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Pour restaurer la confiance, les PDG américains sont priés de revoir leur rémunération

lundi 7 avril 2003.


Deux mille dirigeants d’entreprises américaines ont reçu fin mars une lettre de recommandations signée par Peter Peterson, président de la commission pour le retour de la confiance dans les entreprises privées. Ce groupe de travail du Conference Board (un influent institut privé de conjoncture et de réflexion sur la vie des affaires) a été mis sur pied au cours de l’été 2002, dans le sillage des scandales Enron, WorldCom, Adelphia et autres affaires qui ont secoué les Etats-Unis.

La commission regroupait, entre autres, M. Peterson (président du fonds d’investissement Blackstone et du conseil d’administration de la Réserve fédérale de New York), John Snow (devenu secrétaire d’Etat au Trésor), Andrew Grove (président d’Intel), Arthur Levitt (ex-président de la Securities and Exchange Commission, la COB américaine) et des responsables de fonds de pension.

Cette commission demande à tous les PDG de prendre des initiatives pour restaurer la confiance et leur fait une série de propositions en matière de gouvernement d’entreprise, d’audit et de comptabilité. Mais le cœur de ses recommandations - que M. Peterson est venu présenter à des PDG français - tourne autour du mode de rémunération des dirigeants. « Je suis personnellement convaincu que les scandales n’étaient le fait que de quelques pommes pourries parmi les dirigeants d’entreprise, mais ce n’est pas l’opinion de la plupart des Américains. 74 % d’entre eux affirment qu’ils n’ont plus confiance dans les patrons de grandes entreprises », rappelle M. Peterson.

Pour lui, cela vient essentiellement du fait que les PDG des entreprises par qui le scandale est arrivé se sont enrichis malgré l’effondrement de leur groupe et leur mauvaise gestion : « Deux articles ont été dévastateurs, l’un du magazine Fortune du 2 septembre 2002, intitulé »You bought, they sold« - vous avez acheté, ils ont vendu - l’autre du Financial Times ». Fortune avait calculé que les dirigeants de 25 sociétés dont le cours de Bourse avait perdu plus de 75 % entre janvier 1999 et mai 2002 ont gagné, depuis 1999, 23 milliards de dollars (21,7 milliards d’euros). « Au cours des dix dernières années, la rémunération des PDG a augmenté dix fois plus vite que celle des salariés moyens », ajoute M. Peterson, qui s’interroge « est-ce toujours justifié par leur productivité ? »

Il invite donc les conseils d’administration à la vigilance : « La rémunération doit dépendre d’objectifs à long terme et de la performance interne de l’entreprise, et non de son cours de Bourse. » Lorsqu’elle se fait sous forme d’actions ou de stock-options, elle doit être liée à un engagement de « détention des titres à long terme ». Il n’y a pas de raison que les dirigeants d’entreprise gardent leurs actions moins longtemps que les salariés dans les plans de retraite, explique le rapport de la commission du Conference Board. « Si les conseils d’administration ne prennent pas leurs responsabilités dans ce domaine, prévient M. Peterson, le Congrès sera tenté de légiférer, ce qui créera peut-être plus de problèmes. »

UN SALAIRE DE 1 DOLLAR

Allant dans le même sens, le milliardaire Warren Buffett, toujours très écouté, a déclaré en mars, au cours d’une conférence sur le gouvernement d’entreprise, que la confiance des investisseurs ne reviendrait pas tant que les dirigeants d’entreprises ne partageraient pas avec eux leurs déboires financiers. « Ce qui choque le public, c’est que les dirigeants s’enrichissent alors qu’ils s’appauvrissent. »

Un mouvement dans le bon sens commence à se dessiner, se félicite M. Peterson. Citigroup - qui doit se racheter de son comportement très contesté à Wall Street - a annoncé que ses dirigeants devraient conserver 75 % de leurs actions jusqu’à leur départ en retraite. Jeff Immelt, le successeur de Jack Welch à la tête de General Electric, a pris le même type d’engagement. Le groupe pharmaceutique Eli Lilly a annoncé, vendredi 4 avril, que Sidney Taurel, son PDG, avait touché un salaire de 1 dollar en 2002 et aucun bonus : « si les actionnaires souffrent, les dirigeants doivent souffrir aussi », a commenté M. Taurel, cité par l’agence Bloomberg. L’action Eli Lilly a perdu 19 % en 2002.

D’autres PDG se sont privés de bonus en 2002, relève Bloomberg : Sanford Weill de Citigroup, John Chambers de Cisco, Philip Humann de SunTrust Bank, Michael Eisner de Walt Disney et Charles Gifford de FleetBoston. Certains, comme M. Weill ou comme Philip Purcell, patron de Morgan Stanley, ont toutefois profité des fruits de leurs stock-options. Globalement, selon Aon Consulting, la rémunération des dirigeants des entreprises de l’indice Standard & Poo’s 500 a diminué en 2002, pour la deuxième année consécutive, à 4,4 millions de dollars en moyenne et plus de la moitié n’aurait pas de gains sur leurs stock-options.

Sophie Fay

LE MONDE du 7 avril 2003

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