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Tribune de Daniel Rallet, Institut de recherches de la FSU

La baisse des pensions est le trésor caché de la réforme Fillon

mercredi 18 juin 2003.


Thomas Piketty connaît la difficulté de créer les conditions d’un débat démocratique quand le rouleau compresseur du discours dominant interdit les questions jugées illégitimes. Son travail sur la baisse de l’impôt sur le revenu et le risque d’un retour à une société de rentiers a été justement salué comme exemple d’une recherche libre et iconoclaste.

On ne peut donc que s’étonner de son papier du 11 juin « Les riches peuvent-ils payer les retraites » et s’interroger sur le sens politique de cette démarche. Sens politique car il quitte les habits de la recherche pour prendre position dans un débat social à partir de pré-supposés politiques.

Certes, on peut discuter la question de la taxation des revenus du capital et ce débat est évidemment légitime. Par contre, on peut s’inquiéter des non-dits qui sont à la base de son raisonnement.

En premier lieu, il est difficile de se satisfaire de l’affirmation selon laquelle « tout le monde sait que les prélèvements augmenteront », en occultant la position gouvernementale et du Medef   de bloquer le financement des régimes publics par répartition. Il est exact que cette position est totalement irréaliste et qu’il faudra bien accroître dans l’avenir les prélèvements. Reste à savoir dans quel cadre : régimes par répartition ou systèmes privés d’épargne-retraite ? : là est la question fondamentale.

Il y a une certaine légèreté à ne pas s’interroger sur la manœuvre politique dans cette ambiguïté que cultive le gouvernement entre le refus affiché d’accroître aujourd’hui les financements et les aveux savamment distillés du ministre Fillon sur leur nécessaire augmentation dans l’avenir. Tout le monde sait que les réformes libérales des retraites ont toujours eu comme rampe de lancement l’annonce du blocage des financements des régimes par répartition. De Ronald Reagan qui, en 1983, déclare vouloir bloquer le taux de cotisation au régime de base de la sécurité sociale au niveau atteint à la fin des années 80 jusqu’en.2058, à Tony Blair qui verse dans l’extrémisme en annonçant que le poids des retraites publiques dans le PIB, déjà les plus faibles d’Europe, va diminuer de 5,5 à 4,9 % du PIB en 2020 (rapport conjoint de la Commission européenne et du Conseil, mars 2003).

De ce point de vue, peu importe que, par nécessité, on soit obligé à un moment ou à un autre d’accroître les cotisations, ce qui compte, ce sont les effets de l’annonce : créer le doute sur la capacité des régimes par répartition à garantir le niveau de retraite.

C’est à ce niveau que l’analyse de Thomas Piketty est franchement choquante. Il épouse complètement l’alternative que présente le gouvernement, en ajoutant qu’un autre gouvernement n’aurait pas fait différent : augmenter la durée de cotisation ou accroître les cotisations.

Il occulte complètement le troisième terme : la baisse des pensions est le trésor caché de la réforme Fillon.La baisse des pensions, comprise comme la diminution du revenu relatif des retraités vis-à-vis de celui des actifs, est déjà inscrite dans la réforme Balladur : selon le COR, le taux de remplacement net moyen pour les salariés du privé devrait passer de 78 % en 2000 à 64 % en 2040.

Le projet de loi Fillon organise une baisse du même type dans la fonction publique. Il est curieux de voir des économistes remplir des pages pour contester la taxation du capital et ne rien dire sur le sort que la réforme fait aux personnes à carrière courte, en particulier les femmes, aux jeunes victimes de la précarité et à ceux qui font des études longues.

L’appauvrissement relatif des retraités est un choix politique fort qui n’a été débattu nulle part et que Thomas Piketty occulte complètement.

L’article 4 du projet de loi sonne comme un aveu terrible. Cet article reconnaît de fait que la pension servie au travailleur au SMIC, à carrière pleine (norme sociale de moins en moins répandue), en fonction des droits qu’il a acquis dans le système d’assurance sociale, ne lui assure plus une pension supérieure au seuil de pauvreté. En conséquence la « nation » doit le secourir et lui garantir un taux de remplacement net de 85 %.

Non seulement, ce taux avoisinait les 100 % il y a peu (en 1997, selon le COR), mais le glissement vers une pension forfaitaire pour assurer un minimum pour les bas revenus change la nature du système de protection sociale.

On connaît le pendant de cette évolution : les titulaires de revenus supérieurs et moyens-supérieurs, confrontés eux aussi à une baisse de leur taux de remplacement, sont incités à se précipiter vers les différentes de l’épargne-retraite, voire de l’épargne.

C’est la fin programmée d’un système de retraite solidaire. La solidarité signifie qu’au-delà des inégalités tous sont dans le même bateau de l’assurance sociale.Au contraire, le projet Fillon esquisse un scénario dual, un dispositif pauvre pour les pauvres, tandis que les revenus les plus élevés, n’ayant plus guère intérêt à soutenir le régime d’assurance sociale, s’en détourneront et réclameront des avantages fiscaux pour financer leur épargne-retraite.

Assurément, les riches peuvent se payer leurs retraites, surtout s’ils sont aidés par l’Etat !

La protection sociale ne viendrait plus de la solidarité, mais de la détention d’un capital qui donnerait le privilège absolu, celui de choisir sa vie, hors de toute contrainte sociale, privilège des rentiers d’autrefois.

Le mouvement social actuel, le soutien qu’il rencontre dans l’opinion,
signe l’échec majeur du gouvernement Raffarin dans sa tentative de faire basculer une partie des classes moyennes en faveur du projet libéral.L’allant des manifestations montre clairement où est le dynamisme dans cette société. Accusés de conservatisme et de corporatisme, les manifestants se sentent forts de porter la question des enjeux de société et celle de l’avenir. Ils sont ceux qui crient l’espoir d’une alternative au triste Pinay des temps modernes qui n’annonce qu’un avenir sombre de sacrifices et voudrait faire rentrer toute la société dans le costume trois pièces des rentiers.

Daniel Rallet, Institut de recherches de la FSU  

1 Message

  • MOI JE VOTE ET JE VOTERAI COMUNISTE RIEN QUE FAIRE CHIER CES PROFITEURS KI S ENGRAISSENT DE PLUS EN PLUS ET NOUS LES PTITS ON DOIT PAYER LEUR DEFICIT ILS ONT PEUR DU COMUNISTE PEUR A LEUR GROS MAGOT MAIS LEUR BELLE VIE NE DURERA POINT ILS MANGERONT LEURS PAINS BIS AUSSI SUIS RAVIE AVEC LEUR FRIC ILS N ACHETERONT JAMAIS LA SANTE LA JEUNESSE ET LE BONHEUR SEULE JUSTICE DE CE MONDE POURRI D INJUSTICE BYE

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