concurrents. Pour autant, le potentiel du marché italien, notamment du nord, justifie-t-il de prendre le contrôle d’une compagnie frappée par la féroce concurrence du train à grande vitesse, des low-cost, d’Emirates ? Surtout, à cette question stratégique, s’ajoute l’enjeu de la dette d’Alitalia. « Si Air France-KLM prend le contrôle d’Alitalia, il récupère un milliard de dettes », expliquent plusieurs sources. Impensable pour un groupe dont l’objectif est justement de se diminuer sa dette de 1,5 milliard d’euros d’ici à 2015.

 Augmentation de capital

En outre, contrairement à ce qu’affirme Alitalia, Air France-KLM craint qu’une augmentation de capital soit nécessaire en fin d’année. Que faire ? Air France-KLM a quatre possibilités. Prendre le contrôle, trouver un chevalier blanc qui permettrait de suivre l’augmentation de capital à hauteur de sa participation, ne pas suivre et se laisser diluer, vendre sa participation. Tout vendre ? Peu soutiennent cette idée. Prendre le contrôle ? Pas dans les conditions normales (reprise de la dette). La conditionner à un effacement de la dette par le gouvernement italien, et au financement par ce dernier d’un énième plan de restructuration (comme l’a obtenu en 2010 Lufthansa du gouvernement autrichien lors du rachat d’Austrian Airlines) ? Pas sûr que le gouvernement italien se lance dans une telle aventure.

 Etihad le chevalier blanc

En fait, selon un bon connaisseur de l’entreprise, c’est peut-être la recherche d’une compagnie « amie » capable d’investir dans une augmentation de capital d’Alitalia qui permettrait de dégager un consensus chez Air France-KLM pour suivre cette éventuelle augmentation de capital à hauteur de sa participation. A condition qu’elle ne soit pas non plus excessive. La compagnie d’Abu Dhabi Etihad Airways « est le cas de figure le plus probable », explique un observateur. Nouveau partenaire d’Air France-KLM, ce transporteur n’a pas hésité, depuis deux ans, à investir dans une multitude de compagnies (Air Berlin, Aer Lingus...). Elle serait pour Air France-KLM la moins mauvaise des solutions. Etihad pourrait lui permettre de sauvegarder ses accords commerciaux avec Alitalia et de conserver une forte présence en Italie. Reste à savoir si Etihad serait partant. Le sujet leur a été soufflé, et ils n’ont pas montré un enthousiasme débordant.

L’évolution de la performance d’Alitalia au cours des prochains mois et les mesures pour redresser la barre seront décisives. Selon la presse italienne, le patron de Ducati, Gabriele del Torchio, va prendre les rênes de la compagnie en remplacement d’Andrea Ragnetti.

Voir en ligne : La Tribune

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