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Les six faiblesses de l’économie mondiale

Les Etats ont peu de marge de manœuvre.

vendredi 4 avril 2003.


Le ressentiment américain contre la France et les possibles répercussions commerciales s’inscrivent dans un environnement économique très dégradé. En raison de plusieurs déséquilibres persistants, peu d’économistes parient sur un rebond rapide après la guerre.

 L’impact de la guerre :

De nombreux économistes avaient prédit que le déclenchement de la guerre en Irak aurait un impact positif sur la croissance, car elle allait permettre de lever les incertitudes qui minaient l’économie depuis plusieurs mois. Leur idée était que les décisions des ménages et des chefs d’entreprise étaient paralysées par la perspective du conflit et par la montée des tensions diplomatiques. Selon eux, le début de l’offensive anglo-américaine allait permettre de mettre fin à « l’anxiété géopolitique » évoquée par le président de la Réserve fédérale (Fed) américaine, Alan Greenspan.

Ce pronostic optimiste reposait toutefois sur l’hypothèse d’une victoire éclair des forces occidentales. Lors de la première guerre du Golfe, la confiance des ménages américains s’était effondrée à l’été et à l’automne 1990, avant de se redresser au début de l’année 1991, après la défaite irakienne. Les Etats-Unis étaient sortis de la récession en avril 1991.

 Une crise de confiance :

Elément déterminant, dans la mesure où il a une influence directe sur la consommation des ménages et sur les investissements des entreprises, la confiance des agents économiques ne cesse de reculer en Occident.

En France, le moral des ménages est tombé en mars à son plus bas niveau depuis six ans, et aux Etats-Unis depuis dix ans. Pour la zone euro, le baromètre qui mesure la confiance économique générale a enregistré en mars sa plus forte baisse mensuelle depuis le 11 septembre 2001. La guerre en Irak n’est pas la seule à peser. La confiance est aussi minée par la montée des risques terroristes et, sur le plan financier, par les scandales qui éclaboussent le capitalisme américain depuis plus d’un an.

Dernier choc négatif pour l’économie : l’épidémie de pneumonie atypique, qui limite la circulation des personnes et constitue un facteur d’inquiétude et de morosité supplémentaire.

 La faiblesse du dollar :

L’économie mondiale doit aujourd’hui faire face à une grande instabilité monétaire. Au cours des derniers mois, le billet vert a fortement reculé, tombant à son plus bas niveau depuis trois ans face à l’euro. Le renforcement de la monnaie unique constitue une mauvaise nouvelle pour l’économie de la zone euro, dans la mesure où elle handicape les exportations, notamment en Allemagne, où celles-ci constituaient le seul soutien à la croissance. Pour l’économie des Etats-Unis, une dépréciation trop rapide du dollar présenterait le risque majeur de mettre en péril le financement du gigantesque déficit des comptes extérieurs américains. Confrontés au risque de dépréciation du dollar et de pertes de change, les investisseurs seraient incités à ne plus placer leurs capitaux aux Etats-Unis.

 L’inefficacité des politiques monétaires :

Que ce soit au Japon, aux Etats-Unis ou en Europe, les taux directeurs des grandes banques centrales se situent déjà à des niveaux historiquement très bas : 2,5 % pour la Banque centrale européenne (BCE), 1,25 % pour la Réserve fédérale américaine, et 0 % pour l’institut d’émission nippon. Les marges de manœuvre pour de nouvelles baisses sont donc très limitées.

Si les opérateurs s’attendent à de nouveaux gestes de la part de la Fed et de la BCE au cours des prochaines semaines, l’impact de ces assouplissements serait faible. Les économistes estiment que les difficultés de l’économie mondiale ne proviennent pas d’une pénurie de crédit, mais d’un déficit de confiance, aggravé par la guerre, et que les baisses de taux ne peuvent pas combler. « Que peuvent faire les banques centrales en pareilles circonstances, demande l’économiste en chef de la BCE, Otmar Issing. Mon principal message est de dire qu’il faut contribuer à renforcer la confiance, ce qui signifie montrer que la banque centrale est prête à répondre au défi. Mais cela signifie aussi mettre en garde contre des attentes exagérées. »

 Les déficits publics :

La situation très dégradée des finances publiques dans les grands pays industrialisés rend difficile toute tentative de relance budgétaire sous forme de nouvelles dépenses. C’est le cas dans la zone euro. Le déficit public de la France a atteint 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2002, au-delà de la limite de 3 % fixée par le pacte de stabilité. L’Allemagne, avec un solde négatif de 3,6 %, est plus mal lotie encore. Aux Etats-Unis, le vaste plan de relance, d’un montant global de 674 milliards de dollars (624,7 milliards d’euros) sur dix ans, annoncé en début d’année, a eu pour effet de creuser le déficit budgétaire. Celui-ci, avec les dépenses de guerre, devrait atteindre 400 milliards de dollars cette année. Au Japon, le trou atteindra 8 % du PIB en 2003, le même niveau qu’en 2002.

Vers la récession mondiale ?

« En cas de guerre longue, on ne peut exclure une récession économique mondiale », a affirmé, mercredi 26 mars, Horst Köhler. Les déclarations du directeur général du Fonds monétaire international (FMI) ont fait l’effet d’une bombe. Les économistes se montrent toutefois dans l’ensemble moins pessimistes que M. Köhler. Dans son rapport publié mercredi 2 avril, la Banque mondiale prévoit pour 2003 une croissance de 2,3 % dans le monde (2,5 % aux Etats-Unis, 1,4 % dans la zone euro et 0,6 % au Japon).

Les situations les plus préoccupantes sont observées au Japon et en Allemagne, tous deux en récession. Même s’ils se portent mieux, les Etats-Unis, victimes d’un important ralentissement, ne peuvent plus être la locomotive qu’ils avaient été dans les années 1990.

L’économie mondiale serait aujourd’hui moins menacée par la déflation (au contraire, l’inflation a tendance à s’accélérer avec la remontée des prix du pétrole) que par une croissance durablement faible et molle, caractérisée par un faible taux d’utilisation des capacités de production et par une montée du chômage. La crise économique actuelle serait plus une conséquence de l’éclatement de la bulle boursière que de la guerre en Irak. « Les difficultés sont notamment liées à la mauvaise santé financière persistante des entreprises, et leur assainissement devrait se poursuivre en 2004 », souligne la banque Merrill Lynch. « Le scénario de croissance durablement lente, sans reprise rapide, mais sans rechute en récession non plus, est un scénario assez probable », estiment les économistes de CDC-Ixis.

Pierre-Antoine Delhommais et Eric Leser (à New York)

LE MONDE du 3 avril 2003

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