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« Low cost », le social tiré vers le bas

Les compagnies à bas coût pressurent leurs salariés.

samedi 12 avril 2003.


Chez Ryanair par exemple, on voue un culte fervent à la productivité. Tous les ans, un « club zéro » réunit pour une tombola les employés qui n’ont pris aucun jour de congé maladie dans l’année. ors de l’attribution des créneaux Air Lib aux compagnies à bas coût (low cost) Aeris, Virgin Express et EasyJet, la CGT   d’Air Lib s’est désolée de voir arriver à Orly « des entreprises qui pratiquent des conditions sociales dégradées et entraînent tous les salariés français et européens vers le bas ». Au même moment, dans le cadre du rachat de son concurrent Buzz, la low cost irlandaise Ryanair posait sa règle du jeu aux 200 salariés maintenus à leur poste (pour 400 licenciés) : Buzz sera fermée si le personnel refuse les conditions de reprise. Le 17 mars, 90 % des pilotes ont signé, mais le syndicat des pilotes britanniques a dénoncé des « méthodes de brute ». En Allemagne, EasyJet vient d’abandonner la reprise de la compagnie Deutsche BA. Une des raisons : le refus des salariés d’accepter les exigences de la compagnie britannique. En France enfin, l’ex-patron d’Air Lib, Jean-Charles Corbet, avait bataillé avec son personnel, plaidant : « Nos concurrents ne sont plus Air France, ce sont les low cost. Nous devons nous adapter. »

Focalisé sur la réduction de tous les coûts, le modèle low cost passe par la réduction la masse salariale comme toutes les autres dépenses : les salariés sont beaucoup moins nombreux que dans les compagnies traditionnelles (recours à la sous-traitance pour l’enregistrement, les bagages, etc.). Et, s’ils ne sont pas toujours moins bien payés à la fin du mois, ils doivent en revanche travailler plus. Chez Ryanair, les pilotes volent en moyenne 800 heures annuelles (contre 600 heures chez Air France), flirtant parfois avec la limite légale de 900.

Les hôtesses et stewards, soumis à des rotations effrénées, doivent s’acquitter du nettoyage des appareils. Valérie Gateau, directrice commerciale de Ryanair, reconnaît que le rythme de travail des hôtesses et stewards de la compagnie (qui ont entre 20 et 25 ans) « convient aux jeunes » et « pas trop longtemps ». Ryanair voue un culte fervent à la productivité. Tous les ans, un « club zéro » réunit pour une tombola les employés qui n’ont pris aucun jour de congé maladie dans l’année. Les contrats Ryanair présentent une part variable (de l’ordre de 50 % de la rémunération) indexée à la production, ce qu’autorisent les législations irlandaise et britannique. Pour Valérie Gateau : « Si il n’y a pas de low cost en France, c’est en partie à cause de la législation sociale. » Ce qu’Aeris entend démentir. La petite compagnie (lire ci-contre) a posé ses conditions aux ex-Air Lib : « 25 % de salaires de moins et 15 % de productivité en plus pour les pilotes, 10 % de salaire en moins pour les commerciaux. » Pour les hôtesses, la compagnie reprend le principe Ryanair, avec un salaire fixe très bas (niveau Smic), le reste (jusqu’à 40 %, assure la direction) étant lié aux ventes à bord lors des heures travaillées. L’état du marché du travail n’autorise pas forcément à faire la fine bouche. Les low cost sont quasiment aujourd’hui les seules entreprises de l’aérien qui embauchent. A leurs conditions.

Par Cédric MATHIOT

Libération du vendredi 11 avril 2003

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