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LA LOI DE DECENTRALISATION CONDAMNE L’AFPA A DISPARAITRE

mercredi 25 février 2004, par SUD FPA .


Lettre envoyée aux Députés

Messieurs les députés,

La loi sur « les responsabilités locales » dite loi de « décentralisation » est débattue au parlement à partir d’aujourd’hui.

Dans son article 8 elle prévoit la décentralisation du budget formation attribué par l’Etat par l’AFPA (500 millions d’euros sur 700 au total) vers les 24 Conseils Régionaux entre 2005 et 2008. Ces budgets ne seront pas « fléchés » et aucune région n’est tenue de le consacrer à la formation professionnelle, encore moins à l’AFPA.

Ce désengagement de l’Etat dans sa mission de Service Public de la formation professionnelle aura des conséquences irréversibles pour l’AFPA, pour les citoyens, pour les salariés de l’association :

POUR LES USAGERS (250 000 personnes par an, privés d'emploi et travailleurs précaires dont 35 000 obtiennent un titre professionnel du ministère du Travail)

 

AUJOURD'HUI
DEMAIN
  • Une prestation d'orientation professionnelle, délivrée par des psychologues sur la base des aspirations personnelles et des projets de vie des demandeurs de formation s'adressant à l'AFPA spontanément ou sur le conseil de l'ANPE
  • Un service d'aiguillage, réduit à sa plus simple expression basé sur la nécessité dictée par le patronat et le gouvernement d'adapter les chômeurs aux emploi à pourvoir immédiatement dans leur bassin d'emploi, sans considération de leurs motivations personnellles
  • La possibilité d'accès à 350 métiers du niveau V (ouvrier ou employé qualifié) au niveau III (technicien supérieur),
  • L'accès limité aux formations dispensées dans sa seule région d'habitation (de 30 à 60 métiers selon les régions).avec de fortes inégalités entre régions riches et pauvres
  • par des formations de 6 à 12 mois, sanctionnées par un titre professionnel, animées par des professionnels de haut niveau formés à la pédagogie active (un formateur pour 10 à 14 stagiaires),
  • Des formations courtes (2 à 3 mois) d'adaptation aux emplois immédiatement disponible sur place. Pour obtenir le diplôme, il faudra revenir plusieurs fois...
  • Augmentation du nombre de stagiaires par formateur au détriment de la qualité pédagogique
  • sur la totalité du territoire national (hébergement gratuit et restauration à bas prix)
  • Développement des formations à prix bas (papier - crayon -ordinateur - formation à distance) au détriment des formations nécessitant un matériel onéreux (conducteur routier, ascensoriste...) ou à implantation rare (conducteur de travaux, tapissier d'ameublement...)
  • avec des prestations associées : orientation avec des psychologues du travail, suivi médical et socio-éducatif, aide à la recherche d'emploi ...
  • Les prestations associées au bon vouloir du financeur (Conseil Régional, ASSEDIC...)
  • une rémunération qui n'a cessé de baisser depuis 20 ans : Maintien de l'indemnité du PARE ou 656 euros /mois
  • Une rémunération variable en fonction des règles de chaque Conseil Régional. La baisse va encore continuer...
  • Accessible à tous les travailleurs (privés d'emploi ou salariés), en fonction de critères personnels.
  • Accessible en fonction de critères très variables (+ ou - 26 ans, + ou - un an de chômage, femmes, RMIstes...

POUR L'AFPA ET LES SALARIES

 

AUJOURD'HUI
DEMAIN
  • 11000 salariés, formateurs, administratif, services (restauration, entretien, animateurs socio-éducatifs). Beaucoup de surbookés et quelques cadres placardisés. Des conditions de travail et un climat social qui n'ont cessé de se dégrader depuis la mise en place du 1er Contrat de Progrès en 1992 (?) : augmentation de la charge de travail, perte de sens, explosion du travail administratif et de la soumission au système informatique le plus inadapté, individualisation des salaires avec baisse du pouvoir d'achat, développement de la précarité, injonctions permanentes à s'adapter à sous-traiter, à faire parfois n'importe quoi, à tricher sur l'affichage de l'activité..., contrôle et pression accrue de la part de la hiérarchie ... Tout ceci se traduit par une augmentation sans précédent de l'absentéisme pour longue maladie mais aussi une baisse des solidarités et un affaiblissement de la combativité des salariés !
  • Avant la décentralisation, premiers dégraissage des effectifs dans toutes les catégories d'emploi pour rendre les 24 afpa régionales plus adaptées à la conquête de recettes sur le marché concurrentiel (de 2005 à 2008 selon les régions). Le nouveau Directeur Général a rendu son diagnostic : Les recettes de l'AFPA vont baisser de 5 à 17 % d'ici 2007. Pas besoin d'attendre l'annonce de son plan d'entreprise le 5 avril, ni d'avoir fait l'ENA pour comprendre qu'en plus des non renouvellement des départs, il y aura des licenciements ! Les "back office", comme ils disent, (administratifs service, études) seront les premiers touchés.les
  • Après le passage des budgets aux régions, les effectifs varieront en fonction des recettes. Il s'agit d'une mise en concurrence totale où l'AFPA devra répondre essentiellement aux commandes les moins rentable. Les organismes privés sont déjà positionnés et se réservent les formations nécessitant le moindre investissement et les meilleures marges bénéficiaires. Quant au réservoir de recettes que fait miroiter le Directeur Général : la VAE - Validation des acquis de l'expérience-(un fiasco prévisible), le DIF et le RMA ... ce ne sont que des illusions : Sur le marché de la misère y a vraiment rien à gratter ! Le transfert de la propriété immobilière de l'Etat vers l'AFPA scellera la privatisation totale. Il faudra entretenir les locaux et renouveler les machines avec des recettes à la baisse : Les Conseils Régionaux qui participent aujourd'hui dans le cadre du Plan Etat-Région ne pourront plus le faire demain. Les Centres pourront toujours vendre ou louer leurs locaux...

Nous tenions à vous rapporter notre analyse des incidences de l’article 8 de la loi de décentralisation sur l’AFPA. Nous avons un temps eu l’illusion que quelques amendements pourraient en atténuer les effets, mais c’était une erreur : L’AFPA ne peut préserver sa mission de service public de formation qualifiante (et diplômante) que dans sa dimension nationale.

Sinon quelle perspective pour celles ou ceux qui n’ont pu acquérir un métier à l’issue de leur scolarité ou qui doivent en changer ? Celle d’être un OS permanent qui suit des formations courtes pour un emploi précaire puis revient en formation et ainsi de suite ?

A côté des formations d’adaptation financées par les régions dans le cadre du PRDF, doit subsister un service public national permettant l’accès de tous à l’acquisition d’un vrai métier. Les entreprises ont parfois besoin rapidement de main d’œuvre adaptée pour faire face à un chantier, une mission... mais elles ont aussi besoin de professionnels qualifiés qui maîtrisent l’ensemble des techniques et la culture de leur métier, qui sont capables de s’adapter à des situations de travail variées. Et pour cela, l’AFPA est toujours l’outil idéal.

L’AFPA a aussi permis l’intégration et la réussite professionnelles de milliers de travailleurs immigrés.

Ecoutez nous, parce que nous sommes des professionnels en contact permanent avec les demandeurs de formation et avec les stagiaires. Pour nous, il est impensable que l’AFPA qui n’a cessé d’évoluer depuis plus de 50 ans soit rayée de la carte des Services Publics.

Nous, vous prions, Madame, Monsieur le député, de ne pas condamner le dispositif AFPA à disparaître et donc de rejeter l’article 8 de la loi de décentralisation.

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