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Khalifa, « la plus grande escroquerie » de l’Algérie

La liquidation de la banque précipite la chute de l’empire.

samedi 7 juin 2003.


Ils sont des milliers de petits porteurs à piétiner devant les 74 agences fermées de la Khalifa Bank pour savoir s’ils sont ruinés. a chute était annoncée. Elle est seulement venue plus vite que prévu et avec une brutalité inouïe. Moins d’une semaine après la liquidation de la banque Khalifa, fleuron du groupe du jeune milliardaire algérien Abdelmoumène Rafik Khalifa (Libération du 4 juin), c’est l’hallali contre celui qu’on aimait présenter à Alger comme l’icône d’une Algérie nouvelle, décomplexée face au capitalisme après trente ans de socialisme.

« Charlatanisme ». C’était l’époque où toute interrogation sur l’origine des fonds du « premier empire privé du pays » suffisait à jeter l’opprobre sur « ceux qui ne supportent pas de voir un Algérien réussir ». Aujourd’hui, la violence des mots porte l’estocade contre un groupe qui aurait employé jusqu’à 20 000 personnes dans l’aviation, la banque, l’audiovisuel, le bâtiment ou le sponsoring de clubs sportifs. « Le mythe s’est effondré », s’est exclamé le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, martelant que le sauvetage de la banque était « impossible » et qu’en économie « il n’y a pas de place pour le charlatanisme ». La presse algérienne n’est pas plus tendre, qualifiant « Moumène » d’« affairiste de bas étage d’une médiocrité affligeante ». Et le Quotidien d’Oran de trancher : « Le séisme Khalifa est peut-être la plus grande escroquerie de l’histoire de l’Algérie. »

Elle l’est à coup sûr pour le million et demi de clients qui ont fait confiance à une success story mise en avant pour laver l’image d’un régime accusé des pires exactions pendant une guerre civile qui a déjà fait près de 200 000 morts. Depuis la liquidation de la banque, en effet, ils sont des milliers de petits porteurs à piétiner devant les 74 agences fermées de la Khalifa Bank pour savoir s’ils sont ruinés. Assurant que le groupe avait déjà coûté à l’Etat l’équivalent de 1,5 milliard d’euros ­ 70 % du budget dégagé pour la reconstruction des zones sinistrées après le récent tremblement de terre, insiste la presse ­, le Premier ministre n’a fait de promesses qu’aux « 250 000 petits déposants ». Ils seront remboursés d’un montant plafonné à 9 200 euros, quel que soit le dépôt. Les autres ­ actionnaires ou cadres dirigeants de la banque, entreprises privées ou publiques ­ en seront pour leurs frais. La première alerte publique était venue le 27 novembre avec le blocage des transferts de capitaux du groupe vers l’étranger. Depuis, l’empire se dépeçait. Contraint de rendre ses Boeing et ses Airbus en location, il a revendu son groupe de BTP avant de geler ses activités. Notamment en Grande-Bretagne où la chaîne de télévision Khalifa News a interrompu ses programmes il y a une semaine...

Lâchage. Cette descente aux enfers, aussi fulgurante et mystérieuse que l’ascension de « Moumène », ne trouve jusqu’ici d’autre explication que son lâchage par les « puissants » qui avaient permis sa grande aventure. A coups de passe-droits et en jouant l’argent des autres. Car c’est le dépôt à la Khalifa Bank des fonds des grands organismes publics, qui a permis à l’empire de prospérer. Certes, les erreurs de gestion du jeune pharmacien issu du cercle très fermé que sont les services secrets algériens, plaçant parents et copains de lycée aux postes clés, ont donné du grain à moudre. Mais la leçon d’éthique susurrée par Alger à ceux qui ont succombé à des taux d’intérêts de 12 à 17 % (contre 5 à 6 % pour les banques publiques) ne convainc personne.

Torpiller. Car, sans soutien des généraux, détenteurs du pouvoir réel en Algérie, le groupe n’aurait pas émergé. Les « décideurs » militaires auraient-ils voulu se doter à travers lui d’une façade de modernité ou d’un instrument assez crédible pour rafler les futures privatisations ? Cette chute vise-t-elle à torpiller un second mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika, dont deux frères appartenaient à l’état-major du groupe ? Les demandes de Paris pour mettre un peu d’ordre et de légalité dans le dossier ont-elles été prises en compte, d’autant que la « légèreté de Moumène » faisait craindre à Alger que la situation tourne mal ? « Je n’ai tué personne, je ne comprends rien à ce qui m’arrive », affirmait ce dernier il y a quelques semaines. Depuis novembre, il ne mettait déjà plus les pieds à Alger.

Par Jose GARÇON

Libération samedi 07 juin 2003

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