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Le nouveau visage du tourisme mondial

vendredi 26 septembre 2003.


Le Salon Top Resa des professionnels français du tourisme se tient jusqu’au samedi 27 septembre, à Deauville (Calvados), dans un climat morose. Pour autant, la crise du secteur n’est pas structurelle. Certes, certaines destinations considérées comme à risque sont boudées par les consommateurs. Mais les voyagistes s’adaptent en proposant des destinations proches. Dans les quinze années à venir, l’industrie touristique devrait connaître une croissance exponentielle, notamment due à l’arrivée massive de consommateurs asiatiques et au tourisme balnéaire de masse. En Europe, la suprématie des tour-opérateurs allemands se poursuit, TUI et Thomas Cook accentuant leur présence sur le marché français.
Le salon Top Resa des professionnels français du tourisme se réunit jusqu’au samedi 27 septembre à Deauville (Calvados) dans un climat morose. Enlèvements de touristes, succession d’attentats, conflit irakien, épidémie de pneumonie atypique... Tandis que la reprise économique se fait attendre, retour sur la santé d’une jeune industrie qui vit, depuis le 11 septembre 2001, une véritable « série noire ».

Le secteur du tourisme est-il en crise ?

Malgré la conjoncture difficile, la crise n’est pas structurelle. « Au cours des deux dernières années, le tourisme a connu tout ce qu’il y a de pire, mais le recul historique du nombre de touristes en 2001 (- 0,6 %) est resté sans suite, analyse Francesco Frangialli, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En 2002, le nombre de touristes a de nouveau progressé de 3,1 %, à 715 millions. Il a généré 473 milliards de dollars de recettes, soit près de 500 milliards d’euros. » Pour l’année en cours, M. Frangialli reste « relativement optimiste ». Malgré les suites de la guerre en Irak, le ralentissement économique et les incertitudes sur la fin de l’épidémie de pneumonie atypique, la croissance du secteur pourrait atteindre 3 %.

Le tourisme a rarement connu de véritables crises. Certains événements, comme la première guerre du Golfe, ont freiné sa croissance et, au pis, l’ont contraint à marquer une pause. « Le voyage est inscrit dans un mouvement de fond qui ne s’arrêtera pas », explique Jean Viard, sociologue, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du temps libre.

Les prévisions de l’OMT sont exponentielles : d’ici à 2020, 1,5 milliard de touristes, soit le double du nombre actuel, voyageront à travers la planète. Ils devraient d’ailleurs voyager plus souvent et dépenser davantage. Ainsi, les recettes de l’industrie touristique pourraient, selon l’OMT, quadrupler pour atteindre les 2 000 milliards d’euros.

La demande a-t-elle évolué ?

« Le développement du terrorisme dans certains pays a signifié la fin du tourisme pour ces marchés, affirme M. Viard. L’Algérie a particulièrement souffert et les demandes de visas sont faibles. » Même problème pour plusieurs destinations moyen-orientales associées, à juste titre ou non, dans l’imaginaire des consommateurs, aux réseaux terroristes.

Dans ce contexte plus incertain, certains voyageurs affichent désormais une réticence pour les destinations lointaines. Les 715 millions de touristes mondiaux dénombrés en 2002 sont d’ailleurs loin d’être tous de grands voyageurs : huit personnes sur 10 sont restées sur le même continent, explique M. Frangialli.

Comment s’adaptent les professionnels ?

Les voyagistes, véritables producteurs qui conçoivent les voyages, se sont assez facilement adaptés à ces nouvelles demandes. « Bien sûr, nous avons eu des destinations qui ont mal marché, comme l’Asie avec l’épidémie de SRAS ou dans une moindre mesure les Etats-Unis, affirme Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, mais nous avons tout de suite mis l’accent sur des destinations dont le potentiel de croissance est important comme l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe, l’Egypte, le Maroc ou l’Inde. » « L’activité n’a pas baissé, elle s’est simplement déplacée, poursuit-il. On relève aujourd’hui des taux de croissance spectaculaires sur des pays comme l’Argentine, le Chili, le Brésil ou le Mexique. » Pour répondre au nouveau besoin de proximité, la brochure Europe de Voyageurs du monde a fait des petits, et le voyagiste propose des catalogues par pays (Espagne, Italie, îles Britanniques, France, etc.). Ces destinations de proximité représentent désormais près de 20 % de la production totale du voyagiste, hier spécialisé dans les longues distances.

En revanche, les agences de voyages (Thomas Cook, Sélectour...) qui doivent faire face à des frais fixes importants (salaires des commerciaux, loyers des agences...) sont moins armées pour passer sans encombre ces périodes en dents de scie. « Tout cela nécessite un ajustement beaucoup plus fin des ressources humaines », admet Antoine Cachin, directeur général de Thomas Cook France (ex-Havas Voyages), filiale du deuxième voyagiste européen et troisième opérateur touristique mondial. « Le distributeur doit repartir à l’offensive, faire du démarchage téléphonique et essayer de trouver des offres qui correspondent le mieux à un plus grand nombre de clients », poursuit-il.

Quel sera le tourisme de demain ?

Les pays en voie de développement sont des destinations qui ont le vent en poupe. « En dix ans, le nombre de clients internationaux -dans ces pays- a doublé pour avoisiner 300 millions », note l’OMT. Pour 49 pays en voie de développement, le tourisme est devenu la principale source de devise. Une tendance qui devrait s’accentuer, même si les infrastructures peinent pour l’instant à suivre.

Quant aux touristes de demain, ils viendront des pays asiatiques, prochains moteurs de la croissance, selon M. Frangialli. Les 18 millions de touristes japonais actuels vont être vite rejoints par leurs voisins de Chine, de Corée du Sud, de Taïwan, de Malaisie, de Thaïlande... « Près de 100 millions de Chinois voyageront hors de leurs frontières et la Chine sera la première destination mondiale avec 130 millions de touristes », analyse le secrétaire général de l’OMT.

Y a-il de la place pour un autre tourisme ?

Certains chercheurs notent qu’il va falloir gérer le décalage créé par les différences de richesses et de culture entre voyageurs et habitants des pays de destination. « Plus ces différences sont criantes, plus les risques sont importants », note un expert. L’OMT est persuadée que le tourisme balnéaire de masse restera l’ossature du tourisme mondial.

Des tendances nouvelles sont apparues dans les pays occidentaux (écotourisme, tourisme culturel, tourisme responsable...), mais elles ne représentent que 2 % à 3 % de la consommation touristique dans le monde. Et les professionnels restent sceptiques sur un véritable développement du tourisme durable. Comme le relève froidement le patron de Voyageurs du monde : « Aussi longtemps que les actionnaires d’un voyagiste demanderont 15 % de rendement, il y a des chances que la priorité ne soit pas le recyclage de l’eau ou la préservation des nappes phréatiques. »

François Bostnavaron

Le Monde du 27 septembre 2003

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