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AIR LIBERTE : la phase Marine Wendel/SairGroup

lundi 27 janvier 2003, par SUD Aérien CORSAIR.


Le 12 avril 2001, l’agence Reuters relatait dans une dépêche, que la société de conseil Deminor, agissant au nom des actionnaires minoritaires de SairGroup et Marine Wendel, avait demandé à ces 2 sociétés « de faire toute la lumière sur les causes des lourdes pertes subies par leurs filiales AOM/Air Liberté, Air Littoral et Sabena ». Citant certaines informations qui lui étaient parvenues, Deminor indiquait « que le déficit des 3 compagnies pourrait en partie provenir d’opérations intra-groupe avec SairGroup » et qu’un audit était nécessaire « pour connaître la raison de cette gestion déficitaire ». Cette société de conseil concluait en disant : « la responsabilité de la quasi-faillite des filiales françaises et belge demeure une question ouverte, elle pourrait déboucher sur un renflouement des filiales en question suite à des actions judiciaires qui pourraient être menées non seulement en France mais également en Suisse ».

 Circulez, y’a rien à voir !

Peu de temps avant, le 18 mars 2001, une dépêche de l’AFP donnait l’information suivante :

Un pilote d’AOM, élu au conseil d’administration de la compagnie française filiale de SairGroup, va déposer une plainte au pénal (sic) contre le groupe en Suisse, en France et en Belgique pour préjudice porté aux filiales à l’étranger. Le pilote français s’étonne notamment des conditions « étranges » de la reprise d’AOM, qui croule sous les dettes, et accuse SairGroup d’avoir surfacturé ses filiales Sabena et AOM. 

En effet, SairGroup fait payer au prix fort ses services.

Exemple : chez AOM la facture informatique exigée par Atraxis est passée en une année d’environ 50 millions de francs à …120 millions, Flightlease, filiale du groupe suisse, loue à AOM 2 Airbus A-340-300 plus d’un million de dollars chacun par mois, soit une surfacturation de 20%…le contrat est de 10 ans !

 comparaison avec la compagnie belge Sabena, elle aussi, liquidée
Un vrai scandale

Il est important de faire une comparaison avec la compagnie belge Sabena, qui, elle aussi, a été liquidée. Un pilote de la Belgian Cockpit Association donne, à ce sujet, quelques explications :

Le butin amassé en deux ans se chiffre en dizaines de milliards !

Tout porte à croire que la saga de la Sabena relève d’un pillage organisé, dicté par une volonté de vider en catimini notre compagnie aérienne de sa substance. C’est en un temps record que les Suisses auront réussi à pomper l’argent des caisses encore bien garnies de la Sabena. Le butin ainsi emporté en deux bonnes années est faramineux : c’est en dizaines de milliards de francs qu’il se chiffre, répertorié dans des tableaux comptables patiemment épluchés par les pilotes de la Belgian Cockpit Association qui avaient été les premiers à dénoncer le manège.

  • 60 milliards de revenus ont disparu. Jusque là logée à la même enseigne que les compagnies européennes, la Sabena fait brusquement un énorme plongeon de 98 à 99 : 42% de chute de revenus d’un coup sec, là ou son partenaire Swissair n’encaisse qu’une baisse de 8,5%. Soit un rapport de un à cinq au sein d’une alliance commerciale ! Rebelote en 2000 : chute inquiétante de revenus de 17% à la Sabena mais limitée chez Swissair à 9%. Etrange pour deux compagnies en principe aux mains d’un même actionnaire censé gérer ses biens de la même façon…Manque à gagner : 26,3 milliards en 99, 33,6 milliards en 2000.
  • 15,8 milliards de coûts inexplicables sont apparus. La Sabena doit supporter des coûts qui subitement explosent. Tiens, tiens…C’est le poste du leasing des avions qui fait très mal aux finances de la Sabena : pour 99 et 2000, il représente respectivement 12 et 13,1% des coûts de la compagnie, là ou Swissair limite la charge à 4-5%. Moralité : 10,381 milliards de francs de différence entre deux compagnies partenaires, et 5,4 milliards de francs d’écart pour divers coûts liés aux avions. Cela sent l’entourloupe : les Suisses auraient allègrement pompé les revenus de la Sabena tout en alourdissant fâcheusement ses coûts. A tous les coups, notre compagnie jouait perdant.
  • Les 34 Airbus inutiles. On cherche encore les raisons qui ont pu pousser la Sabena à passer commande, fin 97, de 34 airbus flambant neufs là ou elle disposait encore de 17 Boeing 737 qui n’avaient pas dix ans d’âge. Mais les désirs suisses sont des ordres. Et là où la Sabena louait ses Boeing 737 pour 35000 dollars par mois, elle va devoir débourser 300000 dollars par mois pour chaque Airbus. Où file l’argent ? A Zurich, chez Flightlease. Une filiale de Swissair. Patatras, la débâcle s’annonce./…/ Début 2000, quatre autres Airbus A340 sont commandés pour assurer des vols longue distance…alors que la Sabena dispose déjà de trois exemplaires. Trop c’est trop : deux de ces appareils devenus excédentaires sont cloués au sol, et moisissent pour un coût de 45 millions de francs par mois. Ce qui n’empêche nullement la Sabena de louer des MD-11 pour assurer ces mêmes vols longs courriers. Un million de dollars à débourses par mois, au lieu d’un tarif normal de 650000 dollars…
  • Les repas à bord : on s’est sucré sur le dos de la Sabena. En 99, Sabena consacre 353 millions de francs à nourrir ses passagers. Un an plus tard, l’addition s’élève à… 2 milliards. A qui l’argent ? A Gate Gourmet, filiale de Swissair.
  • Priorité aux avions suisses. Aux aéroports desservis par les deux compagnies, les avions de Swissair sont systématiquement programmés un quart d’heure avant ceux de la Sabena. Et ce sont les avions suisses qui font le plein de passagers en priorité.

Moralité de l’histoire, tirée par la Belbian Cockpit Association : « En ne corrigeant que 50% de ces anomalies les plus flagrantes, la Sabena aurait réalisé en 2000 un bénéfice de 11,6 milliards au lieu d’une perte de 13,1 milliards » Vous avez dit scandale ?

Commentaires d’un pilote de la Sabena sur RadioCokpit, en mars 2001 :

"Lors de la dernière restructuration BLUE SKY à la Sabena, la BeCA et les syndicats avaient demandé un audit pour vérifier que les soupçons de détournement d’argent et de surfacturation vers le SR group n’étaient pas fondé.

Notre audit a été écourté par la direction et rien n’a été vérifié. Pourtant a l’heure ou je vous parle, nous restons persuadé de l’existence d’irrégularités entre les deux groupes. Nous avons notamment appris que certains des avions volant à la Sabena et loués par Flight Lease (SR group) seraient facturés au double du prix normal du marché. Au niveau informatique, la société Atraxis (majoritairement détenue par SR group) surfacturerait l’entretien du réseau informatique de la Sabena. Les 10000 employés de la compagnie possèdent ainsi une adresse e-mail qui serait facturée 200 euros par mois/employé... faites le compte !

Nos petits actionnaires pilotes n’ont pas reçu et n’ont pas pu consulter ces fameux contrats de leasing Flight Lease. Plainte a d’ailleurs été déposée au tribunal de commerce de Bruxelles. Interpellés à ce sujet, différents parlementaires se sont inquiétés du problème.

Comme par hasard, voulant sans doute montrer un geste de bonne volonté, l’état belge a obtenu du holding suisse de pouvoir mettre sur pied un comité de contrôle pour en avoir le cœur net. Ce dernier sera composé de deux administrateurs de la Sabena, également membres du cabinet ministériel du ministre du budget. Les recherches devraient s’orienter sur l’Airline Management Partnership (AMP), la structure commune à la Sabena et à la Swissair chargée de gérer les activités commerciales et financières des deux compagnies.

Evidemment, on peut se poser la question sur la désignation par le SR group de deux membre du conseil d’administration de la Sabena. Je ne serai pas étonné si le dossier se referme plus vite que prévu."

Evidemment on ne peut s’empêcher de faire un lien entre les irrégularités constatées dans la gestion de la compagnie AOM et celles décrites par les pilotes de la Sabena. Que va t’il se passer pour AOM ? La compagnie est en redressement judiciaire et un repreneur s’est présenté. Corbet ou plutôt HOLCO. Il n’est pas le seul, mais les autres ont été écartés. TAIBOUT et Sairlines ont déjà déboursé 500 millions de francs afin de financer l’activité d’AOM pour les mois de mai et juin 2001. Ils ne vont pas s’arrêter là. Les Conciliateurs, durant la période de Conciliation, puis les Administrateurs, durant la période d’observation, ont mis en cause Swissair et Marine Wendel en leur qualité d’actionnaires et de dirigeants. Ils vont donc tenter de convaincre ces 2 sociétés d’accorder leur soutien financier au repreneur et réussir...grâce à une transaction où chacun trouvera son compte. Sauf les futurs licenciés, bien sûr ! Détails :

· Swissair consent à HOLCO une contribution financière de 1 milliard 250 millions de francs

· Swissair prend à sa charge le traitement des billets émis par AOM et non utilisés : 200 millions de francs

· Swissair, par l’intermédiaire de sa filiale Flightlease, consent à réduire les loyers mensuels de 2 Airbus A-340-300 : de 1 millions de dollars à 750000 dollars par avion

· Swissair assumera la charge de la cellule de reclassement des salariés licenciés (ils seront heureux de l’apprendre…) dans la limite de 28,6 millions de francs.

· Swissair accepte de verser à la procédure collective une contribution forfaitaire de 50 millions de francs afin de participer aux coûts engendrés par la mise en place du plan de redressement proposé par HOLCO.

· TAIBOUT abandonne tout droit qu’il détient à l’encontre de Swissair au titre de la promesse d’achat des actions qu’il détient dans le capital d’AOM (50,01%).

· Les Sociétés, les Commissaires à l’Exécution du Plan, les Administrateurs Judiciaires, les Représentants des Créanciers et le Repreneur (HOLCO) renoncent irrévocablement, à l’encontre de Swissair et de Marine Wendel/TAIBOUT, à toute réclamation et à la mise en œuvre de toutes actions fondées sur les dispositions des articles 1382 du code civil, L225-25, L624-3, L624-4, L624-5, L624-6 et suivants ; L625-1 à 625-10 et suivants ; L626-1 à L626-7 ; L626-8 à L628-14 du Code du Commerce

· Indivisibilité : dans l’hypothèse dans laquelle des poursuites quelconques seraient ultérieurement intentées par un tiers à l’encontre de Swissair ou Marine Wendel/TAIBOUT, la présente transaction serait caduque, les contributions consenties par Swissair seraient nulles et non avenues, le Repreneur (HOLCO) serait tenu de les restituer à Swissair.

 Circulez, y’a plus rien à voir !

On remarque tout de suite que les salariés d’AOM licenciés sont exclus de cette transaction. Pas question de chercher à obtenir réparation des préjudices subis. Contentez-vous des AGS et des ASSEDIC !

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