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Trou d’air pour l’ex-patron d’Euralair

Ce proche de Chirac fait l’objet d’une énième plainte.

vendredi 2 janvier 2004, par Bureau national .


Ce proche de Chirac fait l’objet d’une énième plainte.

« Couvelaire a quand même contribué à planter toutes les compagnies par lesquelles il est passé. » D’anciens salariés d’Euralair

« Tout cela a autant d’importance que la pluie un jour pluvieux. » Me Francis Chouraqui n’a que faire de la plainte pour abus de biens sociaux et banqueroute qui vient d’être déposée par un ancien salarié contre son client, Alexandre Couvelaire, fondateur d’Euralair. L’essentiel, pour ce dernier, est d’avoir trouvé un repreneur anglo-franco-égyptien pour sa compagnie aérienne en faillite (Libération d’hier). Pour le reste, il en a vu d’autres.

La Chiraquie aura tout fait pour sauver le soldat Couvelaire. L’an dernier, le ministère de l’Intérieur affrétait un avion pour rapatrier en Afrique des sans-papiers, aux couleurs d’Euralair, fondée en 1962 par cet intime de Jacques Chirac et d’Ernest-Antoine Seillière. Le premier a longtemps voyagé aux bons soins d’Alexandre Couvelaire, avant et pendant la campagne présidentielle de 1995 ; le second est un proche de quarante ans.

Fait du prince.

Alexandre Couvelaire et sa petite compagnie Euralair a toujours bénéficié de la bienveillance du pouvoir. Il a participé à toutes les grandes manœuvres dans le transport aérien français. . Dès les années 70, sa compagnie charter exploitait des boeing 737 pilotés en équipage à 2 alors que les syndicats d’Air France refusait le pilotage à 2. La compagnie nationale affrétait alors les appareils d’Euralair sur certains vols Europe et Air Inter garantissait un volume d’heures de vol sur ses lignes notamment sur Saint Etienne pendant des années. Ainsi Euralair bénéficiait d’une garantie annuelle de chiffre d’affaires pour faire fructifier son activité charter. Jusqu’au début des années 90 avec la libéralisation du transport aérien domestique. Euralair a tenté sa chance après AOM, Air Liberté, TAT. Trop tard, les créneaux les plus intéressants avaient été pris. Il restait à prendre le contrôle d’AOM pour sauver les meubles. En 1996, sur ordre de Bernard Pons, ministre (RPR) des Transports du gouvernement Juppé, il est nommé président de la compagnie AOM, alors sous tutelle du CDR (Consortium de réalisation, la déchetterie du Crédit Lyonnais). Un pur fait du prince, selon le témoignage, devant un juge d’instruction, d’un ancien cadre : « Michel Rouger, le président du CDR, me convoque un jour en me disant qu’il est désolé, mais qu’il a des instructions écrites concernant le recrutement d’Alexandre Couvelaire, réputé être un ami intime de Jacques Chirac. »

Son passage à la présidence d’AOM se soldera, selon un rapport de l’inspection des Finances, par « une perte de valeur d’environ 500 millions de francs ». Car, plutôt que de céder la compagnie au meilleur prix, Couvelaire préfère s’adonner à la recomposition du ciel aérien. Les cartes paraissent biaisées puisqu’il conserve alors sa casquette de président d’Euralair.

« La bride a été laissée sur le cou d’Alexandre Couvelaire, poursuit l’ancien cadre du CDR, qui a pu passer des conventions sans contrôle avec sa propre société. » Ce sera l’objet d’une première plainte pour abus de biens sociaux, déposée en 1999 par un membre du comité d’entreprise d’AOM. Il s’insurge de ce qu’Euralair ait loué, en 1998, trois Airbus 737-500 à AOM qui n’en aurait pas eu besoin. Couvelaire louait ces avions à Air France, mais le contrat était venu à échéance. Il pointe aussi la location de deux Airbus A340, toujours par AOM, à une société de leasing de Swissair, pour un loyer qu’il estime 30 % au-dessus du marché. Saisi de la plainte, le juge Philippe Courroye rendra une ordonnance de non-lieu en 2002, en se fondant sur une expertise bancaire qui estime que ces locations se situaient dans une fourchette de prix normale.

Monopoly.

Pour calmer le jeu, Couvelaire avait entre-temps renoncé à la présidence d’Euralair, confiée à son bras droit Antoine de Bizemont. Sans pour autant renoncer au Monopoly : il veut faire fusionner AOM et Air Liberté. Nouveau scandale politique, puisque la reprise de la seconde enlèverait une épine du pied à son principal actionnaire, Rivaud, dit «  la banque du RPR ».

Le pataquès ne prendra fin qu’avec le rachat d’AOM par Swissair. Couvelaire regagne ses pénates chez Euralair, sortie indemne d’un premier dépôt de bilan (en 1998). Mais son directeur général est condamné puis relaxé en appel pour menace de mort sur un syndiqué.

Montage.
C’est ensuite au tour de General Electric de lui chercher querelle. Le motoriste américain accuse Euralair d’avoir passé commande pour des Boeing 777, puis de l’avoir annulée sitôt avoir encaissé une avance de 10 millions de dollars (les fournisseurs versent de l’argent aux clients, une sorte de crédit fournisseur qu’ils peuvent récupérer plus tard sur les travaux de maintenance). General Electric obtient d’un tribunal américain le remboursement des fonds, puis réussit à faire saisir, en France, les actions détenues par Euralair dans une autre petite compagnie privée, Air Littoral. Swissair vient à son secours en rachetant Air Littoral : les Suisses paieront indirectement les Américains.

La suite est connue : une longue série de faillites ­ Air Lib, Air Littoral et puis, enfin, Euralair. D’autres salariés menacent à leur tour de porter l’affaire au pénal : « Couvelaire a quand même contribué à planter toutes les compagnies par lesquelles il est passé. » Son avocat juge «  ridicule » qu’un salarié licencié, « agissant donc par ressentiment », s’ingénie à porter plainte.

Voir en ligne : Libération

1 Message

  • Ok pour tout ce que vous dites sur Alec Couvelaire. Néanmoins, pour avoir travaillé chez Euralair un certain nombre d’années, et pas très loin de lui, je pense qu’il faut reconnaitre à cet homme des qualités... humanité et fidélité ! Ok, fidèlité à la chiraquie... mais il a toujours cru en Chirac, bien avant qu’il y ait chiraquie... Ok, fidélité à De Bizemont, Sellieres... et alors ce sont ses copains de jeunesse... plutôt loyal. Et c’est d’ailleurs sa fidélité qui l’a parfois mis en danger. Pour le reste, Business is Business and ever will be !

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