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Article du Nouvels Obs du jeudi 15 janvier 2004 - n°2045

Paradis fiscaux : au rendez-vous des affaires

vendredi 23 janvier 2004.


C’est un archipel de trois îles perdues au milieu de la mer des Caraïbes, au sud de Cuba. Une des perles exotiques du Commonwealth peuplée de 33000 habitants, mais accueillant pas moins de... 40000 entreprises parmi les plus discrètes du monde !

Jusqu’ici, Raptor était l’une des rares sociétés installées aux îles Caïmans à bénéficier d’une réelle notoriété. Et pour cause : cette société-écran (et les opérations financières fictives qu’elle abritait) est à l’origine de la faillite du courtier en énergie texan Enron, à la fin de l’année 2001. Au palmarès des scandales « made in Cayman », Raptor avait même remplacé le fonds spéculatif LTCM, dont l’effondrement avait, lui, provoqué une crise financière mondiale en 1998.

Mais jusqu’au mois dernier, personne n’avait encore entendu parler de Bonlat ! Sur le papier, cette discrète filiale de Parmalat assurait la prospérité du géant agroalimentaire italien. Installée dans l’archipel, elle était censée détenir un compte bancaire riche de 3,9 milliards d’euros à la Bank of America.

Argent virtuel (site ATTAC France)

Un mirage, en réalité.

Cette cagnotte fantôme n’a semble-t-il jamais eu la moindre existence tangible. Voilà le genre de déconvenue auquel on s’expose aux Caïmans, royaume de la finance invisible et imprévisible. Pendant des années, l’empire Parmalat, dont la faillite retentissante laisse un trou abyssal estimé à une dizaine de milliards d’euros, a profité plus que de raison de cette place financière exotique. Sa filiale aux Caïmans, une des milliers de sociétés-écrans, multipliait en toute impunité les opérations fictives les plus abracadabrantesques. Comme ces prétendus investissements dans un fonds d’investissement local totalement fictif valorisé à près de 500 millions d’euros dans les comptes.

Plus c’est gros, mieux ça passe

A Grand Cayman, place forte de l’argent secret, plus c’est gros, mieux ça passe. Et pourtant tout le business mondial y entretient des structures financières, y compris les plus respectables fleurons économiques français.

  • Airbus y a installé deux filiales.
  • Dexia, banque franco-belge , elle y possède pas moins de neuf structures.
  • Toutes les grandes banques françaises, de BNP Paribas à la Société générale en passant par le Crédit agricole, Indosuez ou le CIC, y sont implantées. « Nous devons y être car nos entreprises clientes nous le demandent, explique un banquier. Se retirer de ces places financières, c’est se suicider sur la scène bancaire mondiale. »

Les paradis bancaires et fiscaux, notamment caribéens, font aujourd’hui partie de la marche des affaires. Entre 2% et 5% du PIB mondial transitent ou résident dans ces eldorados de la haute finance, selon les estimations de l’OCDE.

  • Air France a installé une de ses filiales financières à Curaçao, dans les Antilles néerlandaises, une île célèbre pour n’avoir jamais entendu parler du moindre contrôle des changes.
  • Thomson possède une filiale à la Barbade,
  • Schneider Electric deux sociétés aux Bermudes et une autre dans les îles Vierges, etc.

Aucun de ces grands noms des affaires ne se trouve embringué dans des scandales du type Parmalat. Si le charme discret des paradis fiscaux peut permettre toutes les manipulations comptables, il sert d’abord à optimiser des profits honnêtement gagnés. « Sous la pression d’un actionnariat amateur de résultats, les sociétés de taille mondiale cherchent à gérer au mieux afin de dégager des profits », note Grégoire Duhamel, auteur d’un « Guide des paradis fiscaux » annuel aux Editions Grancher. Les îles Caïmans par exemple ne connaissent aucun impôt d’aucune sorte à l’exception de la taxe touristique sur les notes d’hôtel !

Un must dans le monde des affaires

La constitution de holdings dans des zones fiscalement clémentes est devenue un must dans le monde des affaires. Le Luxembourg n’est-il pas la nouvelle patrie du groupe sidérurgique Arcelor, l’ex-Usinor ? L’établissement dans les paradis fiscaux de filiales commerciales dédiées à l’exportation est également une pratique courante, utilisée pour diminuer tout à fait légalement le taux d’imposition des entreprises.

Pas de transparence dans les paradis fiscaux y compris dans l’Union Européenne

Autre raison mise en avant par les sociétés pour justifier un détour dans les paradis fiscaux : la souplesse juridique. « Les exigences de transparence sont très allégées sur les places offshore, c’est un euphémisme », confirme un avocat d’affaires. Nombre de grandes entreprises du CAC 40 comme Alcatel, Carrefour, LVMH, Peugeot ou France Télécom ont ainsi l’habitude de lancer des émissions obligataires simplifiées à la Bourse du Luxembourg. Des sociétés non cotées en Bourse y trouvent également une source de financement fort aisée et parfaitement admise.

Pas de remise en cause dans les sphères économiques
les Commissaires aux Comptes face à un mur du silence !

Ces facilités expliquent pourquoi l’existence des paradis bancaires et fiscaux n’est jamais remise en cause dans les sphères économiques. Même si trop souvent encore flexibilité financière rime avec insécurité comptable. Une fatalité relevée par les experts : « Aujourd’hui nous nous trouvons face à un mur parce que nous ne pouvons réaliser de recherche aux îles Caïmans par exemple, avoue Didier Kling, président d’honneur de la Compagnie nationale des Commissaires aux Comptes. Comment puis-je me prononcer sur des engagements hors bilan si mes prérogatives se bornent à rapprocher une écriture comptable d’une pièce juridique ? »

Olivier Toscer

P.-S.

PS :les titres intermédiaires ont été ajouté par SUD aérien.

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