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Hôpital public : vers le début de la fin

vendredi 23 janvier 2004, par SUD Santé Sociaux .


Dans chaque hôpital, ils ne remplacent plus les congés de longue durée ou les départs en retraites... ils refusent d’embaucher ou d’ouvrir les lits nécessaires pour soigner la population... ils introduisent le privé dans les services administratifs, techniques et logistiques... Ce n’est pas un hasard. Ce sont les conséquences voulues de la politique libérale menée depuis 20 ans en France. Pour le MEDEF   et ses alliés, tous les services publics doivent disparaître pour laisser la place au marché spéculatif et à la loi du profit. Ce choix anti-social est inscrit dans l’Accord Général sur le Commerce des Services signé par la France dans le cadre de l’OMC. Comme son nom l’indique, cet accord prévoit qu’il sera fait commerce de tous les services... même publics : énergie, transports, culture, enseignement, santé...

Mais pour privatiser un service public, il faut préalablement l’asphyxier et le mettre en position d’échec aux yeux de la population. c’est ce que nous vivons tous les jours : une lamentable dégradation de nos conditions de travail, de nos métiers, de la qualité du service rendu. La casse pratiquée depuis plus de 10 ans en France dans le secteur de la santé est la cause de la catastrophe sanitaire de l’été 2003. Dans cette tragédie, qui était prévisible, le gouvernement est bien responsable et coupable car l’alerte sur la dégradation de notre système de santé publique avait été donnée depuis longtemps à travers des nombreuses luttes hospitalières. D’autres catastrophes, de plus ou moins grande ampleur, sont probablement à venir tant les dysfonctionnements liés au manque de personnel sont importants.

Le plan hôpital 2007 marque une nouvelle étape de l’offensive libérale. Présenté devant la presse et le public comme un plan de rénovation du parc hospitalier à hauteur de 6 milliards d’Euros, ce plan a surtout pour but de créer un marché de l’hospitalisation au sein duquel l’hôpital public et les cliniques privées sont mises en concurrence, et où l’hôpital sera contraint de fonctionner sur le modèle du privé.

Le mécanisme de financement des opérations immobilières dans le cadre du plan Hôpital 2007 est particulièrement pervers et restructurant. Les hôpitaux sont déjà surendéttés et leur patrimoine hospitalier se dégrade. Mais pour bénéficier de la manne des 6 milliards d’aide à l’emprunt (et non de subventions !) ils doivent eux-mêmes dégagés de leur budgets exsangues une part d’autofinancement de 4 milliards : si les hôpitaux ne se sur endettent pas maintenant, ils laissent passer le train... Des programmes d’économies drastiques sont engagés en interne pour pouvoir s’inscrire dans ce plan sachant qu’aucune une autre aide publique n’existera parallèlement à ce plan. Par ailleurs le gouvernement souhaiterait voir ce patrimoine immobilier géré non plus par les hôpitaux mais par des sociétés commerciales immobilières.

La mise en concurrence directe public/privé sera généralisée dès 2004 par la tarification à l’activité. Elle consiste à définir pour chaque pathologie une tarification commune aux secteurs public et privé. Le secteur privé va se précipiter sur les maladies les plus lucratives laissant les pathologies lourdes, coûteuses et dévalorisées au secteur public. Dans cette course à l’activité, les petits établissements de proximité subiront le même sort que les petites entreprises face aux géants de l’industrie.

L’ordonnance sur la « simplification administrative » supprime la carte sanitaire qui fixait les normes nationales d’équipement (nombre de lits pour les différentes spécialités, nombre de scanners...) fondées sur la démographie. C’est désormais le directeur de l’Agence Régionale de l’Hospitalisation-ARH- qui a les pleins pouvoirs par le biais des schémas régionaux d’organisation sanitaire pour fermer, restructurer ou forcer les fusions privé/public. Ce transfert de décisions ouvre la porte à l’accroissement des inégalités régionales déjà importantes.

La pierre angulaire de la nouvelle gouvernance hospitalière devient la liberté de gestion. Les outils contractuels entre services de soins seront multipliés. Le directeur et quelques médecins « managers », réunis au sein d’un Conseil stratégique, seront financièrement intéressés aux résultats de l’hôpital entreprise. Une véritable compétition sera organisée entre les différents pôles de l’établissement avec un intéressement pécuniaire des personnels, introduisant ouvertement dans la FPH le salaire au mérite. Les mandarins responsables de pôle coopteront leur équipe médicale et non médicale. Cela marquera vraisemblablement la fin du statut des praticiens hospitaliers tout comme d’ailleurs celui du personnel non médical.
L’Hôpital public, dans sa forme actuelle, risque fort de ne pas passer la nouvelle décennie, comme d’ailleurs beaucoup d’autres services publics. Et pourtant le secteur privé est loin de démontrer sa performance :
Savez-vous qu’une activité de service en gestion privée revient bien plus cher à l’usager qu’un service public car l’usager paye non seulement le service rendu mais il rémunère aussi les actionnaires qui veulent un retour d’au moins 10 à 20% par an sur leurs placements ?

Savez-vous que les laboratoires pharmaceutiques dépensent 35 % de leur budget en marketing et seulement 10% à la recherche ?

La concurrence et l’ouverture aux marchés spéculatifs ne créent pas en soi la richesse. Ils nous appauvrissent chaque jour un peu plus. Au fil des ans, ils délitent nos droits sociaux, nos emplois, nos services publics et le potentiel économique de ce pays.

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