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Asie : les leçons d’une catastrophe

mercredi 19 janvier 2005, par SOLIDAIRES .


La fin de l’année 2004 et le début de 2005 resteront marqués par les conséquences du raz-de-marée géant qui a provoqué dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est l’une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices de l’histoire. Le bilan est terrible : des centaines de milliers de morts et de blessés, des millions de personnes sinistrées, déplacées, sans abri, privées d’accès à l’eau potable et à la nourriture, menacées par les épidémies...

L’ampleur de ce désastre et la présence de milliers de touristes étrangers parmi les victimes ont donné un retentissement planétaire à une catastrophe dont les conséquences continueront longtemps de peser sur l’économie et la vie des populations concernées. En France, comme ailleurs, ce traitement médiatique a déclenché un vaste élan populaire de solidarité. Cette pression de l’opinion publique a amené les gouvernements des pays riches à s’engager à leur tour - même si le montant total des aides publiques promises par les pays donateurs reste à ce jour très largement insuffisant au regard des besoins nécessaires.

L’Union syndicale Solidaires   s’est inscrite dans cette démarche de solidarité en relayant la campagne internationale de collecte de fonds lancée par Via Campesina (réseau international dont est membre la Confédération Paysanne) qui vise à permettre aux paysans et aux pêcheurs touchés par la catastrophe de mettre en place leurs propres actions de secours et de reconstruction en s’appuyant sur des organisations locales. Ce choix reflète la volonté de notre Union syndicale de privilégier des initiatives qui inscrivent la solidarité dans la durée et qui favorisent le rôle de structures locales enracinées et indépendantes (trop souvent « oubliées » par les autorités au moment de redistribuer les aides officielles).

La mobilisation observée à l’échelon planétaire depuis plusieurs semaines ne doit pas masquer certaines réalités que les gouvernements occidentaux et nombre de médias tentent d’occulter en présentant cette catastrophe comme une fatalité du destin face à laquelle la compassion et la solidarité seraient les seules réponses possibles.

La surenchère des promesses de dons entre pays riches, la tentative américaine de contourner l’ONU, les arrière-pensées et les manœuvres géostratégiques qui guident un certain nombre d’initiatives gouvernementales.... sont là pour nous rappeler que ce drame s’inscrit dans un monde profondément inégalitaire et cruel envers les plus démunis.

En matière de catastrophe naturelle comme dans d’autres domaines, la pauvreté est un facteur d’aggravation de la vulnérabilité. Nous ne sommes pas égaux devant les cataclysmes. Une catastrophe naturelle frappant des communautés pauvres et démunies, qui déjà paient dans leur vie quotidienne un lourd tribut à la mondialisation libérale (pillage de leurs ressources, poids de la dette, course imposée à la libéralisation...), fera toujours plus de victimes que dans des pays riches, ceux-ci ayant les moyens de développer des politiques de prévention qui réduisent les risques pour leurs populations. A ce titre, il convient d’engager au plus vite une coopération internationale pour installer, dans un premier temps, un réseau mondial d’observation et d’alerte des séismes et autres catastrophes naturelles.

Cette catastrophe naturelle et le nombre de ses victimes ne peuvent nous faire oublier que 25 000 personnes, principalement des enfants, meurent chaque jour dans le monde à cause de la faim et de la malnutrition, soit neuf millions chaque année. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) estime que 80 milliards de dollars permettraient d’assurer à tous les êtres humains les services de base, c’est-à-dire l’accès à l’eau potable, un toit, une alimentation décente, l’éducation et les infrastructures sanitaires, soit le montant de la rallonge budgétaire que le Président Bush a récemment obtenu du Congrès américain pour financer la guerre en Irak (le budget militaire annuel des Etats-Unis s’élevant à 400 milliards de dollars chaque année !).

L’émotion ne peut se substituer à la politique et aux mesures structurelles seules susceptibles de mettre fin à l’inégale répartition des richesses dans le monde.

C’est pourquoi :

  • Il faut s’attaquer à la question de la dette et exiger la transformation du moratoire décidé au sommet de Jakarta en annulation pure et simple de la dette pour l’ensemble des pays touchés par le Tsunami. La dette extérieure publique des cinq pays les plus touchés s’élève à 300 milliards de dollars. Les remboursements qu’elle implique sont gigantesques : 32 milliards de dollars par an. L’ensemble des pays en développement rembourse plus de 230 milliards de dollars au titre de la dette : c’est une véritable hémorragie qui prive ces pays de moyens de développement et de politiques publiques répondant aux besoins des populations. L’annulation immédiate de la dette des pays pauvres touchés par la catastrophe doit préfigurer une annulation générale de la dette extérieure de tous les pays en voie de développement.
  • Le montant de l’aide publique au développement allouée par les pays du Nord, chiffrée à 68 milliards de dollars en 2003, doit être très fortement augmentée - conformément aux engagements internationaux pris à l’occasion du Sommet du Millenium en 2000 (en 2003, selon l’OCDE, cette aide était de 0,1 % du Produit national brut aux Etats-Unis, de 0,2 % au Japon, de 0,4 % en France... ). Dans le même temps, il convient de mettre en œuvre une autre répartition de cette aide publique qui trop souvent profite plus à de grandes sociétés transnationales qu’aux populations les plus vulnérables.
  • Une fiscalité mondiale visant à réduire les inégalités entre pays riches et pays pauvres doit enfin voir le jour. Celle-ci passe notamment par la création d’une taxation des transactions financières de type « taxe Tobin » qui pourrait financer de façon stable les besoins sociaux essentiels. Parallèlement il faut supprimer les pratiques d’évasion fiscale et les paradis fiscaux qui mettent en cause partout la continuité des financements publics.

Plus globalement, il s’agit d’enrayer les processus actuels qui visent à imposer d’un bout à l’autre de la planète une mondialisation libérale et une marchandisation de tous les aspects de la vie humaine. Il s’agit d’exiger la mise en œuvre d’autres politiques qui soient basées sur le développement humain, solidaire et durable, et qui garantissent et élargissent les droits économiques, sociaux, culturels, écologiques et politiques de tout être humain.

La catastrophe survenue en Asie a permis de renforcer une prise de conscience collective d’appartenance à une même planète. L’émotion et la solidarité affichées en cette occasion doivent désormais se transformer en mobilisation pour une autre mondialisation au service des êtres humains !

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