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CANARD ENCHAINE n°3954 du 07/08/96 (page 3)

CHIRAC marie deux compagnies aériennes au profit du banquier préféré du RPR

mercredi 7 août 1996.


CHIRAC n’oublie pas ses amis, même quand ils battent de l’aile. Au printemps dernier, il a décidé - ce qui a laisse pantois le monde du transport aérien - de marier la très prospère compagnie AOM (Air Outre-Mer) avec sa concurrente qui l’est nettement moins, Air Liberté.
Cette surprenante décision se comprend mieux quand on sait qu’Air Liberté a pour principal actionnaire - a 34 % - la banque RIVAUD. Ce respectable établissement, présidé par un intime de CHIRAC, le comte Edouard DE RIBES, géré depuis des décennies, avec une louable discrétion, une importante partie des finances gaullistes. Et le comte, angoissé par la situation critique d’Air Liberté, est allé demander a son ami CHIRAC de lui sauver la mise.

 Air sans le sou

Explication de la manœuvre : AOM est aujourd’hui une véritable pépite. Outre une trésorerie de plus de 200 millions, la compagnie est - fait rare - quasiment propriétaire de ses appareils, qui valent environ 600 millions. Une estimation récente de l’Union européenne fixe la valeur d’AOM à 1,2 milliard. Air Liberté, en revanche, a une santé chancelante. Officiellement, elle a réalisé en 1995 un bénéfice de 12 millions. En fait, selon des estimations bancaires et aéronautiques, elle aurait accumulé ces dernières années plusieurs centaines de millions de pertes. Et ça ne s’arrange pas : transmis récemment a ses banquiers, les comptes d’Air Liberté pour le premier semestre 1996 font apparaître (officiellement) une perte de 263 millions. D’ou les sueurs froides de son actionnaire principal, la banque RIVAUD.

 Coup de balai élyséen

Le premier épisode du plan CHIRAC s’est joue le 31 mai. Ce jour-là, Marc ROCHET, le président d’AOM, qui s’oppose au mariage avec Air Liberté, est viré. Il avait pourtant réussi l’exploit en quelques années de transformer cette affaire « pourrie », autrefois propriété du Crédit Lyonnais, en compagnie aérienne prospère. Ce même 31 mai, Marc ROCHET sur instructions de CHIRAC, est remplacé par Alexandre COUVELAIRE. Juste renvoi d’ascenseur : COUVELAIRE n’a jamais hésité à mettre les appareils de sa compagnie, Euralair, à la disposition du candidat CHIRAC. En outre, il possède 10% du capital d’Air Liberté. Résultat de ce brillant montage élyséen, AOM est aujourd’hui dirigée par un actionnaire du groupe qui veut mettre la main dessus. Cela devrait faciliter les choses.

 Turbulences aériennes

Le limogeage de Marc ROCHET pour laisser la place au protégé de CHIRAC, fait des vagues. « Ne comptez pas sur moi pour couvrir cette révocation politique », lance le représentant du Crédit lyonnais en claquant la porte du conseil d’administration d’AOM, toujours le 31 mai.

Une opinion qui n’est pas loin d’être partagée par certains membres du Consortium de réalisation (CDR) chargé de vendre les anciens actifs du Crédit Lyonnais dont AOM. Un des principaux dirigeants du CDR, Claude-Eric PAQUIN et la responsable du dossier, Clarisse REILLE, demandent a être déchargés de l’opération. Cette « patate chaude » est maintenant directement entre les mains du président du CDR, Michel ROUGER, ancien président du tribunal de commerce de Paris.

 Haute voltige financière

Deuxième épisode : quelques jours après l’arrivée d’Alexandre COUVELAIRE, AOM et Air Liberté annoncent leur « rapprochement commercial ».
Et ce n’est qu’un début. Au cabinet d’Anne-Marie IDRAC, secrétaire d’Etat aux Transports, on ne cache pas que « l’opération est en cours, et interviendra à une date prochaine ». But officiel : créer un pole aérien français face au pole public d’Air France. Et, accessoirement permettre a la banque RIVAUD de rentrer enfin dans ses frais.

Au CDR, qui s’en défend, certains ont déjà leur petite idée sur la question. Les deux compagnies aériennes seraient regroupées dans une holding, et les actifs mis en commun. Dans le même temps, les avions d’AOM seraient vendus a une société - on parle du groupe Corpofina, a Genève, présidé par Yves PERBEN, le frère du ministre de la Fonction publique - qui les louerait a AOM. Grâce a cette vente, ce sont au moins 600 millions qui tomberaient dans la cagnotte de la holding. Sans oublier les 200 millions qu’AOM détient en caisse. De quoi redonner le moral a la banque RIVAUD.

Résumé de l’opération par un banquier : « Par la grâce du président de la République, une compagnie publique aura ainsi sauvé une compagnie privée, proche du pouvoir. » Et apporte son aide a une banque tout aussi proche du pouvoir.

 Ardoise a 100 milliards

L’Etat et le contribuable risquent de ne pas aussi bien s’y retrouver. C’est en vendant au meilleur prix les actifs du CDR, dont AOM, qu’on diminuera l’ardoise du Crédit lyonnais - environ 100 milliards. Ensuite, il faudra malheureusement éponger le reste...
« Pas d’inquiétude pour AOM affirme-t-on au CDR. Nous avons demandé un audit sur sa valeur. Et le prix de vente de la compagnie sera soumis à la commission de privatisation. On ne va pas brader cette compagnie. »
N’empêche que les enchères à la baisse ont déjà commence. « AOM a bien été évaluée l’année dernière à 1,2 milliard, reconnaît un conseiller du ministre de l’Economie Jean ARTHUIS, mais aujourd’hui elle en vaut beaucoup moins. »
Et elle en vaudra sans doute encore moins demain, au moment de la fusion avec Air Liberté. Seul regret : personne n’a encore proposé de baptiser Air CHIRAC la nouvelle compagnie.

Hervé MARTIN

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