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article du Nouvel Observateur Hebdo N° 2063 - 20/5/2004

Les salaires fous des patrons

jeudi 20 mai 2004.


Récession, baisse de la Bourse ? Les revenus des PDG français ne connaissent pas la crise : ils ont doublé en quatre ans

« Mes talents, je les négocie comme le fait un sportif, un mannequin ou une vedette. Si je travaille bien, je gagnerai peut-être autant que Claudia Schiffer. Et sans doute moins que Boris Becker. Et, je ne vois personne contester les revenus de Claudia Schiffer. » C’était il y a dix ans. Dans un entretien au « Nouvel Observateur », Lindsay Owen-Jones, le discret PDG de L’Oréal, justifiait ainsi son salaire, estimé à l’époque à 17 millions de francs (2,6 millions d’euros). Avec cette légère pointe d’accent, qu’affectionnent les insulaires lorsqu’ils moquent les moeurs françaises, le patron du numéro un mondial des cosmétiques s’étonnait qu’on reproche le montant de leurs rémunérations aux dirigeants d’entreprise. Remplacez Claudia Schiffer par Juliette Binoche ou Gérard Depardieu, et Lindsay Owen-Jones peut se rassurer : avec une rémunération brute de 6,57 millions d’euros, l’an dernier, il est bien mieux payé que les vedettes les plus célèbres du cinéma, qui gagnent entre 1 et 2 millions d’euros. Certes, aucun PDG français n’approche les niveaux stratosphériques atteints par les rois du ballon rond comme Zinedine Zidane dont les gains sont estimés, par le journal « France-Football », à 14 millions d’euros. Mais, bizarrement, les Français ne semblent pas se froisser de ces sommes astronomiques empochées par quelques sportifs, alors qu’ils sont choqués par l’argent des patrons.

Les salaires des PDG français ? Chaque année, c’est le même tollé. Avec le vote de la loi sur les nouvelles régulations économiques, les dirigeants sont tenus de divulguer, depuis 2002, le montant de leurs rémunérations et des autres avantages, dont ils bénéficient. Rien ne semble pouvoir stopper cette inflation. La crise ? L’évolution décevante des bénéfices de leur groupe ? La baisse de leur action en Bourse ? Depuis 2000, les émoluments des patrons du CAC 40 ont doublé (voir graphique). Ils atteignent en moyenne 2,1 millions d’euros après avoir encore grimpé de 12% environ l’an dernier. Les salaires bruts des Français n’ont progressé eux que de 2%, en 2003.

Difficile également de comprendre sur quels critères reposent la fixation des rémunérations des PDG. Quelle décision de gestion géniale a donc pris, l’an dernier, Patrick Le Lay, le patron de TF1, pour justifier une envolée de 42% de ses gains à 2,6 millions d’euros ? Pourquoi le salaire d’Igor Landau, chez Aventis, a-t-il progressé de 38,4% à 2,77 millions d’euros, alors que les profits du groupe pharmaceutique ont reculé de 9% ? Et Henri Proglio, de Veolia (distribution d’eau), dont les revenus ont crû de 22,1% ? Peut-être a-t-il simplement anticipé de bonnes affaires en 2004 qui devraient être, selon ses propres mots, « l’année du rebond » pour sa société. Rares sont les dirigeants comme Michel Pébereau, le président de BNP-Paribas, dont la rémunération a baissé de 13,6%. Sa banque affiche des bénéfices record, mais son revenu diminue, car il a abandonné la direction générale opérationnelle à son dauphin Baudouin Prot.

Et Owen-Jones, le « Zidane » des PDG de l’Hexagone ? Sa rémunération n’a progressé que de 4,6% l’an dernier. Une hausse très modérée, mais le patron de L’Oréal part de tellement haut ! A ses détracteurs, ce Gallois, issu d’un milieu modeste, est prêt à faire valoir ses états de service. En vingt ans, il a multiplié le chiffre d’affaires par 5,6, les profits par 12,5 et le cours de Bourse par 30.

Les raisons de cette envolée ? D’abord, les privatisations qui ont permis aux anciens fleurons industriels et financiers du secteur public français de s’aligner sur les pratiques du privé. Ensuite, la mondialisation qui a conduit tous ces dirigeants à exiger des revenus comparables à ceux de leurs homologues étrangers. Seulement, nos patrons se sont montrés tellement gourmands, qu’ils sont désormais les mieux payés d’Europe. Et talonnent même les PDG des grandes sociétés américaines, dont la rémunération atteignait 3 millions de dollars en 2002 (2,5 millions d’euros), selon le cabinet Mercer. Et encore ces chiffres ne prennent en compte que les rémunérations brutes. Il faut y ajouter les stock-options, c’est-à-dire la possibilité qui leur est offerte d’acheter des actions à des prix avantageux. En France, cela représente 70% de la rémunération contre seulement 22% en Grande-Bretagne, selon un rapport du parlementaire UMP Pascal Clément, publié en novembre 2003. Ce député a rédigé une proposition de loi prudente. Pas question de changer la règle, qui donne au conseil d’administration le soin de fixer le salaire du PDG. Dans la pratique, ce pouvoir est confié à un petit groupe d’administrateurs, souvent proches du président, qui n’ose rien lui refuser ! Pascal Clément souhaite en revanche mieux encadrer les copieuses indemnités de départ des PDG. Le champion des stock-options, Jean-René Fourtou, qui a accumulé en moins de deux ans une vingtaine de millions de plus-values potentielles à la tête de Vivendi Universal, peut dormir tranquille !

Voir en ligne : Le Nouvels Obs

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