Accueil >ACTU >Dans les médias

Interview DIDIER BRÉCHEMIER, Senior Manager Transports chez Syntegra dans LMI N°997

La fusion des systèmes d’information est plus difficile sur le plan stratégique qu’au niveau de la technique

vendredi 10 octobre 2003.


LMI - La presse a souligné, cette semaine, que le projet de fusion KLM-Air France allait produire des synergies et donc des économies, notamment sur la partie informatique. Est-ce si évident ? Sera-ce si facile ?

Didier Bréchemier : Techniquement, une telle démarche n’est pas difficile. C’est sur le plan opérationnel qu’elle peut l’être. Le système de yield. Management qui permet d’optimiser le remplissage des avions, est exemplaire à cet égard, en même temps que crucial puisque les économies attendues de la fusion proviennent notamment du rapprochement des programmes de vol, des interconnexions rendues possibles, des hubs utilisés.
Tout cela est contenu dans le yield management, avec des bases de données qui renferment les historiques des vols, et des algorithmes qui les traitent. La première étape va consister à choisir un système, et donc des algorithmes et des modèles.
Ensuite, il faudra redéfinir une politique commerciale avec des règles claires pour les opérationnels. Et enfin, il faudra un délai de plusieurs mois, pour que le remplissage des bases de données permette de faire fonctionner le système de façon pertinente, et il faudra réaliser plusieurs itérations pour optimiser.

LMI - En l’occurrence, il s’agit de solutions maison, développées au fil du temps par les compagnies. Cela ne rend-il pas le choix plus difficile qu’en face de progiciels, par exemple ?

D. B. : Mais ce monde de l’aérien a l’habitude des développements spécifiques, pour supporter ses nombreux métiers et process. Par exemple, une société comme Air France a plus de quatre cents applicatifs, de toute nature. Certes, comme beaucoup d’autres compagnies, elle a retenu les deux modules les plus diffusés de SAP R/3, pour sa gestion comptable et financière. Mais ce choix d’une partie finalement réduite d’un progiciel intégré, pour des fonctions de gestions classiques, ne fait que mettre en lumière les besoins de spécifiques complémentaires. Chaque compagnie a fait des choix et des développements. L’arbitrage, solution par solution, va évidemment prendre du temps.

LMI - Quels sont les autres grands pans du système d’Information qui seront touchés ?

D.B. : Les grands systèmes dans l’aérien, outre la gestion comptable et le yield management, sont la réservation et la distribution des billets, avec notamment les accords avec Amadeus pour Air France ; les systèmes d’escales [Gaétan chez Air France, NDLR], qui traitent les voyageurs, le fret, les déplacements d’avions au sein d’un aéroport ; les outils de planification pour les personnels au sol et les navigants. Air France a sur ce plan de très bonnes solutions, mais dont l’efficacité est réduite par la quantité de règlements complexes à gérer. Il est probable que la mise en commun d’ensemble de règles aussi complexes et différentes, d’une compagnie à l’autre, n’aura pas de sens. Il vaudra sans doute mieux continuer de faire coexister deux solutions dans ce cas.

LMI - Pensez-vous que la fusion puisse s’accomplir sans effets négatifs sur l’emploi des informaticiens ?

D. B. : Au niveau des systèmes d’information, l’informatique est avant tout productrice d’économies parce que l’objectif est d’obtenir un système d’information unique. Au-delà des coûts réduits d’acquisition de matériels et de logiciels, cela signifiera aussi une maintenance plus efficace, moins coûteuse. La mutualisation qui est en filigrane ne signifiera pas forcément réduction d’emplois. Mais, sans doute, des spécialisations de certains sites et collaborateurs, et des redéploiements. Il est même possible d’imaginer, grâce aux nouveaux outils de développement et de communication, des équipes projets reparties. Quelles que soient les questions qui se posent, il ne faut pas oublier néanmoins qu’un objectif rapide doit être de choisir les bons outils, si possible parmi ceux que l’une des deux entreprises maîtrise déjà. Et qu’ainsi, le poids positif des systèmes d’information sur la réussite de la fusion, d’une part, et sur le fonctionnement du futur ensemble d’autre part, constituera le meilleur gage d’avenir pour ces professionnels de l’informatique.

PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOIS JEANNE

Le Monde Informatique N° 997 - 10 octobre 2003

Articles les plus récents
Dans la même rubrique

Dans les médias
Pas d'autres articles dans la rubrique Dans les médias

Du même auteur

SPIP | Copyright © 2002 - 2012 SUD Aérien.org | Conception et habillage snoopit31

Mentions légales| squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0