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Air France dérangé par les tresses d’un steward

samedi 7 avril 2012.

Aboubakar Traoré, steward chez Air France depuis 1998, est interdit de vol à cause de ses tresses africaines.

« Votre coiffure n’est pas assez classique », voici l’excuse arborée par Air France pour empêcher l’un de ses stewards, qui porte des tresses africaines, de travailler. Le manuel de la compagnie aérienne explique en effet que ses employés à bord de l’avion doivent « être coiffés de façon extrêmement nette. Classique et limitée en volume, la coiffure doit garder un aspect naturel. Longueur limitée dans la nuque et mèche limitée à mi-front ».

Aboubakar Traoré ne voit pas où est le problème puisque sa coiffure, a priori, correspond à ces critères. Ses tresses sont très serrées, ce qui limite le volume de ses cheveux, et leur longueur ne dépasse pas le bord supérieur de la chemise.
Contraint de porter une perruque

A partir de 2007, après un arrêt maladie d’un an pour dépression, M. Traoré décide de camoufler ses tresses à l’aide d’une perruque aux cheveux lisses. Ce qui pour lui représente une véritable humiliation va durer quatre ans et demi. Selon lui, c’était la « seule façon de correspondre à leurs codes ».

Un jour de septembre, avant d’embarquer, la perruque se déchire. L’homme se présente donc à l’embarquement avec ses cheveux tressés mais attachés en chignon. Son employeur juge l’effort insuffisant, lui interdit l’entrée dans l’avion et lui suggère de chercher un emploi au sol.

En 2009, le steward saisit la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), qui, après expertise de l’affaire, estime que la coiffure du plaignant est « extrêmement nette et soignée ».
Alors d’où vient le problème ?

La compagnie tolère des exceptions comme les cheveux teints, gominés ou partiellement rasés, alors pourquoi la coiffure de ce steward gêne autant ? Ce qui interpelle dans cette histoire, c’est aussi le fait qu’aucun client d’Air France ne s’est plaint des « locks » de l’employé.

Selon la HALDE, « il apparaît que le véritable motif de différence de traitement dont fait l’objet M. Traoré découle de l’interprétation faite par la compagnie de l’adjectif « classique » pour définir une coiffure autorisée ». La Haute Sécurité va même plus loin en avançant qu’Air France ne prend « pas en compte la diversité » des salariés.

Le manuel de la compagnie présente en effet des codes vestimentaires et esthétiques datés, qui rappellent l’image du personnel des années 60 aux Etats-Unis. Or les choses auraient dû bien évoluer depuis.
La suite ?

Depuis le début de cette affaire, qui n’a toujours pas aboutit, Air France a quelque peu assoupli ses critères de présentation pour un peu plus de modernité, mais M. Traoré ne peut toujours pas garder sa coiffure.

Mardi 3 avril, il a passé un entretien préalable à une sanction disciplinaire qui n’a pas abouti. La compagnie a considéré que sa coiffure ne correspondait toujours pas aux normes, ce qui a provoqué l’indignation du steward : « Je ne comprends pas ce que cela veut dire, il n’y a rien de plus naturel », en ajoutant que la compagnie autorise les personnes aux cheveux crépus de se les défriser.

Une requête pour atteinte à la dignité et discrimination a été déposée auprès des prud’hommes de Bobigny et une conciliation est prévue le 7 mai avec Air France. Mais après l’épisode de mardi, M Traoré est peu confiant.

Par Mathilde Bourge

Voir en ligne : Réponse A TOUT !

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