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La modération salariale ne s’applique pas aux dirigeants

vendredi 24 octobre 2003.


A PSA, M. Folz gagne près de 166 fois le smic contre près de 35 fois pour M. Calvet.

Allez comprendre ! La concurrence internationale, si fréquemment invoquée par les entreprises pour justifier la modération salariale imposée aux salariés, est le principal argument mis en avant par les dirigeants pour évoquer les largesses qu’ils s’accordent ! Au nom de la comparaison avec leurs homologues américains - les rémunérations des PDG chinois ou malais sont rarement mises en avant -, les dirigeants français ont vu, ces dernières années, leurs rémunérations bondir.

Qu’on en juge. Dans les années 1980, le gotha des affaires parisien estimait qu’Ambroise Roux, PDG de la Compagnie générale d’électricité (ancêtre d’Alcatel-Alstom) était le PDG le mieux payé. Sa rémunération ? 10 millions de francs « et sept semaines de vacances », précisait le parrain du capitalisme français de l’époque. Mais ce montant était exceptionnel. Dans Le Mondedu 20 février 1982, Jean-Michel Quatrepoint estimait qu’« en général, les salaires des PDG tournent autour de 2 millions de francs ». Dans le secteur nationalisé, les chiffres sont même inférieurs. Le premier ministre Pierre Mauroy a indiqué que « les salaires des PDG du nouveau secteur public seraient compris entre 400 000 et 800 000 francs par an ». Rappelons qu’à cette époque, un ministre gagne un peu plus de 400 000 francs par an. Quant au smic, il se monte à 19,64 francs de l’heure, soit environ 40 000 francs par an pour un salarié à temps plein. Un PDG payé 2 millions gagne donc à peu près le salaire de 50 smicards et il ne touche aucune stock-option puisque le phénomène n’est pas encore entré dans les mœurs.

En septembre 1989, le salaire de Jacques Calvet, patron du groupe Peugeot-Citroën, relance la grève menée par « ses » ouvriers. Tant son montant - 2,2 millions de francs déclarés - que sa progression de 45 % en deux ans scandalisent l’opinion publique. Douze ans plus tard, son successeur Jean-Martin Folz touchait, en 2002, près de 2 millions d’euros (environ 13 millions de francs) sans ses stock-options. Le smic horaire étant inférieur 7 euros, un smicard gagne environ 12 000 euros par an. M. Folz gagne donc - sans ses stock-options - environ 166 fois le smic alors que Jacques Calvet gagnait environ 35 smic.

Les années 1990 ont été des années exceptionnelles pour les rémunérations patronales. Bien que la question soit restée largement taboue, quelques faits en témoignent. En 1992, Michel Bon choque l’opinion en révélant qu’il quittait Carrefour avec 20 millions de francs d’indemnités et de stock-options. Dix ans plus tard, Jean-Marie Messier quittera Vivendi en pleine déconfiture - ce qui n’était pas le cas de Carrefour - en demandant une indemnité de 20,6 millions... d’euros (qu’il n’a toujours pas obtenue). Entre-temps, en 1999, Philippe Jaffré avait quitté Elf avec 65 millions de francs d’indemnités (nettes d’impôts et de charges sociales) et une plus-value potentielle de 160 millions de francs sur ses stock-options.

LOI DU SILENCE IMPOSSIBLE

Si ce montant est rendu public, c’est que la loi du silence n’est plus possible. Dès 1996, Jérôme Monod, PDG de la Lyonnaise des eaux, avait révélé son salaire : 4,6 millions de francs, plus 500 000 francs de jetons de présence et 35 000 stock-options.

En 1995, Le Nouvel Observateurpublie un des premiers classements sur le sujet. On y apprend que Lindsay Owen-Jones, à la tête de L’Oréal, gagnait 17 millions de francs (soit 2,6 millions d’euros, soit près de trois fois moins qu’aujourd’hui). Jean Peyrelevade, au Crédit lyonnais touchait 1,6 million de francs (sans ses jetons de présence évalués à 1,2 million). Il gagnait en 2002 près de 1 million d’euros. Sa rémunération a donc plus que quintuplé en sept ans. La multiplication est la même pour Louis Schweitzer. Le PDG de Renault gagnait 2 millions de francs en 1995. Sept ans plus tard, il gagne 1,6 million d’euros.

On pourra certes évoquer le rôle décisif du PDG dans le développement de son entreprise. Il est vrai que le Renault-Nissan que Louis Schweitzer léguera en 2005 n’aura rien à voir avec l’entreprise dont il a pris la direction en 1986. Mais justifier la rémunération par la valeur du PDG est risqué. Rappelons que le PDG le mieux payé du CAC 40 en 2002 était Jean-Marie Messier et que le moins bien payé était Michel Bon, les deux échecs les plus flagrants du capitalisme français en 2002.

Frédéric Lemaître

Le Monde du 08 octobre 2003

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